9 min de lecture Année 2020

Comment le Megxit a profondément fracturé la famille royale en 2020 ?

ANNUS HORRIBILIS (1/5) - L'année 2020 a été particulièrement mouvementée pour la famille royale britannique. Une année marquée par un schisme inédit et très médiatique.

Meghan Markle et le prince Harry avec leur fils Archie en Afrique du Sud
Meghan Markle et le prince Harry avec leur fils Archie en Afrique du Sud Crédit : HENK KRUGER / POOL / AFP
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud
Journaliste

Comme chacun de ses sujets, la reine Elizabeth II se souviendra certainement longtemps de l'année 2020 comme l'une des pires années de son règne. Outre la pandémie mondiale qui fracture ou immobilise le monde, la famille royale a certainement vécu l'une des pires années depuis 1992 et la révélation des ennuis conjugaux entre Diana et Charles. Elizabeth II avait alors publiquement reconnu les difficultés de la famille en qualifiant la période d'annus horribilis ("année horrible" en latin) dans un discours le 24 novembre 1992 à Guildhall. Une séquence qui n'a fait qu'empirer jusqu'à la mort tragique de la princesse en 1997. Entre les divisions familiales, les deuils, l'isolement et les scandales, 2020 revêt clairement les atours d'une nouvelle annus horribilis.

Dans cette websérie, RTL.fr vous propose de revivre les évènements-clef de cette année 2020 au sein de la famille royale la plus célèbre du monde. Une famille dont l'image s'est profondément dégradée après une période incroyablement vaste et lumineuse : celle des naissances des royal babies et des récents mariages de presque tous les petits-enfants de la monarque. Aujourd'hui nous nous intéressons au grand divorce qui a marqué le début de l'année 2020, une plaie qui peine à se refermer : le Megxit.

Le mythe de la "méchante Américaine"

Le Megxit est un jeu de mot efficace sur la forme et relativement injuste sur le fond. Il symbolise le départ des Sussex, Meghan Markle et le prince Harry ainsi que leur fils Archie, du giron de Buckingham Palace. Contraction de "Meghan" et "Brexit", il met toute la responsabilité de ce schisme familial sur les épaules de Meghan Markle qui a été violemment attaquée dans les médias. Meghan, l'actrice américaine, est tour à tour dépeinte comme une manipulatrice, une égoïste, une femme dépourvue de patriotisme, une femme retorse ou faible... Elle semble être la raison de tous les maux que connaît la famille royale. 

Il faut dire qu'une autre Américaine a déjà brisé la famille royale... Wallis Simpson, l'épouse divorcée d'Édouard VIII a mené l'homme de sa vie à renier son devoir par amour et à abdiquer au bénéfice de son jeune frère, George VI, plaçant, dans le même temps, la couronne sur les frêles épaules de sa fille aînée : une certaine Elizabeth II. Autant dire que lorsque Meghan Markle, autre Américaine déjà divorcée et célèbre, en plus, est arrivée au sein de la famille royale, une certaine dose de stress post-traumatique a dû venir se rappeler au souvenir des plus vieux de la famille.

Wallis Simpson et le couple royal lors d'une visite officielle à Paris en 1972
Wallis Simpson et le couple royal lors d'une visite officielle à Paris en 1972 Crédit : AFP
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Meghan a du affronter le racisme, les atermoiements de sa famille paternelle, bien décidée à parler aux pires tabloïds pour tenter de capter un peu de lumière et d'argent, et à la cruauté des médias en général qui ne cessaient de la comparer à sa belle-sœur : la si-parfaite Kate Middleton. Une bataille qu'elle ne pouvait gagner. Après la naissance de leur premier fils, Archie, le prince Harry a vu sa femme et son fils devenir les nouvelles cibles préférées de l'opinion publique. N'ayant aucune envie de faire vivre à ses proches ce que sa mère, Diana, avait vécu, il a pris la décision de quitter la famille royale. 

Une brouille fraternelle ?

Le livre Finding Freedom (Vers la liberté) révélait les coulisses du départ du prince Harry et de son épouse Meghan de la famille royale britannique. Dans cet ouvrage, riche de témoignages de leurs "amis", on apprenait, que c'était plutôt Harry qui aurait d'abord souhaité prendre ses distances avec la monarchie. Le duc de Sussex aurait envoyé un e-mail à sa grand-mère Elizabeth II et à son père, le prince Charles, pour leur faire part de sa volonté de s'éloigner de ses devoirs royaux et de passer plus de temps à l'étranger. Mais l'entourage du couple aurait également précipité cet "éloignement". 

En cause notamment, un accrochage entre Harry et William, pourtant réputés proches, au sujet de Meghan Markle. Selon les auteurs, le duc de Sussex aurait été agacé par le comportement "snob" de son aîné envers son épouse. Le cadet aurait aussi particulièrement mal pris le conseil de William de "prendre autant de temps que nécessaire pour faire connaissance avec cette fille". Ce dernier aurait ainsi voulu s'assurer que son jeune frère n'était pas "aveuglé par le désir" éprouvé alors pour l'actrice. 

Car, à en croire ce livre, Meghan Markle semble bien avoir suscité quelques réserves dans les alcôves du Palais, où on l'aurait qualifiée de "showgirl" (référence péjorative à une "danseuse"), donnant l'impression à Harry d'un éventuel "sabotage" de sa relation. Toujours selon les auteurs, des remarques racistes, auraient aussi été entendues à l'encontre de la jeune femme. Pour la protéger de cet accueil mitigé, Harry aurait donc fait le choix de partir.

Le prix de l'indépendance

Les deux époux ont annoncé qu'ils renonçaient à utiliser leurs titres royaux le samedi 18 janvier. Ils n'utiliseront donc plus leur titre de "duc et duchesse de Sussex" et ont renoncé à recevoir des fonds publics. Ils continuent de recevoir malgré tout des subventions du prince de Galles, le père de Harry, Charles. "Le duc et la duchesse de Sussex n'utiliseront plus leur titre d'altesse royale étant donné qu'ils ne sont plus des membres actifs de la famille royale", a expliqué le palais, ajoutant que le couple avait donné son accord au remboursement de certaines dépenses passées. Elizabeth II s'était pourtant accordée il y a quelques jours auparavant avec Harry et Meghan sur une "période de transition", une transition qui fut plus abrupte qu'anticipé.

Meghan et Harry le 7 mars 2020 à Londres.
Meghan et Harry le 7 mars 2020 à Londres. Crédit : SIMON DAWSON / POOL / AFP

Harry et Meghan se sont engagés à rembourser plus de 2 millions d'euros pour les travaux qui ont été effectués dans leur domicile sur fonds publics. Ils disposent l'un et l'autre d'une fortune personnelle. Lui avec de l'argent provenant de son père et surtout de sa mère, la princesse Diana, héritière de la famille Spencer. Meghan était à la tête d'une fortune de 10 millions, gagnée grâce à son métier d'actrice, notamment son rôle dans la série Suits.

Chacun des membres de la famille royale possède en réalité une fortune personnelle, la plus importante étant celle de la Reine avec environ 400 millions d'euros. Il s'agit là du domaine privé, avec notamment le duché de Lancaster qui rapporte une vingtaine de millions par an. 

La vie normale... de très riches Californiens

Le phénomène le plus violent et radical du Megxit est certainement le déménagement de la famille et son confinement aux Etats-Unis. Archie ne pouvait plus voir son oncle, sa tante, ses cousins, ses grands-parents ou arrière-grands-parents... "Le duc et la duchesse de Sussex ont emménagé, en toute discrétion, dans leur nouvelle maison, annonçait alors les médias qui cherchaient avidement le nouveau nid d'amour du couple. Ils se sont installés dans l'intimité de leur nouveau quartier et espèrent que la tranquillité de leurs voisins sera respectée, tout comme la leur". Une autre source expliquait au média américain Page Six qu'ils avaient choisi de s'installer à Santa Barbara pour que leur fils Archie ait la vie "la plus normale possible".

Le Daily Mail précisait que la villa, achetée 14.7 millions de dollars, possède 9 chambres, 16 salles de bains, une salle de jeux, des terrains de tennis, une salle de sport et une piscine (entre autres). "C'est la maison qu'ils ont choisie pour être heureux, rencontrer des amis, et élever Archie en lui donnant les meilleures chances possibles pour jouer avec des enfants de son âge", résumait la source proche du couple à Page Six. Une notion de "normalité" toute relative donc.

Protéger Archie et assécher les médias

Les Britanniques ont dû se sentir frustrés de ne pas pouvoir assister au baptême d'Archie en juillet 2019. Un choix que Meghan Markle a expliqué par les nombreuses critiques qu'elle recevait à l'époque. En effet, le baptême s'est déroulé en petit comité dans la chapelle privée de Windsor avec seulement une vingtaine de personnes. 

À l'époque, les Britanniques ont vu d'un très mauvais œil cette décision prise par le couple. Mais dans le livre consacré au couple, Fiding Freedom, Meghan Markle maintenait son choix : "Ils n'arrêtent pas de m’injurier et ils voudraient que je leur serve mon fils sur un plateau d’argent ? Un enfant qui n’a ni protection, ni titre ? Ça n’a aucun sens. Allez dire ça à n’importe quelle mère". Plusieurs photos officielles du baptême ont été dévoilées sur Instagram.

Cette séquence et son explication ont été les premiers signaux forts de la politique de relation publique que souhaitait instaurer Meghan Markle. Si les médias ne se montraient pas bienveillants, alors elle les priverait des photos qui font vendre tant de magazines. Une technique efficace mais qui pourrait facilement faire monter le prix des clichés de l'enfant désormais caché. Ce qui est rare est cher...

Le prince Harry et sa femme Meghan Markle ont porté plainte par exemple à Los Angeles pour des photos volées de leur fils Archie. La plainte s'appuie sur une loi californienne qui interdit de prendre des images de quiconque à son domicile, même depuis l'extérieur de la propriété. Le couple avait appris que quelqu'un proposait à la vente des photos de leur fils de 14 mois affirmant les avoir prises lors d'une sortie publique explique la plainte pour "atteinte à la vie privée".

Un protocole mesquin ?

Mais il y a eu d'autres conséquences plus inattendues que cette simple perte des titres et d'une partie de leurs revenus. En quittant la famille royale, Harry et Meghan, savaient qu'ils risquaient de s'éloigner d'un certain nombre de célébrations. Mais ils ne s'attendaient sans doute pas à ce que le protocole fasse preuve d'une telle rigidité. Lors des cérémonies au Cenotaph pour Remembrance Day, période durant laquelle le Royaume-Uni honore la mémoire des soldats tombés lors de la Première Guerre mondiale, Harry et Meghan ont souhaité se joindre au reste de la famille royale. Megxit et pandémie de coronavirus obligent, le couple a simplement demandé à ce qu'une couronne de fleurs en leurs noms soit déposée au Cenotaph. 

Permission refusée par Buckingham Palace. Pour le Palais, seuls les membres de la famille royale ayant toujours un rôle actif de représentation peuvent être autorisés à représenter la couronne pendant de pareilles occasions. D'après nos confrères du journal The Times, la reine Elizabeth II n'avait pas été informée de cette demande de son petit-fils qui a servi pendant plus de 10 ans dans les forces armées britanniques. Le refus aurait "profondément attristé le couple". Une couronne de fleurs d'une valeur de 1.000 livres avait pourtant été réalisée pour l'occasion...

Les princes Charles et William au Cenotaph le 8 novembre 2020
Les princes Charles et William au Cenotaph le 8 novembre 2020 Crédit : Arthur EDWARDS / AFP / POOL

Le couple ne s'est pas estimé vaincu pour autant. Meghan est allée choisir des fleurs dans le jardin de leur manoir de Santa Barbara en Californie où ils résident pour composer elle-même un bouquet. Fleurs disposées sur les tombes honorant les soldats australiens de l'Air Force et de l'artillerie canadienne, deux corps militaires liés par le Commonwealth. Le reste de la famille royale et en particulier les princes Charles et Harry étaient présents au Cenotaph cette année. Le prince Andrew, embourbé dans l'affaire Epstein, était l'autre grand absent de la journée...

La fin du devoir de réserve ?

Autre apport du Megxit, une certaine liberté retrouvée. Elizabeth II interdit formellement aux membres de la famille royale de s'exprimer sur les sujets politiques et sociétaux qui peuvent traverser la société. Il en va du respect de la constitution et de la survie même de la monarchie dans un pays régulièrement tenté par l'aventure républicaine. 

Cette année pourtant, le prince Harry s'est confié sur un sujet de société dans la presse britannique. En effet, le fils du prince Charles et de Diana a évoqué le racisme et la discrimination dont sont victimes les personnes noires, notamment au Royaume-Uni. À l'occasion du Black History Month, qui célèbre la culture et l'histoire des noirs dans le monde anglo-saxon, Harry a indiqué qu'il n'était "pas au courant de tous les problèmes qu'il y avait au Royaume-Uni, mais aussi dans le monde". "Je croyais l'être, mais ce n'était pas le cas", a-t-il précisé au Evening Standard. Le prince Harry a ainsi donné l'exemple d'un parent qui rentre dans un magasin avec son enfant : "Vous ne voyez que des poupées blanches, est-ce que vous vous demandez pourquoi il n'y a pas une seule poupée noire ?", a-t-il illustré.

"Et c'est juste un exemple de ce que nous en tant personne blanche ne pouvons pas percevoir, contrairement à une personne de couleur, de couleur noire", tient a souligner le prince. "C'est une situation que nous ne pouvons pas comprendre car le monde a été créé par des blancs pour des blancs", a-t-appuyé. 

Le prince Harry ne voulait certainement pas "désigner des coupables", mais prônait plutôt l'éveil des consciences face au fléau qu'est le racisme. "Je serai la première personne à dire, encore une fois, que c'est une histoire d'apprentissage. Et comment on peut faire de ce monde un meilleur endroit. Je pense que c'est une époque formidable pour la culture britannique, l'histoire de notre pays, et celle du monde. C'est un véritable moment que nous devrions embrasser et célébrer. Parce que personne avant n'a réussi à faire ça", déclarait-il. L'influence de sa paternité et de Meghan Markle ainsi que l'importance du mouvement "Black Lives Matter" a certainement joué dans cette sortie inédite.

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