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Carole Bouquet : "J'ai toujours fait peur"

PODCAST - Carole Bouquet n'a jamais cherché à être belle. Mais la beauté l'a poursuivie sans lui demander son avis. Insistante, permanente, dérangeante, au point de faire d'elle parfois une autre femme. Un double avec qui elle allait apprendre à vivre.

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Carole Bouquet : "J'ai toujours fait peur" Crédit Image : VALERY HACHE / AFP | Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
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Jean-Alphonse Richard et Marie Bossard

Carole Bouquet est née le 18 août 1957 dans la banlieue huppée de Paris, à Neuilly-sur-Seine. Famille aisée. Son père, Robert Bouquet, est un ingénieur du BTP, sorti de l'école Centrale, homme austère et silencieux. Sa mère n'est plus à la maison. Quand la petite fille a eu trois ans, maman est partie mener une autre vie en province. Première blessure intime avec laquelle Carole Bouquet va vivre toute sa jeunesse et une grande partie de son existence de femme. De cette mère fantomatique, dont le prénom, le nom de jeune fille et le visage restent secrets, Carole Bouquet garde le souvenir de retrouvailles lors de vacances scolaires. Des parenthèses affectives aussitôt ouvertes, aussitôt refermées.

Dans cette maison, Carole Bouquet peut s'appuyer sur un père omniprésent et une grande sœur attentionnée, Laurence, cinq ans de plus qu'elle. Robert Bouquet ne sait pas trop comment s'y prendre avec ses filles qu'il élève presque comme des garçons. Ne jamais se plaindre et encaisser les coups. De quoi favoriser peut-être un petit pendant autoritariste, tout au moins forger un caractère bien trempé. Dans quelques années, ses fils donneront ainsi à Carole Bouquet un surnom tout à fait affectueux en dépit des apparences : la Générale. L'actrice confiera : "Je n’ai pas appris à être une femme, mais j’ai appris l’indépendance. Je n’ai jamais envisagé de ne pas travailler. J’ai aussi appris à ne pas trop me regarder dans une glace, parce que mon père ne se souciait pas de son apparence."

Carole Bouquet, dix ans, est pensionnaire chez les Sœurs de l'Institut Saint-Dominique de Mortefontaine, à la lisière de la forêt d'Ermenonville. C'est une petite fille discrète, réservée, très souvent mélancolique. Elle est toute jeune, mais affiche déjà une étonnante beauté, presque surnaturelle, sur laquelle les hommes vont vite se retourner. Elle n'est pas très à l'aise à ce jeu. "Je ne comprenais pas pourquoi les hommes me regardaient autant. Ce n’était pas le fait d’être jolie qui me gênait, c’était le regard des hommes sur moi", avouera-t-elle. Carole Bouquet, adolescente, n'aime pas les miroirs. Est-ce alors par défi pour tous ces regards posés sur elle qu'elle va choisir de devenir comédienne ? Ce métier qui va la rendre célèbre. La véritable histoire tient plutôt du hasard. Carole a 17 ans et elle vient d'avoir son bac. Au cours d'un dîner chez un ami de la famille, le modiste Jean Barthet, qui a créé des chapeaux pour Bardot et La Callas, elle fait la connaissance d'un certain Serge Moati, un réalisateur de télé et de cinéma dont elle n'a alors jamais entendu parler. Moati lui demande ce qu'elle veut faire. Du tac au tac, elle saisit la première idée qui lui traverse l'esprit et répond : actrice. "Au moment où je l'ai dit, c'est devenu mon désir", confiera Bouquet.

Une beauté si particulière

Carole Bouquet approche de ses 19 ans et il n'est pas sûr qu'elle soit un jour comédienne. Tout le contraire d'une femme sûre d'elle dont on dira un jour qu'elle a une démarche de prussienne. Elle s'ennuie, mal dans sa peau, sûre de rien, même pas de sa beauté si particulière. "Si j'avais eu conscience dès le départ de ma beauté, je serais peut-être devenue une gourde", dira-elle. Sur les Champs Elysées, elle croise un copain Espagnol. Il lui conseille de se présenter à un casting pour un film de Buñuel qui doit être tourné en Espagne. Avant l'audition, Bouquet est tellement timide qu'elle n'ose même pas demander de quel Buñuel il s'agit. Juan, le fils, qui tourne alors des films, ou Luis, le père, légende du cinéma. C'est bien le père Luis qui rencontre une Carole Bouquet tremblante, grippée. Elle n'est pas retenue, c'est Maria Schneider qui aura le rôle. Mais un mois plus tard, coup de fil de la production, on l'attend à Madrid. Pour faire quoi, demande-t-elle ? "Je ne peux rien vous dire", lui répond-on.

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Le succès tombe sur les épaules de Carole Bouquet comme un manteau de plomb. Tout le monde cherche à savoir qui est cette jeune actrice française, totalement inconnue, qui a séduit Buñuel. Bouquet est apeurée, se cache et demeure invisible. De quoi renforcer le parfum de mystère qui flotte autour d'elle. On la voit débouler tout de même à la première du film. En larmes. Pas à cause de l'émotion mais parce qu'elle vient de se disputer avec son petit ami de l'époque. Par la suite, elle refuse toutes les interviews. Quand "Cet Obscur Objet du Désir" sera sélectionné pour la cérémonie des Oscars, Carole Bouquet n'ira pas à Hollywood. Effrayée, elle dira : "je ne regrette rien car ça m'a protégée. Je n'étais pas prête à être surexposée".


Carole Bouquet glisse avec légèreté et ivresse dans le monde la nuit. Avec ses tentations et ses dangers. L'alcool, omniprésent, l'héroïne, la cocaïne… "J'étais une fille de bonne famille au milieu des musiciens les plus camés au monde" se souvient-elle. Elle sauve sa peau, comme si son instinct de survie lui recommandait de ne rien prendre. Elle ne fume que des cigarettes et ne touche pas une goutte d'alcool. Carole Bouquet va être à sa façon une rescapée des années 80. On ne lui connait même pas de petit ami. Elle prend un malin plaisir à les décourager en affichant volontairement un masque de reine des glaces, beauté lointaine et intimidante. Un véritable petit porc-épic comme elle se présente. "Je faisais peur. J'ai toujours fait peur. Les hommes que je connais depuis longtemps, c'est seulement aujourd'hui qu'ils osent me dire à quel point je les terrorisais. La distance qu'ils avaient avec moi était terrible", confiera l'actrice.


Carole Bouquet, 21 ans, tout juste deux films, et déjà la plus insondable des actrices, a rencontré par hasard le producteur Jean-Pierre Rassam, seize ans de plus qu'elle. Elle ne sait pas qui il est, même si celui-ci est déjà entré dans la légende du cinéma. Tout le Monde il est beau tout le monde il est gentil, La grande bouffe, Tess, c'est Rassam. Corsaire incontrôlable, aventurier, visionnaire il a tout perdu en voulant réaliser un rêve démesuré, le rachat de la maison Gaumont. Bouquet craque pour ce génie excentrique qui tutoie Godard et qui, pendant trois ans, a logé en prince solitaire dans une suite du Plaza-Athénée.


L'actrice ignore alors que la drogue, l’héroïne, a méthodiquement consumé l'homme qu'elle aime. Ce coup de foudre serait-il l'un de ces gouffres que lui prédisait le réalisateur Luis Buñuel ? Peu importe, Carole Bouquet va vivre sept ans avec Rassam. "Il était déjà ruiné. Je n'en savais rien. Je voyais sa vitalité, sa drôlerie, son inventivité, son intelligence redoutable. J'étais éblouie. Je l'ai aimé plus que tout", dira l'actrice.

L'invité "Confidentiel"

Philippe Azoury, rédacteur en chef culture pour Vanity Fair.

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