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Pourquoi des mots anodins au masculin deviennent synonymes de "prostituée" au féminin

La langue que nous parlons est le reflet de notre société. Ces usages reflètent une société misogyne, même si les choses évoluent, heureusement.

Un dictionnaire (illustration)
Un dictionnaire (illustration)
Crédit : Pisit Heng / Unsplash
Pourquoi la langue française est machiste
03:01
Muriel Gilbert - édité par Capucine Trollion

Il y a quantité de mots qui ont plusieurs sens en français, et la féminisation des noms de métiers est l’occasion d’en créer davantage. 

Pas de raison de s’affoler, comme nous l’avons vu la semaine dernière, on s’en sort très bien grâce au contexte : de même que l’on confond rarement l’avocat vinaigrette et l’avocat au barreau de Paris, il n’y a guère de risques de prendre une chauffeuse de bus pour un fauteuil. Mais l’un de nos auditeurs, Joël, me fait une demande intéressante à ce sujet : il souhaite que je me penche sur ce qu’il qualifie de "dissymétrie sémantique liée au sexe.

Ce qu’il veut dire par là ? La semaine passée, nous constations que quantité de gens répugnent à utiliser le terme d’entraîneuse comme féminin d’entraîneur, parce qu’une entraîneuse a un second sens, péjoratif, proche de la prostitution. Ce à quoi Joël fait allusion, c’est le nombre de mots, qui, anodins au masculin deviennent synonymes de prostituée au féminin. Les exemples sont légion. 

Prenons la définition du Larousse pour le mot courtisan : "homme admis à la cour d’un souverain". Voyons maintenant la définition de courtisane : "Prostituée d’un rang social élevé". De même, un homme public, c’est un personnage connu. Une femme publique, c’est une prostituée. Un professionnel : premier sens du Robert "personne de métier, par opposition à amateur", deuxième sens, au féminin "une professionnelle : familier, prostituée."

Ces usages reflètent une société misogyne

La langue que nous parlons est le reflet de notre société. Ces usages reflètent une société misogyne, même si les choses évoluent, heureusement. Vous en voulez encore ? Tenez : un gagneur, selon le Petit Robert, c’est un homme animé par la volonté de réussir. Une gagneuse, c’est "une prostituée qui rapporte beaucoup". 

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La grande comédienne Catherine Arditi a publié une vidéo savoureuse sur le site de L’Obs, où elle fournit quantité d’exemples : "Un homme facile, dit-elle, c’est un monsieur agréable à vivre. Une femme facile, c’est une p..." Et même, tenez, savez-vous ce qu’est un péripatéticien, amis des mots ? Péripatéticien vient du grec peripatein, "se promener". Ce nom désignait les disciples d’Aristote, parce que, nous apprend le Petit Larousse, "Aristote enseignait en marchant". À l’entrée péripatéticienne, en revanche, vous trouvez "nom féminin. (…) prostituée qui fait le trottoir."

"Réveillez-vous, conclut Catherine Arditi dans sa vidéo, le vocabulaire, les mots que l’on emploie tous les jours peuvent se révéler profondément machistes." La balle est dans notre camp à tous, amis des mots ! Et si vous avez envie de vous frotter à une dictée rigolote où l’on a le droit de copier sur son voisin, il reste quelques places pour celle que j’organise au festival du journal Le Monde, à Paris, dimanche 26 septembre. Pour s’inscrire, l’adresse, c’est Festival.lemonde.fr.

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