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Louis XVI : pourquoi son cousin le duc d'Orléans a voté sa mise à mort ?

Le duc d'Orléans devenu Philippe-Égalité a siégé parmi les députés montagnards les plus radicaux. Il est allé jusqu’à voter la mort de son royal cousin, entraîné malgré lui dans une spirale de surenchères qui finira par se retourner contre lui.

Portrait de Louis-Philippe d'Orléans, dit Philippe-Égalité
Portrait de Louis-Philippe d'Orléans, dit Philippe-Égalité
Crédit : WikiCommons / Antoine-François Callet
RÉCIT - Philippe Égalité, un grand libertin devant l'éternel
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L'INTÉGRALE - Philippe Égalité : le cousin guillotineur de Louis XVI
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Premier prince du sang, duc de Chartres, puis duc d’Orléans, cousin du roi de France Louis XVI, Philippe d'Orléans dit Philippe-Égalité est un grand aristocrate qui a pourtant tenu tête à l’absolutisme royal.

Avec son père le duc d’Orléans, il soutient la Fronde des Parlements qui fragilise la fin du règne de Louis XV et le début de celui de Louis XVI. Ils se font les chantres d’une monarchie parlementaire, sur le modèle anglais. Les Orléans deviennent des opposants de plus en plus déclarés à l’absolutisme royal, ne serait-ce que pour affirmer leur existence de cadets. Philippe-Égalité, alors duc de Chartres, acquiert une grande popularité dans les milieux libéraux et le Palais Royal, où il réside à Paris, devient le bastion de la fronde grandissante des magistrats.


En 1785, son père meurt. Le duc de Chartres hérite de son titre et à  38 ans, il devient donc duc d’Orléans, au moment même où la monarchie française entre dans une zone de graves turbulences. Philippe-Égalité engage à son service des hommes qui critiquent ouvertement la monarchie, comme le journaliste Brissot, ou Choderlos de Laclos, auteur des célèbres Liaisons dangereuses, qu’il prend comme secrétaire .Le duc d’Orléans devient leur champion.

"À quoi puis-je aspirer ?" se demandait cet homme instable en manque de reconnaissance. Il a maintenant trouvé un sens à sa vie, il a une revanche à prendre sur cette branche aînée qui n’a jamais cessé d’humilier sa Maison. L’Histoire va bientôt lui en donner l’occasion. 

La force de "la faction d'Orléans"

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Au début de l’année 1789, Paris est en ébullition. Les États généraux réunis en mai à la demande de Louis XVI s’annoncent explosifs. Le duc Philippe d’Orléans sait qu’il a un coup à jouer et son entourage le pousse vers le devant de la scène. En s’opposant à l’autorité de son royal cousin, il porte les rêves des réformateurs libéraux. On parle alors de la "faction d’Orléans" pour désigner son entourage, des hommes aux aspirations variées, dont Brissot, Laclos, Lauzun, Sieyès et Mirabeau.

Le duc d’Orléans apparaît donc comme un personnage central aux premiers jours de la Révolution, voire une clé de voûte où s’appuient les forces les plus déterminées. Il est acclamé par les sans-culottes à chacune de ses sorties. Cette influence atteint son apogée lors des journées des 5-6 octobres 1789, où un cortège de femmes envahit Versailles pour ramener la famille royale à Paris, escortée par une foule brandissant les têtes de gardes du corps au bout de piques. 

Le duc d’Orléans étant compromis dans ces journées décisives, qu’il aurait encouragées, voire stipendiéesLouis XVI préfère l'éloigner de la cour en lui confiant une pseudo-mission diplomatique en Grande-Bretagne alors que le duc d'Orléans est au sommet de sa popularité. 

Il change de nom pour devenir Philippe-Égalité

Revenu en France en juillet 1790, le duc d'Orléans prend pourtant ses distances avec la politique, malgré la pression de son entourage, notamment Laclos, qui voit en lui un potentiel lieutenant-général du royaume, voire un nouveau roi, à la faveur d’un changement dynastique et de l’établissement d’une monarchie constitutionnelle. 

Il faut dire que la question se pose sérieusement après la fuite du roi à Varennes le 20 juin 1791. Louis XVI perd tout crédit aux yeux de l’opinion et sa déchéance semble inéluctable. Tiraillé entre les ambitions de ses partisans et la crainte de voir les choses lui échapper, le duc d’Orléans hésite à se mouiller davantage, car la Révolution se radicalise et semble incontrôlable, il est aspiré dans un tourbillon qu’il a contribué à générer.

En 1792, il est élu député à la Convention nationale et siège parmi les Montagnards, les députés les plus hostiles au roi. Sa très haute noblesse qui lui conférait un énorme prestige jusque-là devient un handicap. Puisque les titres princiers sont proscrits, il renonce officiellement au trône de France, pour lui et pour ses héritiers. Le procureur de la commune lui suggère même de changer de nom, on lui propose de s’appeler "Philippe-Égalité" pour faire plus révolutionnaire, ce qu’il accepte, même s’il juge ce nom ridicule.

Contre toute-attente, il vote pour la mort de son cousin

À la fin de l’année 1792, s’ouvre le procès du roi déchu, Louis XVI. Philippe-Égalité va devoir se prononcer sur sa peine. Tout le monde s’attend à ce qu’il vote contre la mort de son cousin. Mais contre toute attente, il va céder à l’énorme pression de ce procès sous haute tension et voter pour la mort. Même Robespierre n’en revient pas et s’exclame : "On aurait compris qu’il s’abstînt". 

On dit souvent que la mort de Louis XVI a été votée à une voix près, ce qui fait peser d’autant plus cruellement la responsabilité de cette exécution sur Philippe-Égalité. En fait, il s’agit du deuxième scrutin, le 18 janvier, qui concerne l’application de la peine de mort, avec ou sans sursis. Un nouvel appel nominatif des 720 députés aboutit exactement à la majorité simple de 361 voix pour la mort sans délai. 

Philippe-Égalité a bel et bien contribué à envoyer son cousin sur l’échafaud. Il aurait même, selon la légende, assisté en personne à l'exécution dans un cabriolet posté sur le pont de la Concorde. Une chose est certaine : ce vote ne va pas lui porter chance. Il est condamné à mort en 1793, soupçonné entre autres de sympathie non-révolutionnaire... 

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