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Langue française : quelle est la différence entre les registres familier, courant et soutenu ?

"La toto à Mumu est cassée" ou "mon véhicule est endommagé" ? Il faut choisir, s’amuse Muriel Gilbert.

Une voiture équipée d'un coffre de toit.

Crédit : Thai Nguyen/Unsplash

Muriel Gilbert

Nous avons tous à notre disposition, que nous en ayons conscience ou non, plusieurs registres, ou niveaux de langue. Si je dis que ma bagnole est pliée, ou que ma voiture est accidentée, ou que mon véhicule a été endommagé lors d’une collision, j’ai donné trois fois la même information, mais dans des registres de langue différents. 

On distingue en effet souvent les registres familier, courant et soutenu. Mais ce n’est pas aussi mathématique que ça, et on pourrait en ajouter d’autres : le registre technique (mon véhicule a subi un sinistre), le registre poétique (mon fidèle carrosse a poussé son dernier soupir), le registre argotique (ma caisse est niquée) ou même la langue bébé, pourquoi pas (la toto à Mumu, elle est toute cassée).

Mais bon, restons sur les trois principaux, il y a déjà beaucoup à dire. Donc registres familier, courant et soutenu. Mon attention a été attirée sur la question par un lecteur du journal "Sud-Ouest", qui m’a fait suivre le message qu’il a adressé à la rédaction, agacé par son utilisation d’un vocabulaire inadapté, et citant des exemples comme : "deux voitures ont cramé" ou "l’association doit dégoter 4 millions et demi d’euros". 

Le vocabulaire familier est réservé, comme son nom l’indique, aux familiers

Et en effet, cramer est un synonyme familier de brûler, dégoter un synonyme familier de trouver. On ne peut pas utiliser ce type de vocabulaire dans un quotidien. Le vocabulaire familier est réservé, comme son nom l’indique, aux familiers, à nos copains, à la famille éventuellement... et encore, ça dépend de quelle famille.

C’est pour cette raison que je dis parfois que chaque Francophone, même ceux qui ne parlent aucune langue étrangère, est polyglotte. Et ce n’est pas seulement une question de vocabulaire : utiliser on ou nous, par exemple (on mange une pizza, nous mangeons une pizza), faire ou non les liaisons facultatives (nous avons z’aimé cette pizza ou nous avons haimé cette pizza), ces détails influent sur le niveau de langue. 

"Mettre la pression" sur quelqu’un, c’est du registre familier

Tous ces registres, du langage bébé au langage poétique en passant par le langage technique, ont leur raison d’être et leur légitimité. Il faut juste les employer avec discernement. D’ailleurs, il n’y a pas que "Sud-Ouest" qui se plante (pardon, qui se goure, pardon, qui se trompe, pardon, qui se méprenne). J’ai récemment corrigé deux fois dans "Le Monde" une mauvaise utilisation du mot "pression". 

Par exemple : les rédacteurs avaient écrit, pour l’un, "Les syndicats agricoles mettent la pression sur le gouvernement", pour l’autre "En Thaïlande, le pouvoir met la pression sur les touristes". Eh bien je suis désolée, mais "mettre la pression" sur quelqu’un, c’est du registre familier. Dans un langage courant ou soutenu, on dira "faire pression".

Eh oui, c’est proche. C’est pour cela qu’on confond. La différence, c’est que "Le Monde" a un service de correction, donc que ces conneries, pardon ces âneries, pardon ces bourdes, pardon, ces erreurs ont été corrigées avant d’être imprimées dans le journal. Et vive les correcteurs !

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