2 min de lecture
Image d'illustration
Crédit : emmanuel-ikwuegbu/unsplash
Si vous dites : "Il va sans doute pleuvoir demain". Si je vous réponds : "Je m’en doute !", c’est que j’en estime la probabilité à 90 %. Mais si je réponds : "J’en doute", c’est que je pense que cette probabilité est de 10 %. L’introduction du pronom personnel [me] fait s’inverser le sens de la phrase. Étonnant, non ?
On peut ajouter une couche de bizarrerie à ces histoires de doute en vous faisant remarquer que “re-douter” (donc ‘douter’ équipé de ce préfixe “re” qui d’ordinaire indique une répétition, comme dans “refaire”, ou un renforcement comme dans “renforcer ou rétrécir”), loin de signifier “encore plus que douter” signifie… “craindre”.
"Douter" est issu du latin dubitare, qui signifiait “hésiter entre deux choses, être indécis”, nous apprend le Dictionnaire historique de la langue française. En fait, dubitare vient de duo : “deux”… qui a donné au passage à la fois le duo et le chiffre deux en français. En ancien français, étrangement, douter a d’abord eu le sens de “craindre” (comme si de l’indécision naissait la peur). Redouter, par conséquent, c’était “craindre encore davantage”, et finalement redouter a complètement remplacé douter dans ce sens de “craindre, avoir peur de quelque chose”.
Et donc “douter”, lui, est devenu quoi ? Curieusement, il a repris un sens plus proche de celui du dubitare en latin. Il s’est fixé au XIIe siècle avec son sens actuel de “être dans l’incertitude au sujet de quelque chose”. C’est au XIVe siècle que la forme pronominale, ‘se douter’, prend le sens de “soupçonner, deviner”. Et voilà comment on se retrouve avec un verbe capable de recouvrir deux sens opposés selon qu’il comporte ou non un pronom.
Autre bizarrerie : la locution “sans doute”, qui ne veut pas dire… qu’il n’y a pas de doute. Eh non. Si je vous dis “je viendrai sans doute”… c’est que je viendrai probablement. Mais c’est beaucoup moins affirmatif que si je vous dis “je viendrai” tout court ! En somme, “sans doute” signifie “avec un léger doute”.
En ancien français, au XIIIe siècle, c’était plus logique : “sans doute” signifiait “avec certitude”, mais depuis le XVIIe, il s’est mis à signifier “probablement”. L’adverbe “certainement” a la même particularité étrange : il ne signifie pas “c’est certain” mais “c’est plus ou moins probable”. Bref, ‘douter’, c’est ‘ne pas être certain’ ; ‘se douter’, c’est ‘soupçonner, subodorer’, et ‘redouter’ c’est ‘craindre’. Encore une fois, les étrangers qui font l’effort d’apprendre le français sont bien méritants !
La question du jour, pour finir ? Plus qu’une question, c’est un remontage de bretelles auquel se sont livrés les auditeurs, notamment MLJ sur l’Instagram du Bonbon sur la langue, à la suite de la chronique de la semaine dernière où j’évoquais nos ‘déclarations d’impôts’ comme exemples pour définir le mot “procrastination”. Mal m’en a pris. Évidemment, on ne déclare pas nos impôts mais nos revenus ! Tape sur les doigts à moi-même. En revanche, on peut parler de “feuille d’impôts”, m’apprend le Petit Larousse. Bon, quoi qu’il en soit, moi, ce n’est toujours pas fait. Je procrastine. Et vous, amis des mots ?
Bienvenue sur RTL
Ne manquez rien de l'actualité en activant les notifications sur votre navigateur
Cliquez sur “Autoriser” pour poursuivre votre navigation en recevant des notifications. Vous recevrez ponctuellement sous forme de notifciation des actualités RTL. Pour vous désabonner, modifier vos préférences, rendez-vous à tout moment dans le centre de notification de votre équipement.
Bienvenue sur RTL
Rejoignez la communauté RTL, RTL2 et Fun Radio pour profiter du meilleur de la radio
Je crée mon compte