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Langue française : dit-on "un enfant énervé" ou "un enfant t'énervé" en faisant la liaison ?

La correctrice de RTL alerte sur la disparition de l’une des clés du français parlé.

Deux enfants qui se prennent dans les bras. (Illustration)

Crédit : Pixabay

Langue française : "Je mange des z'œufs"... Faites les liaisons !

00:03:36

Muriel Gilbert

Amis des mots, la moutarde correctrice me monte au nez. Cela fait des années que je me bagarre pour que les gens fassent la liaison avec les euros. Je sais bien que je suis un peu Don Quichotte contre les moulins à vent, sur ce coup-là, mais je vais le répéter : comme on dit j’ai "vingt t’ans", on dit j’ai "vingt t’euros", ce château a trois "cents z’ans" donc cette facture s’élève à "300 z’euros". 

Mais maintenant, ce n’est plus seulement avec les euros : les liaisons disparaissent de partout à vitesse grand V. Or, la liaison, en français, ce n’est pas une option, une dentelle pour faire joli. C’est un constituant à part entière de la langue parlée. Et pas plus tard que cette semaine, en même pas deux heures, j’ai entendu sur RTL évoquer un "grand Hanimal", un "brillant Hingénieur", un "très long Harticle". 

Mais enfin ?! Au lieu d’un "grand t’animal" et d’un "brillant t’ingénieur", et "un très long g’article", bien sûr. Mais ayez pitié, quoi ! Bientôt on entendra "j’ai deux Henfants" ou "le film dure trois Heures" !

Liaisons interdites, liaisons obligatoires et liaisons facultatives

Bon, en vérité, amis des mots, je suis moins fâchée qu’inquiète. Je ne comprends pas. J’ai l’impression que mes contemporains sont frappés par la maladie de la flemme de faire les liaisons. Un petit rappel des règles, peut-être ? La liaison, en français, c’est prononcer la consonne finale muette d’un mot parce que ce mot est suivi par un autre qui, lui, commence par une voyelle. 

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La liaison, c’est ce qui fait que je ne dis pas "je mange des Hœufs" mais "je mange des z’œufs" : le S final du mot "des" se prononce Z : des "z’œufs". Il y a des liaisons interdites, des liaisons obligatoires et des liaisons facultatives. Exemple de liaison interdite : après un nom singulier. On dit "des enfants z’énervés", pas "un enfant t’énervé". Exemple de liaison facultative : j’ai rencontré des "gens Z’extraordinaires", "je veux Z’aller R’à la plage". 

Ces liaisons facultatives se font peu dans le langage courant, mais plus on veut avoir un niveau de langue soutenu, pour une conférence, par exemple, plus on fera ces liaisons. Mais si je tire le signal d’alarme, c’est que celles qui disparaissent aujourd’hui sont des liaisons obligatoires (ou, plus chic, des "liaisons z’obligatoires").

Quelles sont les liaisons "z’obligatoires" ?

Allez, c’est parti : quelles sont les liaisons "z’obligatoires" ? La liaison est obligatoire entre ce qu’on appelle un déterminant et un nom ou un adjectif : un "n’enfant" (et non un Henfant), les "z’enfants", mes "z’amis", quels "z’adorables" chiots. Idem entre un pronom personnel et un verbe : nous "z’avons" faim, on "n’arrive", et non nous "Havons faim", on "Harrive". Pour celles-ci, il me semble que tous les francophones les font (encore !) sans se poser trop de questions. 

Plus problématique parfois, la liaison est aussi obligatoire après un adverbe d’une seule syllabe : nous sommes bien "n’arrivés", elle est très "z’en" retard. Enfin, et c’est celle-ci qui me semble être en voie de disparition, on fait la liaison entre le nom et l’adjectif qui le précède, comme dans (et oui !) un grand "t’animal", un brillant "t’ingénieur", un long "g’article", mais aussi un premier "r’amour", un gros "z’avion". Et pas "un gros n’avion", non plus.

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