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François Duvalier et sa femme lors des élections présidentielles d'Haïti en 1957
Crédit : INTERNATIONAL NEWS PHOTOS (INP) / AFP
Le 5 août 1964, une rumeur se répand comme une traînée de poudre dans les rues de Jérémie, cité haïtienne à 300 km de Port-au-Prince. Un commando de treize hommes, un noir et douze mulâtres, vient de débarquer dans la région. Le groupe se fait appeler "Jeune Haïti" et s'oppose à François Duvalier, le président de la République, car ce dernier aurait fait assassiner 600 personnes dans plusieurs villes du sud-est de l'île.
Face à cette menace, celui que l'on surnomme "Papa Doc" instaure un couvre-feu et déploie sur place les Tontons Macoutes, une redoutable milice paramilitaire. Lunettes noires au bout du nez et revolver à la ceinture, ils sillonnent Jérémie à la recherche des proches des activistes. C'est un bain de sang. Au total, vingt-sept personnes, issues de trois familles de membres du mouvement, sont torturées puis assassinées.
Comble de l'horreur, François Duvalier oblige un orchestre à jouer lors de la mise à mort des militants de "Jeune Haïti". Il fait venir des écoliers, des étudiants et des employés pour qu'ils assistent à la scène. Scène qui sera filmée et diffusée pendant plusieurs semaines sur la seule chaîne de télévision du pays. Cet évènement, appelé massacre des Vêpres jérémiennes, a terni à jamais l'éclat de "La perle des Antilles".
François Duvalier voit le jour en 1907 à Port-au-Prince. Avant de faire couler le sang, "Papa Doc" soigne les plaies du peuple. Médecin jusqu'à ses 40 ans, il arpente les campagnes accablées par les épidémies de typhus et de malaria. Le docteur est marié à une infirmière, Simone Ovide, avec laquelle il a quatre enfants.
Ses débuts en politique se font au sein du parti des ouvriers paysans, dont il est le cofondateur. Après quelques années dans l’opposition au chef d’État en place, il est l’un des trois candidats en lice à la présidence d'Haïti. Le 22 septembre 1957, il devient le 41ème président du pays avec 69,1 % des suffrages. Tout le monde ferme les yeux sur ces nombreuses villes où il a y eu plus de voix en sa faveur que d’électeurs inscrits sur les listes.
À peine dix mois après son sacre, d’anciens militaires tentent de le destituer. En réponse à cette conspiration manquée, l'homme d'État purge l’armée, musèle la presse et décrète que seul son parti a le droit d’exister. François Duvalier créé également une garde personnelle, que la population renomme les Tontons Macoutes, macoute signifiant en créole croquemitaine. Les membres de cette milice pillent tout sur leur passage et reçoivent en cadeau des propriétés foncières confisquées à des fermiers. Leurs proies favorites : les communistes et les métisses.
Tout Haïti vit donc dans une torpeur permanente d’autant que François Duvalier se présente comme un prêtre de la religion vaudou. Or, le vaudou est profondément ancré dans la société haïtienne. Cette religion a été l’origine d’une révolution qui a permis au pays de devenir au début du XIXème siècle la première république noire indépendante. Qui oserait donc le défier ? Lui qui assure avoir jeté un sort à John Fitzgerald Kennedy peu de temps avant son assassinat.
"Papa Doc" se présente aussi comme le "bienfaiteur des pauvres". Mais derrière les mots, se cache une triste vérité. Il pioche dans les caisses nationales et prélève des taxes sur les produits de première nécessité. L'argent volé est déposé sur des comptes à l'étranger. Un pactole que Duvalier partage avec une clique de millionnaires et parfois avec les citoyens, à l'occasion de trajets en berline au cours desquels il leur jette des billets par la fenêtre.
C’est en 1971, quelques jours après son 64ème anniversaire qu’il rend son dernier souffle. Mais même mort, "Papa Doc" fait peur. Lors de ses funérailles, une bourrasque entraîne un mouvement de foule. Pour les Haïtiens, l’esprit de François Duvalier vient de se manifester. Au moment de déposer sa dépouille dans un mausolée, les gardes craignent même qu'il se transforme en zombie car la tradition vaudou dit que les chefs spirituels détestent être enterrés.
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