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"C'est moi qui ai tué le tyran" : qui était vraiment Lavrenti Beria, le bras droit de Joseph Staline ?

PODCAST - En mars 1953, l'ombre de cette figure du régime soviétique plane derrière mort du "petit père des peuples". Pourtant, l'ancien vice-président du Conseil des ministres de l'URSS a dédié sa vie entière à la cause communiste.

Lavrenti Pavlovitch Beria

Crédit : Bridgeman Images via AFP

Lavrenti Beria : le chef de la police secrète russe soupçonné d'avoir tué Joseph Staline

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Vincent Parizot & Thomas Bernardon

Lundi 2 mars 1953, 2 heures du matin. Dans les rues de Moscou, le froid est glacial. Il ne neige plus mais les congères et les chaussées verglacées rappellent que plusieurs centimètres de poudreuse sont tombés ces derniers jours. Lavrenti Beria, cadre du régime soviétique, pénètre dans la Datcha de Kountsevo.

Derrière les murs de cette prestigieuse bâtisse, Staline se meurt. Aucun docteur ne pouvait être appelé sans l'autorisation de Beria et maintenant qu'il est au chevet du Vojd, le voilà en train d'expliquer que le camarade est simplement en train de dormir. Une semaine plus tard, lors des funérailles du chef de l'URSS, Beria se penche vers Gueorgui Malenkov, proche collaborateur du Kremlin, et lui dit : "C'est moi qui ai tué le tyran". 

Comme Staline, Lavrenti Pavlovitch Beria est géorgien et voit le jour dans une famille paysanne, en 1899. L’année des révolutions qui renversent le tsar Nicolas II et voient la prise de pouvoir des Bolchéviques, Beria, 18 ans, adhère au parti communiste. Il est alors étudiant à Bakou en Azerbaïdjan. Son diplôme d'architecte en poche, il intègre l'antenne régionale de la police politique, la Tcheka. En 1931, Beria rencontre Joseph Staline, venu en Géorgie pour une cure de repos. Les deux hommes s'entendent bien et Staline le désigne premier secrétaire du parti communiste géorgien. 

Nous sommes en 1938 et Lavrenti Beria dirige le NKVD, la police secrète, ancêtre du KGB. Avec plus d’un million et demi de tortionnaires à sa main, il est à la tête d’une gigantesque toile d’araignée qui prend dans ses filets tous les éléments qualifiés de réactionnaires. Arrestations, interrogatoires musclés et exécutions se multiplient. Beria lui-même torture les suppliciés avant leur assassinat ou leur déportation dans les goulags. On lui attribue également le massacre de 26.000 polonais dans la forêt de Katyn. Un événement qui hante encore les mémoires de la "Terre des Champs". 

La fièvre du pouvoir

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le chef du NKVD est également vice-président du Conseil des commissaires du peuple et vice-président du comité d’État pour la défense. À ce titre, il pilote la production des munitions, des mortiers et des chars. Quand le conflit se termine en 1945, l’Union Soviétique fait partie des vainqueurs et Lavrenti Beria, nommé maréchal, est en charge du programme nucléaire qui permet à l’URSS de se doter de l’arme atomique. L'homme politique est alors au sommet de sa gloire. Il est invité aux dîners de Staline et dispose même d'un hôtel particulier à Moscou. 

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Mais cette réussite a son revers. Beria se révèle être un prédateur sexuel et sa férocité n’a pas de limites. Le maréchal profite de sa position pour faire ce qu’il veut notamment enlever des jeunes femmes, parfois mineures.

Impliqué dans le "complot des blouses blanches"

Il les force à coucher avec lui en échange de la libération de leurs parents alors que ces derniers ont bien souvent déjà été exécutés. Staline fait semblant de ne pas être au courant, mais avec le "tsar rouge", il est facile de tomber en disgrâce. Le Vojd s’inquiète du pouvoir de Beria et le démet de ses fonctions de directeur du NKVD. Il perd aussi l’espionnage à l’extérieur des frontières. 

Au début des années 1950, c’est encore pire. Il est impliqué dans le "complot des blouses blanches" mais la mort de Staline lui permet de sauver sa tête. Une explication logique sur sa lenteur à faire soigner le dictateur en 1953. Certains pensent même que Beria l'a empoisonné lors du dernier dîner qu'ils ont partagé ensemble. La fin du règne du "petit père des peuples" sonne aussi celle de l'existence de Lavrenti Beria.

Nikita Khrouchtchev, le successeur de Staline, le fait arrêter en juin 1953. Accusé d'avoir tenté de "saper le socialisme", il est fusillé le 23 décembre. Une mort dont les circonstances sont aujourd'hui encore plutôt nébuleuses. 

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