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Qui était Isabelle la Catholique, l'impitoyable reine derrière l'Inquisition espagnole ?

PODCAST - Dans l'Espagne de la fin du Moyen-Âge, cette souveraine, conseillée par l'inquisiteur Tomas de Torquemada, a chassé les Juifs et les musulmans hors du royaume.

Portrait de la reine Isabelle 1er par Joaquin Dominguez Becquer / Huile sur toile / 1859

Crédit : Bridgeman Images via AFP

Qui était Isabelle la Catholique, l'impitoyable reine derrière l'Inquisition espagnole ?

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Vincent Parizot & Thomas Bernardon

Nous sommes le 2 janvier 1492. Mohammed XII, dit Boabdil, remet les clefs de Grenade, capitale du royaume musulman, à Isabelle, reine de Castille, et Ferdinand II d'Aragon. Une reddition qui sonne la fin de la Reconquista, une campagne de reconquête lancée par les catholiques sept siècles plus tôt.

Dans les rues, alors que les chrétiens laissent exploser leur joie, les Maures manifestent une profonde inquiétude. Un cri du cœur dont l'émir déchu se fait l'écho auprès d'Isabelle et Ferdinand. Il demande la liberté de culte pour les vaincus. Requête acceptée. Enfin, pour l'instant. 

Fille d'Isabelle de Portugal et du roi de Castille, Jean II, Isabelle naît en 1451 au palais royal de Madrigal de las Altas Torres. Orpheline de son père à l'âge de 3 ans, elle est contrainte de vivre avec sa mère, un brin démente, dans un château loin de la cour.

Elle s'est autoproclamée reine de Castille

À 11 ans, Isabelle est envoyée auprès du roi de Castille, Henri IV, à l'Alcazar de Ségovie. Là-bas, elle reçoit une solide éducation religieuse et étudie la philosophie, la rhétorique, l’histoire ainsi que la littérature.

La cour commence à grincer des dents quand Isabelle décide d'épouser en catimini Ferdinand, héritier du royaume rival d'Aragon. Le plus en colère dans cette histoire, c'est le roi de Castille, Henri IV. Il avait interdit à Isabelle de se marier sans son accord. Trahi, le souverain nomme alors sa fille présumée, Jeanne, 12 ans, pour lui succéder au détriment d’Isabelle.

Mais lorsque Henri IV meurt et ne laisse aucun testament, Isabelle s’autoproclame reine de Castille. Elle a 23 ans. Une opération qui entrainera une guerre de succession, longue de quatre ans. 

L'ombre de Tomas de Torquemada

Désormais sur le trône, Isabelle a les mains libres pour gouverner. Elle crée une milice, la Santa Hermandad, chargée de faire régner l’ordre. Les coupables arrêtés sont sévèrement condamnés. Les voleurs ont le pied coupé et les auteurs de meurtres sont exécutés à coups de flèches. La reine met également au pas l'aristocratie qui perd son pouvoir politique et financier.


Très pieuse, Isabelle s’entoure d’austères religieux qui deviennent ses conseillers et elle adopte des mesures en faveur des chrétiens. Elle autorise la prison pour les Juifs et les musulmans qui ont contracté des dettes auprès des chrétiens. Les Juifs doivent porter la rouelle comme signe distinctif alors qu’ils sont déjà persécutés, victimes de pogroms et obligés de vivre dans des ghettos.

Mais pour un certain Tomas de Torquemada, ce ne sont que des mesurettes. Ce moine dominicain aussi rigoriste qu'intransigeant est une vieille connaissance d'Isabelle. Il était chargé de son éducation. Torquemada est derrière chaque décision prise par la reine de Castille. Il lui conseille de traquer tous ceux qui ne sont pas catholiques et mettent en péril l'unité de l'Aragon et de la Castille. Outre les Juifs, sa cible numéro un, il vise les musulmans convertis au catholicisme, les protestants, les blasphémateurs, les homosexuels ou encore les gens suspectés de sorcellerie. 

Près de 200.000 juifs exilés

Parallèlement, Isabelle de Castille souhaite achever la Reconquista. La prise de Grenade au début de l’année 1492 a donc un énorme retentissement. À l’annonce de la nouvelle, les cloches sonnent à Londres, Paris et Rome. Les Juifs ont un mois pour se convertir au catholicisme ou quitter l’Espagne. Au moins 150.000 d’entre eux acceptent la conversion forcée et près de 200.000 préfèrent l’exil aux quatre coins de l’Europe mais aussi en Afrique du Nord et dans l'Empire ottoman.


Les années passent et ce sont bientôt les musulmans qui sont dans la ligne de mire d’Isabelle et Ferdinand. Au tout début du 16ème siècle, ils doivent adhérer de force à la religion chrétienne. Rassemblés sur les places publiques de Grenade et d’autres villes andalouses, les musulmans sont aspergés d'eau bénite et considérés comme baptisés. Ceux qui refusent sont expulsés d’Espagne. Les corans sont brûlés et des monuments arabes sont détruits.

À ce moment là, Isabelle de Castille souffre de dépression. La peine inhérente à la mort de son fils et l’état de santé de sa fille Jeanne, dite la folle, composent un véritable fardeau. Atteinte d’une fièvre persistante et de douleurs abdominales, Isabelle la Catholique meurt en 1504. Elle est enterrée dans l'Alhambra. 

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