3 min de lecture Cinéma

Mort de Jean-Pierre Mocky : le franc-tireur du cinéma français

PORTRAIT - Jean-Paul Mokiejewski, dit Jean-Pierre Mocky, est décédé à l'âge de 90 ans, comme l'a annoncé sa famille à l'AFP. Retour sur la carrière hors normes de "l'anar du cinéma français".

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Portrait Mocky Crédit Image : MARTIN BUREAU / AFP | Crédit Média : Laurent Marsick | Durée : | Date :
Capucine Trollion
Capucine Trollion
et Laurent Marsick

Le cinéma français vient de perdre un de ses grands réalisateurs. Le 8 août 2019, Jean-Pierre Mocky est décédé à l'âge de 90 ans comme l'a annoncé son gendre Jerôme Pierrat à l'AFP. Le décès du cinéaste a été confirmé par son fils, le comédien et metteur en scène Stanislas Nordey.


Né à Nice le 6 juillet 1929, Jean-Pierre Mocky démarre sa carrière d'une manière originale. Alors chauffeur de taxi, il conduit l'acteur Pierre Fresnay (Marius, Fanny, César) qui lui permet de décrocher son premier rôle au théâtre dans Pauline ou l'Écume de la mer, de Gabriel Arout. Jean-Pierre Mocky est ensuite admis au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, où il rencontre Jean-Paul Belmondo.

C'est en 1949 qu'il obtient son premier grand rôle au cinéma dans Le Paradis des pilotes perdus de Georges Lampin. Mais, c'est surtout en Italie que sa carrière décolle. Là-bas, il y est une véritable star de l'écran et des plateaux. 

Stagiaire de Federico Fellini et Luchino Visconti

À partir de 1952, Jean-Pierre Mocky s'installe en Italie. Il est alors engagé par les studios Ponti-De Laurentiis, et se fait remarquer. Dans les années 50, il obtient deux stages de renom. Il travaille d'abord avec Federico Fellini sur La Strada, récompensé par l'Oscar du Meilleur film en langue étrangère en 1957.

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Jean-Pierre Mocky poursuit alors son chemin sous la houlette d'un autre monstre sacré du cinéma : Luchino Visconti. Il assiste le réalisateur sur le tournage de Senso, où il a un petit rôle qui ne sera finalement pas crédité au générique. Jean-Pierre Mocky enchaîne ensuite les films et les succès avec Graziella de Giorgio Bianchi et Les Égarés de Francesco Maselli.

Un retour compliqué en France, malgré des alliés de poids

En 1956, Jean-Pierre Mocky revient en France où il sympathise avec Claude Chabrol, Jean-Luc Godard et François Truffaut. C'est d'ailleurs avec ce dernier qu'il travaille le scénario de son premier film, La Tête contre les murs, adapté du roman éponyme d'Hervé Bazin. Mais tout ne se passe pas comme prévu. Les producteurs ne font pas confiance à Jean-Pierre Mocky et confient la réalisation du film à Georges Franju.

Loin de se laisser abattre, le réalisateur s'impose et sort en 1959 son premier film : Les Dragueurs, avec Jacques Charrier, Charles Aznavour et Anouk Aimée. Après la sortie des Dragueurs, il ne cessera plus de tourner. On lui doit des comédies déjantées comme Un drôle de paroissien avec Bourvil, dont l'entourage tente de dissuader l'acteur d'accepter le rôle, ou encore La Grande Lessive, toujours avec Bourvil. 

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Bourvil "Pourquoi je tourne avec Jean-Pierre Mocky ?" | Archive INA

Le début de la reconnaissance

La reconnaissance commence à arriver en 1968 lorsque Henri Langlois et Bernard Martinand lui consacrent une rétrospective à la Cinémathèque française. En parallèle des événements de Mai 68 qui secouent la France, Jean-Pierre Mocky change de registre et se tourne vers le film noir. Terroristes d'extrême gauche, corruption des hommes politiques, il réalise Solo, puis L'Albatros, où il joue les premiers rôles. 

Dans les années 80, un an avant le drame du Heysel, c'est la violence des supporters de foot qu'il dénonce dans À mort l'arbitre, avec Michel Serrault et Eddy Mitchell. Mais, à partir des années 90, le public ne le suit plus.

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Bande annonce du film A MORT L'ARBITRE de Jean Pierre Mocky

Infatigable, il "bricole" à toute vitesse des séries B, parfois jusqu'à trois par an, et des comédies burlesques aux budgets misérables. Se qualifiant alors de cinéaste "underground", il dénonce "la mafia [du 7e art] comme il faut qui court Paris, Cannes, Venise, Berlin". Il préfère les personnages "hors-caste, incompris, gueules cassées et outsiders", de ses films libertaires.

Maître de la dérision, auteur prolifique d'une oeuvre inégale, entre comédies grinçantes, satires des mœurs contemporaines, et polars, il était considéré comme "l'anar" du cinéma français, toujours sur la brèche, sempiternel râleur et, avant tout, libre.

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