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"Dune" : un rêve éveillé signé Denis Villeneuve

NOUS L'AVONS VU - Le réalisateur canadien, maître de la science-fiction émotionnelle, a-t-il réussi là où David Lynch a échoué ?

Timothée Chalamet et Rebecca Ferguson dans "Dune"
Timothée Chalamet et Rebecca Ferguson dans "Dune"
Crédit : WB
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud

Ce n'est pas tous les jours qu'on peut implorer nos lecteurs et amis de courir dans les salles de cinéma pour voir un film. Et pourtant, Dune de Denis Villeneuve mérite qu'on vous implore. Il faut aller voir Dune. Allez-y ! Au plus vite ! Vous précipiter dans les salles obscures, dès la sortie, est une quasi-nécessité. 

Vous devez y aller parce que vous allez passer un grand moment de cinéma, c'est une garantie. Et vous devez y aller vite afin de profiter des plus grandes et plus belles salles du multiplex près de chez vous. Dune ne se regarde pas sur un smartphone, un écran d'ordinateur ou même une belle télévision. L'image doit vous dominer, vous envelopper, vous absorber. Et seule la salle de cinéma permettra de vous transporter.

Dune est un voyage sensoriel et émotionnel. Dès les premiers sons gutturaux du film qui viendront vous surprendre jusqu'au plan final porté par la musique envoûtante d'Hans Zimmer vous aurez quitté la Terre et notre époque. Dune par Denis Villeneuve est à la science-fiction ce que la trilogie du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson est à la fantasy. Une fresque épique, une leçon de cinéma et une réussite esthétique totale.

Couper "Dune"

Nous n'allons pas ici vous raconter le détail de l'intrigue de ce premier film. Nous n'avons pas l'intention de vous spoiler. Cela entrerait en contradiction avec notre ambition de vous faire aller (ou revenir) au cinéma. Mais pour celles et ceux qui ne savent pas de quoi il s'agit, voici quelques éléments scénaristiques. Dune est l'adaptation du roman culte de Frank Herbert, pape de la science-fiction américain dont les livres ont eu une influence considérable sur la littérature et la culture toute entière. Ce n'est pas la première fois que ce livre est porté à l'écran puisque le grand David Lynch s'est cassé les dents sur cette œuvre en 1984. 

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Le réalisateur canadien Denis Villeneuve, qui nous a déjà épatés avec le génial Premier contact ou la suite de Blade Runner, est cette fois à la manœuvre. Pour s'éviter de souffrir autant que Lynch, le Québécois a fait le choix de diviser son récit en deux. Ce que vous allez voir au cinéma n'est pas Dune mais Dune Partie 1. Pour la Partie 2 il faudra attendre de savoir si le public est au rendez-vous et si, financièrement, le producteur s'y retrouve. 

Avec des milliers de pages de romans, Denis Villeneuve a de la matière pour réaliser des dizaines de films. Le concept d'une trilogie cinématographique qui adapterait Dune, le tome 1 (en deux films) puis Messie de Dune, le tome 2, en un film, est probable... Même si rien n'est certain, nous avons choisi de rêver. Un tel choix permettrait d'aller au bout de l'aventure de nos héros...

Un univers condensé dans un destin

Dune Partie 1 vous propose de suivre l'histoire d'un piège tendu par l'empereur Shaddam IV qui règne sur un empire galactique. Afin d'affaiblir deux autres familles dont l'influence grandie, l'empereur décide de créer les conditions d'une guerre entre les Maisons rivales Harkonnen et Atréides qui pourraient lui dérober son trône. Les premiers sont des brutes chauves au teint maladif, extrêmement riches. Cette puissance économique et politique provient de la récolte de la ressource la plus précieuse de l'univers : l'Épice. Cette substance qui n'existe que sur la planète désertique Arrakis est un puissant psychotrope qui donne des visions, allonge la vie et permet les voyages interstellaires. Les Atréides se voient, au début du film, confier la récolte cette substance par l'empereur. Officiellement, pour limiter la puissance des Harkonnen et rééquilibrer les choses dans l'univers... Mais en réalité, l'empereur espère bien que ces deux factions s'autodétruisent suite à ce passage de relais. 

Dune (partie 1) se concentre sur l'héritier de la famille Atréides : Paul, joué brillamment par Timothée Chalamet. Sa famille est juste et essaye de diriger les choses avec respect et honneur. Le père du jeune Paul est Leto Atréides (Oscar Isaac) le chef de cette Maison et sa mère est une Bene Gesserit, dame Jessica. Les Bene Gesserit, comme l'Épice, font de ce film de science-fiction une œuvre quasi-fantastique en intégrant habilement des concepts religieux et des facultés surnaturelles à l'intrigue. Les Bene Gesserit forment un ordre matriarcal (dirigé par une Charlotte Rampling qui vous donnera des frissons) craint et respecté. Elles disposent de facultés télépathiques et peuvent utiliser la Voix. Ce don leur permet de donner des ordres qui hypnotisent en un instant.

Cet héritage fait rapidement de Paul une sorte d'élu. Il dispose d'un pouvoir politique et a hérité de certaines capacités de sa mère. Mêlez à tout cela des prophéties, des rêves prémonitoires, un peuple rebelle vivant dans le désert ainsi que de mystérieux vers géants.... Et vous obtenez le cadre narratif de Dune

Si loin et si proche

En ce concentrant sur une poignée de personnages et la découverte d'un monde très riche, Denis Villeneuve a fait un choix audacieux et payant : on comprend Dune. Et ce n'était pas gagné. Le premier film de Lynch était à la fois spectaculaire et bâclé, long et inégal. Denis Villeneuve nous offre la présentation simple mais dense d'un univers, des personnages magnétiques dont on comprend les désirs et les réactions et des thèmes profonds qui n'alourdissent jamais votre séance. 

Dune est un gigantesque spectacle et pourtant il n'est pas qu'une succession de scènes de combat ou de course de vaisseaux spatiaux. Oui, les objets, les lieux, les néologismes d'Herbert, les vaisseaux et les tenues incroyables vous font voyager mais tout nous rappelle la planète Terre et notre histoire. 

L'écologie et l'environnement, les guerres, les trahisons, les rebellions, le colonialisme, le féminisme, les religions, la politique, les hommes providentiels... Dune nous fait réfléchir à la façon d'un rêve. Tout en subtilité. Les interrogations apparaissent dans nos esprits et laissent leurs traces sans prévenir. Denis Villeneuve n'a pas sorti ses gros sabots, il avance sur la pointe des pieds, comme ses personnages qui parcourent le désert en glissant sur les grains dorés pour ne pas réveiller les terribles vers des sables. Les messages de l'œuvre littéraire sont aussi impalpables et discrets que des mirages. Mais ils sont là. C'est intelligent et d'une efficacité redoutable. 

Faire durer le rêve

Puisque la perfection n'est pas de ce monde, nous ne pouvons pas décemment qualifier Dune de film parfait. Mais nous avons bien du mal à nous souvenir d'un moment inutile, d'une erreur dans le jeu, d'une phrase mal amenée, un plan mal monté... Il n'y a pas de fausses notes dans cette symphonie et on ne voudrait qu'une chose : qu'elle ne s'arrête pas. 

La plus grosse critique que l'on pourrait faire à Denis Villeneuve c'est qu'il joue avec nos nerfs en ne nous offrant pas la Partie 2 immédiatement. Dès que le film s'arrête, on a l'impression d'avoir à peine effleuré la surface de ce monde. Tant de questions demeurent et on n'a qu'une envie : se jeter sur les livres en sortant du cinéma pour replonger. 

Il nous faut enfin parler du casting. Timothée Chalamet prouve une fois encore qu'il est un des grands acteurs de sa génération en offrant un nouveau visage, plus humain que jamais, à Paul Atréides. Rebecca Ferguson qui joue sa mère est l'autre immense star de ce film. Angoissée, angoissante, mystérieuse, aimante, indomptable... La performance de l'actrice est fascinante. Oscar Isaac est très émouvant en père condamné. Jason Momoa offre quelques sourires et une chaleur bienvenue mais attention, jamais on ne cède au cocktail léger humour/action d'un Marvel ou d'un Star Wars. Stellan Skarsgård, David Dastmalchian et David Bautista offrent trois visages très distincts à l'horreur glauque des Harkonnen. Et, encore une fois, Charlotte Rampling, offre tout son charisme à l'implacable Révérende Mère Gaius Helen Mohiam. 

Dune est une aventure rare et magnifique. Le son et l'image, la forme et le fond, le monde et ses habitants... Denis Villeneuve semble avoir enfin trouvé la recette pour adapter l'inadaptable. On en voudrait plus encore. Que le rêve continue.

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