2 min de lecture langue française

Quand les anglicismes viennent… de France

Les termes que nous prenons pour des anglicismes sont parfois des mots de chez nous qui ont fait l’aller-retour entre la France et l’Angleterre, raconte Muriel Gilbert.

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Quand les anglicismes viennent... de France Crédit Image : Agron Beqiri / NurPhoto / NurPhoto via AFP | Crédit Média : Muriel Gilbert | Durée : | Date : La page de l'émission
Muriel Gilbert
Muriel Gilbert édité par Félix Roudaut

La fermeture des frontières, avec cette quarantaine de deux semaines entre la France et la Grande-Bretagne dans le cadre de la pandémie de Covid, m’a donné envie d’évoquer un lien qui unit nos deux pays, et qui est bien antérieur à la construction du tunnel sous la Manche, et bien plus puissant sans doute : ce lien, ce sont les échanges de vocabulaire.

On se plaint souvent de l’invasion des mots anglo-saxons… Encore ces temps-ci, avec la Covid-19, on évoque sans cesse ces "clusters", qui figurent d’ailleurs dans nos dictionnaires, mais que l’on pourrait tout aussi bien appeler des "foyers d’infection". Mais il y a des mots anglais qui ont fait la traversée du Channel aller et retour. 

Tenez, je viens de parler du tunnel sous la Manche... "Tunnel" est un mot anglais, que nous avons adopté au début du XIXe siècle, avec la même orthographe mais prononciation gauloise : tunnel/tunnel. Mais ce tunnel était lui-même une interprétation British de notre "tonnelle", forme ancienne de "tonneau" (qui voulait dire "tuyau" à l’époque médiévale) et qui, par analogie de forme, a d’ailleurs aussi donné la jolie "tonnelle" de nos jardins.

Le paquebot, un "bateau à paquets"

Il y a quantité d’autres mots comme ça, que j’ai découverts dans un livre qui s’intitule 200 mots étrangers que le français a adoptés, de Marie-Dominique Porée (First Editions). Par exemple le ticket que vous achèterez quand vous pourrez à nouveau prendre l’Eurostar. Notre "ticket" vient du ticket anglais – quand on y pense, c’est évident, avec cette orthographe en CK typiquement anglo-saxonne. Sauf que ce ticket est une déformation britannique de notre "étiquette" (qui désignait un panneau à l’époque où l’anglais se l’est appropriée en la déformant) !

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Et tenez, en voici un pour les amateurs de "sport". Vous êtes-vous jamais demandé quelle était l’origine de ce mot ? Encore un anglo-saxon à la mode de France. Ou du français à la sauce anglaise. C’est un mot français issu du latin, "desport", qui désignait le divertissement, et qui en traversant la Manche est devenu sport, avant de rentrer chez nous avec le sens et la prononciation que nous lui connaissons. Et il y a pléthore d’autres emprunts à l’anglais dont nul ne se plaint parce qu’ils passent absolument inaperçus…

Paquebot par exemple, pour retourner à nos traversées maritimes. Eh non ! "Paquebot" n’est pas un mot français. C’est la déformation de l’anglais packet boat, littéralement "bateau à paquets", désignant de petits navires qui transportaient les marchandises entre l’Angleterre et le continent – c’est-à-dire la France, où l’on a transformé packet boat en "paquebot" ! Vous savez quoi, amis des mots ? On aura beau fermer toutes les frontières du monde, on n’empêchera jamais les mots de les traverser !

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