2 min de lecture Orthographe

La revanche des lettres muettes : pourquoi on ne prononce pas le P et le S de "corps"

Pourquoi écrit-on "corps" et non "cor", "doigt" et non "doi" ? En somme, d’où viennent les lettres muettes du français, qui compliquent tant son orthographe ? Voyage en étymologie avec Muriel Gilbert.

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La revanche des lettres muettes : pourquoi on ne prononce pas le P et le S de "corps" Crédit Image : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP | Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
Muriel Gilbert
Muriel Gilbert édité par Paul Turban

Il y a des erreurs qui sont entrées dans le dictionnaire, comme les pluriels en "x". Le mot "orthographe" lui-même serait une erreur : il se disait "orthographie" jusqu'à ce que qu'il perde son "i", selon un usage de le Littré considère comme "fautif". C'est d’ailleurs l'une des multiples anecdotes que l'on peut retrouver dans un gros bouquin qui en fourmille, une histoire de la langue française en bande dessinée qui s’appelle Et cetera, et cetera. C’est de Julien Soulié, illustré par M. La Mine et c’est aux éditions First. 

Ce livre permet aussi, par exemple, de comprendre l’origine de l’une des principales difficultés de notre "orthographie" : les lettres muettes, dont il faut bien avouer qu’elles la rendent parfois carrément délirante. Les lettres muettes, comme leur nom l'indique, ce sont celles qui ne se prononcent pas, comme le G et le T qu'on met au bout du doigt ou le D et le S qui alourdissent notre poids ou encore le P et le S finaux du corps humain, mais aussi les ENT au bout des verbes conjugués au pluriel par exemple.


L’époque du latin était une sorte d’'âge d’or de l’orthographe', qui était alors presque totalement phonétique, rappelle Julien Soulié. Avec le temps, le français, issu du latin, s’est prononcé de plus en plus différemment de lui, et donc l’alphabet latin ne suffisait plus à reproduire ces sons. C'est là que les choses ont commencé à se compliquer. Car jusqu’au XIIe siècle, on écrivait encore le corps humain COR, comme ça se prononce – c’est-à-dire comme un cor au pied. On écrivait les doigts de la main DOIS, comme je te dois 2 euros sans G, ni T.

De "bien vilains fantômes"

Alors que s’est-il passé ? "L’irréparable sera commis par les greffes royaux, ces fonctionnaires chargés de rédiger les édits [les lois] : cette élite bilingue français-latin va réveiller" ce que le livre qualifie de "bien vilains fantômes : les lettres muettes".

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Mais pourquoi nous ont-ils fait ça ?!, demanderez-vous. Dans un souci de "rendre" aux mots leurs racines latines. Ajouter un P et un S finaux au mot cor permettait de recréer le lien avec le corpus latin dont il était issu, par exemple. On a mis un G et un T au bout de nos doigts pour rappeler les digiti du latin, etc. Le plus rigolo, c’est qu’en voulant rendre leurs racines aux mots, on a parfois commis des erreurs.

Et ce qui est phénoménal, la revanche des lettres muettes, c'est qu’à force de les voir écrites, on s'est mis à les prononcer. On écrivait au Moyen-Âge (et on prononçait !) la "sustance" au lieu de la "substance", "s'astenir" pour "s'abstenir" ou "sutil" quand nous disons "subtil" aujourd’hui. Le B n'a été ajouté à l’écrit que pour rappeler leur racine latine. Il n’était pas censé se prononcer, pas plus que le G et le T à la fin du doigt de la main… Bref, voilà des lettres muettes qui sont devenues bien bavardes !

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