2 min de lecture Orthographe

Devant les lettres M,B et P faut-il toujours mettre un M ?

D’où vient la règle qui veut que les lettres M, B et P soient précédées d’un M au lieu d’un N ? Muriel Gilbert lève le voile sur ce mystère qui complique nos dictées.

livre Un bonbon sur la langue Muriel Gilbert iTunes RSS
>
Un bonbon sur la langue Le "M" devant M,B et P Crédit Image : FRED DUFOUR / AFP | Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
Muriel Gilbert
Muriel Gilbert

Cette semaine, je réponds à un ami des mots qui vit de l’autre côté de la Méditerranée : c’est Mokhtar, de Casablanca, qui se demande "pourquoi il est exigé en français de mettre presque toujours un M devant M, B ou P". Une règle que les enfants d’aujourd’hui l’appellent la "règle Mbappé" (un bon moyen de se souvenir quelles sont les consonnes concernées) et qui s’applique quand il s’agit de former ces sons "on, in, en" que les Français sont à peu près seuls les Homo sapiens capables de prononcer – il y a de quoi être fiers ! C’est cette règle qui explique que l’on écrive bonté mais bombé, trente mais trempe, entourer mais emmurer.

Alors, d’où vient-elle ? Comme souvent, l’explication remonte au latin. Accrochez-vous un petit peu. Les lettres M, B et P sont des consonnes labiales : on les prononce en serrant les lèvres l’une contre l’autre. La consonne N, elle, est une nasale (dans nasale on entend nez, d’ailleurs quand on da le dez bouché on de peut plus prodoncer les dasales).

Or, il est un peu difficile également de prononcer une nasale suivie d’une labiale. Prenons le verbe latin qui veut dire imbiber. Il est composé à l’origine du préfixe in (à l’intérieur) et de bibere (boire) : inbibere – dites inbibere rapidement plusieurs fois de suite, vous finirez sans doute par dire "iMbibere" parce qu’il est plus facile de prononcer un M avant un B. Comme l’usage va toujours vers ce qui est aisé, le latin a transformé ces N originels en M… et voilà pourquoi en français, on écrit aujourd’hui imbiber IMB au lieu de INB !

Des exceptions

En somme, c’est parce que le latin est allé vers la facilité que le français est compliqué. D’autant que, forcément, il y a des exceptions à cette règle. Et il y en a une que j’affectionne particulièrement : c’est le mot… bonbon ! Mon Bonbon sur la langue, en toute logique, devrait s’écrire "boMbon" mais il s’écrit "B.O.N.B.O.N" ! Pourquoi ?

À lire aussi
Une femme tient un dictionnaire (illustration) mots
"Il faut qu’on se voie" ou "il faut qu’on se voit" ?

Tout simplement parce que ce mot a été fabriqué en collant deux fois l’adjectif "bon" - c’est tellement bon, les bonbons, que c’est bonbon ! On écrit donc bonbon et bonbonnière sans M. Quant à la bonbonne, ce qui est chouette c’est qu’on peut l’écrire des deux façons, avec N ou M avant le B. Les autres grandes exceptions à la règle MBP sont les mots mainmise et néanmoins, mais les plus illogiques de tous sont perlimpinpin et embonpoint.

Pourquoi ces deux-là ? Parce qu’ils suivent la règle… à moitié ! Perlimpinpin, c’est un M avant le premier P, N avant le deuxième P !). Et l’embonpoint c’est un M avant le B, un N avant le P – eh oui, n’importe quoi ! En fait, embonpoint "est issu de la soudure de l'expression “en bon point” [en trois mots] qui signifiait “en bon état”, explique le Petit Larousse. Il s’écrivait au XVIe s. EMBOMPOINT, conformément à la règle". "Mais, pour rappeler l'origine du mot, le dictionnaire de l'Académie (1694) a rétabli le N de bon… sans pour autant rétablir celui de en". Voilà comment des gens très intelligents prennent des décisions qui compliquent drôlement l’orthographe de la langue française !

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Orthographe Mots Littérature
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants