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Zao : faut-il craindre l'application qui échange votre visage avec celui des stars ?

Zao est devenue l'application la plus téléchargée en Chine ce week-end grâce à ses filtres dynamiques qui transposent le visage des internautes sur celui de célébrités avec un réalisme bluffant. Mais son succès soulève des questions sur la vie privée des utilisateurs.

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Zao, l'application qui échange votre visage avec celui d'une star Crédit Image : Momo Inc. | Crédit Média : M6 - Pascal Melkonian | Date :
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

C'est l'application phénomène du moment en Chine. Elle a été lancée le 30 août dernier sur iOS, le système d'exploitation d'Apple, par l'un des géants chinois des réseaux sociaux, Momo Inc. Ce dernier est à l'origine de l'un des services de rencontres les plus populaires du pays. L'application Zao, elle, permet d'échanger son visage avec celui de célèbres acteurs et actrices grâce à une technologie de trucage de vidéos extrêmement réaliste. 

À partir de quelques selfies pris sous plusieurs angles avec différentes expressions faciales, en clignant des yeux et en ouvrant la bouche, par exemple, le logiciel utilise des filtres dynamiques pour plaquer le visage des internautes sur celui de célébrités dans des scènes de films ou de séries populaires. Avec une efficacité bluffante. 

L'un des exemples les plus partagés sur les réseaux sociaux ce week-end montrait un utilisateur chinois dont le visage avait remplacé celui de Leonardo DiCaprio dans des extraits de films, quelques secondes seulement après avoir téléchargé plusieurs images de lui dans l'application. 

Signe d'une popularité fulgurante, Zao a généré des millions de téléchargements depuis vendredi. Suffisamment pour caracoler en tête des téléchargements de l'App Store chinois. Mais son succès soulève aussi des questions sur l'utilisation des données des utilisateurs et ravive les craintes relatives à l'essor de la technologie "deepfake".

Le "deepfake" à portée de main du grand public

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La technologie de Zao se situe à mi-chemin entre le "face swap" et le "deepfake". L'application reprend la fonctionnalité lancée en 2016 par Snapchat qui permet d'échanger son visage avec celui d'une autre personne à partir d'une simple photo. Par le réalisme de ses résultats, elle se rapproche davantage de la technologie "deepfake". Cette technique consiste à modifier numériquement les visages de personnalités afin de détourner leurs propos ou leurs gestes.

Grâce aux progrès de l'intelligence artificielle, elle est de plus en plus aboutie et fait planer le spectre de campagnes de manipulation de l'opinion à grande échelle, à des fins électorales notamment. Il y a quelques mois, la présidente démocrate de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi, a été victime d'une vidéo "deepfake" la montrant parler avec un débit saccadé donnant l'impression qu'elle était ivre. Mark Zuckerberg en a aussi fait les frais quelques semaines plus tard. Des élus américains redoutent que ce type de vidéos truquées ne viennent fausser la campagne présidentielle de 2020.

Le succès de l'application Zao montre également que la technologie "deepfake" n'a jamais été aussi accessible pour le grand public. Avec le risque de voir les images et vidéos mises en ligne par les internautes détournées de leur usage initial. Récemment, une application payante a défrayé la chronique en générant des photos de personnes nues à partir de clichés habillés, à la manière d'un rayon X. Le "deepfake" a aussi été utilisé par le passé pour incruster des visages de célébrités dans des vidéos pornographiques. Le succès viral de Zao a donc naturellement soulevé son lot d'inquiétudes sur la capacité de Momo Inc., l'entreprise à l'origine de l'application, de respecter la vie privée de ses utilisateurs.

Zao ne lève pas tous les doutes

Lors du lancement de Zao, les conditions d'utilisation indiquaient que l'application disposait de droits "gratuits, irrévocables et permanents" sur l'ensemble des contenus mis en ligne par les utilisateurs, laissant toute latitude à l'entreprise Momo d'utiliser à sa guise les images et les "face swap" générés par les internautes. Notamment celui de les fournir aux autorités chinoises sur demande, comme l'a repéré le spécialiste des questions de cybersécurité Elliot Alderson sur Twitter. Un débat qui rappelle celui soulevé par le succès de FaceApp et son fameux filtre vieillissant.

En réponse aux critiques, Momo Inc. a annoncé ce week-end des changements dans la politique de confidentialité de Zao. L'application promet désormais de n'utiliser les photos et vidéos mises en ligne par les internautes que pour améliorer l'application et de supprimer de ses serveurs les contenus effacés par les utilisateurs.

Ces mesures n'ont toutefois pas permis à l'entreprise d'apaiser toutes les craintes. Les contenus qui ne sont pas supprimés par les utilisateurs restent en effet stockés sur ses serveurs où ils sont accessibles assez facilement, à partir d'un simple lien vers une image créée dans l'application, sans mot de passe. 

Par le passé, Momo Inc. a déjà présenté des failles de sécurité qui ont exposé les données de dizaines de millions d'utilisateurs. Des doutes qui ont convaincu la première plateforme sociale chinoise WeChat de restreindre l'accès à Zao pour ses utilisateurs "afin de maintenir un environnement sécurisé". Le chercheur Elliot Alderson se montre plus catégorique : "Pour des raisons de confidentialité, ne téléchargez pas votre visage sur une application inconnue", prévient-il.

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