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Mark Zuckerberg victime d'une vidéo truquée, la menace "deep fake" inquiète

Le PDG de Facebook a été à son tour victime d'une vidéo "deep fake". De plus en plus aboutis, les trucages de vidéo font craindre de nouvelles manipulations de l'information, notamment lors des périodes de campagne électorale.

Mark Zuckerberg a été victime d'une manipulation d'image dans une vidéo "deep fake"
Mark Zuckerberg a été victime d'une manipulation d'image dans une vidéo "deep fake" Crédit : Instagram
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Cela devait bien finir par arriver. Après la prolifération des "fake news" et les scandales à répétition relatifs aux données personnelles, l'essor des vidéos "deep fake" constitue un nouveau challenge pour Facebook. 

Grâce aux avancées de l'intelligence artificielle, cette technique, qui consiste à modifier numériquement les visages de personnalités afin de leur faire dire ou faire ce que l'on souhaite, est de plus en plus aboutie. Les résultats sont de plus en plus réalistes, presque parfaits. Dernier exemple en date avec un trucage hyper crédible mettant en scène le président fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg.

Dans une vidéo publiée mardi 11 juin sur Instagram, le milliardaire se vante de contrôler des milliards de données volées. "Imaginez ça une seconde: un homme avec le contrôle total des données volées de milliards de personnes, leurs secrets, leurs vies, leur avenir. Je dois tout cela à Spectre. Spectre m'a montré que celui qui contrôle les données contrôle l'avenir", explique posément l'entrepreneur. 

Le trucage est le fruit de l'artiste britannique Bill Posters. Il vise à faire la promotion du projet Spectre qui dénonce les dérives des géants technologiques dans le cadre d'une exposition qui se tient actuellement dans un festival de documentaires au Royaume-Uni. Avec d'autres artistes et des startups spécialisées en intelligence artificielle, l'activiste s'est fait une spécialité des vidéos "deep fake" mettant en scène des célébrités, de Kim Kardashian à Donald Trump en passant par Morgan Freeman.

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La vidéo de Mark Zuckerberg détourne une déclaration bien réelle du jeune PDG de Facebook à la télévision américaine. Elle fait allusion aux différentes controverses sur la gestion des données personnelles des utilisateurs du réseau social mais aussi aux différentes polémiques sur la manipulation de l'opinion sur la plateforme. Elle ne cherche pas tant à tromper les internautes (la mention #deepfakes est mise en évidence) qu'à mettre en lumière les enjeux soulevés par les progrès des vidéos modifiées, de plus en plus réalistes grâce aux avancées de l'intelligence artificielle.

Les manipulations de l'information se généralisent

L'un des "deep fake" les plus célèbres met en scène Barack Obama. Dans une démonstration destinée à alerter sur les dangers de ces nouvelles technologies, le réalisateur américain Jordan Peele avait modifié le mouvement des lèvres de l'ancien président américain pour lui faire prononcer un discours qu'il n'a en réalité jamais prononcé. "Nous entrons dans une ère où nos ennemis peuvent faire croire que n'importe qui dit n'importe quoi, à n'importe quel moment", affirmait notamment le faux Barack Obama dans cette vidéo visionnée à plus de cinq millions de reprises.

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AI-generated "real fake" video of Barack Obama

"Plus subtil que la création d'un faux, un plus grand danger encore est l'altération discrète d'une partie seulement d'un contenu audio ou vidéo, un discours par exemple", affirmaient en septembre dernier les auteurs d'un rapport interministériel français sur les nouvelles techniques de manipulation de l'information. "Il faut s'attendre à ce que les manipulations de l'information se généralisent et impliquent toujours davantage d'acteurs : les coûts d'entrée sont nuls, les risques d'être pris, très faibles, grâce aux difficultés de l'attribution et les gains potentiels très élevés", soulignait le rapport. Aux États-Unis, des élus craignent que les vidéos truquées viennentfausser la campagne présidentielle de 2020.

Il y a quelques semaines, la figure démocrate et présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi avait déjà été victime d'une manipulation d'images. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux la mettait en scène avec un débit au ralenti donnant l'impression qu'elle était ivre. Relayée par des proches de Donald Trump et des soutiens de l'alt-right américaine, la vidéo a été vu plus de 2 milliards de fois. "C'est incroyable qu'une simple modification puisse avoir autant d'impact et puisse être crue par autant de personnes. Trop d'entre nous semblent prêts à croire le pire tant qu'il est prononcé par des individus qui ne partagent pas nos opinions", analysait alors Hany Farid, chercheur en cybercriminalité numérique, interrogé par le Washington Post

La vidéo truquée de Nancy Pelosi n'avait pas été retirée de Facebook, la plateforme s'est contentée d'ouvrir une enquête, au grand dam de l'élue démocrate. Le "deep fake" de Mark Zuckerberg devrait rester en ligne lui aussi. "Nous traiterons ce contenu de la même façon que nous traitons toute la désinformation sur Instagram. Si les vérificateurs d'information externes la labellisent comme fausse, elle n'apparaîtra pas dans les recommandations", a simplement réagi Instagram dans un email à l'AFP.

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