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FaceApp : faut-il se méfier de l'application virale au filtre vieillissant ?

L'application FaceApp connaît un regain de popularité grâce à un filtre vieillissant. Les conditions d'utilisation permissives de l'application inquiètent certains experts du numérique.

L'atrice américaine Scarlett Johansson passée au filtre FaceApp
L'atrice américaine Scarlett Johansson passée au filtre FaceApp Crédit : AFP/FaceApp
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

C'est l'application phénomène du moment. Depuis plusieurs jours, les réseaux sociaux sont envahis par des milliers de photos de visages vieillis affublées du hashtag #FaceAppChallenge. 

Derrière cette tendance, on retrouve l'application FaceApp. Spécialisée dans la retouche photo instantanée, elle utilise une technologie de réseaux neuronaux pour numériser de très grandes quantités de visages et leur appliquer des filtres pour les rajeunir, les faire sourire ou les vieillir.

Le succès du filtre vieillissant, dont le rendu est on ne peut plus réaliste, a valu un regain de popularité à FaceApp qui caracolait en tête du classement des applications gratuites les plus téléchargées sur Android et iOS ces derniers jours. 

Il a aussi fait émerger un certain nombre d'inquiétudes chez les spécialistes du numérique au regard des conditions d'utilisation du service qui offrent peu de garanties en matière de respect de la vie privée.

Pourquoi la politique de FaceApp inquiète ?

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Le premier point d'achoppement concerne le traitement des données récoltées par l'application. Les serveurs de FaceApp récoltent de nombreuses données personnelles, de l'adresse IP, au navigateur, en passant par les pages consultées et les liens cliqués, des conditions similaires à celles de nombreux services très populaires sur Internet. 

Mais la politique de confidentialité du service confère à l'éditeur de FaceApp un accès irrévocable et perpétuel aux photos et données personnelles envoyées sur les serveurs de l'entreprise par les utilisateurs. Des clauses moins communes.

"Dès que vous utilisez FaceApp, vous donnez l'autorisation aux propriétaires de l'application d'utiliser votre visage pour faire tout ce qu'ils veulent avec. C'est une licence perpétuelle et irrévocable, sans rémunération, y compris à des fins commerciales, pour faire de la publicité. Et si FaceApp se fait racheter demain, les droits partent à l'acquéreur", expliquait récemment à RTL.fr Guillaume Champeau, directeur éthique et affaires juridiques chez Qwant, le moteur de recherche qui défend la vie privée en ligne.

Que peut faire FaceApp avec vos photos ?

Les multiples visages téléchargés sur les serveurs de FaceApp sont probablement utilisés par l'entreprise pour entraîner et améliorer le réseau de neurones derrière ses logiciels de retouches afin de rendre ses filtres de plus en plus réalistes.

Même si FaceApp embrasse pour l'instant un modèle économique basé sur la vente d'abonnements à 19,99 euros par an, il est impossible d'exclure que les images cédées à l'entreprise ne seront pas vendues un jour à des annonceurs puis utilisées pour proposer de la publicité ciblée ou partagées avec d'autres entreprises du groupe. 

Les droits sur les images cédés à l'entreprise font aussi planer le risque d'un éventuel détournement de leur usage initial. L'actualité recèle de nombreux exemples en ce sens. En mai, l'application de stockage de photos Ever a fait évoluer son activité pour mettre sa gigantesque base de données au service d'outils de reconnaissance faciale. La société compte désormais dans ses clients des compagnies privées de sécurité, la police ou l'armée.

Si elles venaient à tomber entre de mauvaises mains, par le truchement d'un rachat du service ou d'une fuite de données lors du transfert des images vers les serveurs de FaceApp, les photos téléchargées dans FaceApp "pourraient aussi être utilisées pour réaliser des deep fakes (des vidéos truquées numériquement pour faire dire ce que l'on souhaite à un visage, Ndlr)", expliquait encore Guillaume Champeau.

Que répond FaceApp ?

Contacté par RTL.fr, l'éditeur de FaceApp explique que "les images sont partagées de façon totalement anonyme" et qu'il est "impossible d'identifier un utilisateur, son appareil ou toute autre donnée basée sur les photos". L'entreprise explique également que la plupart des images stockées sur ses serveurs sont supprimées 48h après leur envoi. FaceApp veut ainsi éviter que les utilisateurs ne téléchargent une même photo à plusieurs reprises. Les photos ne semblent pas transiter par la Russie. Selon les constations du chercheur en cybersécurité Baptiste Robert, les serveurs de FaceApp sont situés en dehors de la Russie et utilisent les infrastructures d'Amazon et Google.

Contrairement à ce qui a pu être annoncé par certains experts, FaceApp n'aspire pas toutes les images stockées dans les bibliothèques de ses utilisateurs sans leur autorisation. L'application télécharge seulement les images que ses usagers souhaitent transformer, mais n'est pas plus indiscrète que Snapchat ou Instagram sur ce point. Elle requiert d'ailleurs le consentement éclairé de ses utilisateurs pour effectuer cette opération et accéder à son appareil photo ou à sa bibliothèque.

Faut-il désinstaller l'application ?

Aux Etats-Unis, un sénateur républicain a sommé le FBI et l'autorité de protection des consommateurs américaine d'enquêter sur FaceApp, arguant d'un éventuel risque pour la sécurité nationale et la vie privée des citoyens américains. Un responsable démocrate a également recommandé de ne pas utiliser l'appplication.

FaceApp n'est pourtant pas la seule application à avoir des conditions d'utilisation permissives avec ses utilisateurs. Les usagers de Facebook, Instagram ou Snapchat cèdent aussi un droit de regard sur leurs images. Et ces plateformes font  aussi usages de logiciels de reconnaissance faciale. 

Mais depuis l'affaire Facebook-Cambridge Analytica, qui a vu les données personnelles de millions d'internautes détournées pour être utilisées à des fins politiques à partir d'un questionnaire viral en apparence inoffensif, toute latitude accordée à un éditeur d'application est de nature à inquiéter. A fortiori lorsqu'il est basé en Russie, régulièrement accusée d'interférence dans les élections américaines par Washington, et installé depuis quelques mois dans un centre d'innovation technologique piloté par le gouvernement russe. 

Au final, si vous ne voyez pas d'inconvénient à envoyer des photos de vous à une entreprise libre d'en faire ce qu'elle veut par la suite, vous pouvez sans problème installer l'application pour voir à quoi vous ressemblerez avec quelques dizaines d'années en plus.

Comment supprimer ses données ?

Il est possible de faire une demande d'accès ou de suppression de vos données personnelles et de vos photos auprès de FaceApp. Les requêtes peuvent être adressées directement depuis les paramètres de l'application, dans la section "assistance"/"signaler un bug" en indiquant le mot "privacy" dans le texte. Il faudra prendre votre mal en patience car les équipes de l'application croulent actuellement sous les demandes. 

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