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Nokia : "L'échec d'une partie de notre stratégie de recherche télécom", dit Martial You

Nokia a annoncé la suppression d'un tiers de ses effectifs en France : 1.233 postes. Pour Martial You, "toute la recherche télécom a raté le XXIème siècle mais Nokia en particulier".

Le siège de Nokia, la multinationale finlandaise (illustration)
Le siège de Nokia, la multinationale finlandaise (illustration)
Crédit : MARKKU ULANDER / LEHTIKUVA / AFP
Nokia : "L'échec d'une partie de notre stratégie de recherche télécom", dit Martial You
03:35
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Martial You - édité par Chloé Richard-Le Bris

Énorme coup dur hier, lundi 22 juin. Nokia a annoncé la suppression d'un tiers de ses effectifs en France : 1.233 postes. Et c'est la Recherche et Développement qui trinque le plus. Le plan d'hier, c'est aussi l'échec d'une partie de notre stratégie de recherche télécom en France. Rendez-vous à Lannion, en Bretagne, épicentre de la Phone Valley française.
 
Le Radôme, cette énorme sphère domine encore la zone, près du centre de télécommunication par satellite de Pleumeur-Bodou. Et finalement, quand on s'y promène, on visualise ce qui est en train d'arriver à Nokia et aux télécoms en Europe.

Le Radôme est figé dans sa gloire du passé, celle d'une époque où la recherche française dans les télécoms permettait de conquérir la Lune. Seulement voilà, le monde du téléphone va vite et il se fracture en deux blocs : américain et chinois. L'Europe, elle, tâtonne et finit par sortir du match sans avoir combattu. C'est le 4ème plan chez Nokia en 5 ans, et on va une nouvelle fois changer de patron. Mais, cette fois, 83% des suppressions de postes ont lieu dans la recherche, autrement dit, on se passe des cerveaux.

La Recherche et Développement, c'est le canard de l'économie, quand on lui coupe la tête, l'entreprise continue à courir pendant quelques temps. Mais sans direction et sans avenir. On découvre que le monde d'après se préparait avant... C'est la malédiction Kodak.

Nokia a un train de retard

Toute la recherche télécom a raté le XXIème siècle mais Nokia en particulier. Souvenez-vous du Nokia 3310 qui faisait rêver tout le monde, c'était avant les smartphones, avant la 5G, avant les nouveaux usages et les réseaux sociaux. Nokia en France, ce sont les anciens chercheurs d'Alcatel-Lucent, l'époque de Serge Tchuruk, quand on rêvait d'une entreprise sans usines, donc sans salariés et finalement sans recherche.

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Et le problème ne date pas d'hier. Il suffisait de regarder ce qui se passe à Lannion pour comprendre. Dans cette petite ville, en 2007, Alcatel a commencé à réduire sa recherche. Et bien, cette année-là, juste en face des locaux du groupe s'est installé un fabricant chinois inconnu au bataillon : Huawei. Les ingénieurs n'ont eu qu'à traverser la rue.

Ça va devenir très difficile d'avoir un acteur européen pour développer la 5G.

Martial You, mardi 23 juin 2020

Et aujourd'hui, au moment où va se développer la 5G, Nokia n'est plus en mesure de combattre. C'est ça qui est rageant et qui doit rendre fou les ingénieurs télécoms français qui sont parmi les meilleurs au monde, les X-Télécom. C'est aussi ce qui rend dingue Bercy qui va recevoir les syndicats.

On va déployer la 5G, le gouvernement veut mettre des milliards pour être en pointe sur les technologies du futur et l'intelligence artificielle. On aura besoin d'une infrastructure télécom ultra-performante. On va nous parler de souveraineté numérique... Seulement voilà, Nokia, l'un des deux acteurs européens avec Ericsson, risque de mourir avant d'avoir combattu.

Ça va devenir très difficile d'avoir un acteur européen pour développer la 5G. On milite pour qu'il y ait une préférence européenne sur la 5G, mais Huawei a une longueur d'avance. Les acteurs des télécoms comme Orange sont d'accord pour écarter le groupe chinois. L'Amérique de Trump a aussi décidé de boycotter (par principe) Huawei de la 5G.

Il reste Ericsson en Europe

Mais encore faut-il avoir une alternative ! Il reste Ericsson en Europe. Et on murmure que Nokia pourrait finalement être la proie d'une OPA d'un groupe américain. Vaut-il mieux être entre les mains des système informatiques, des logiciels et des infrastructures américaines ou chinoises ? Ce qui est certain, c'est que lorsqu'on perd les infrastructures, on perd la technologie et donc la souveraineté.
 
Restera à Lannion un planétarium, une grosse bulle blanche et juste à côté un petit village gaulois reconstitué. C'est un peu le résumé de notre stratégie télécom depuis 20 ans.

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