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Des liseuses électroniques Kindle (Illustration)
Crédit : AFP / Archives, DAVID MCNEW
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Fini les étagères remplies de livres papier ou de boîtes de jeux vidéo ? À l'air du numérique, les loisirs se consomment autrement, et beaucoup sous forme dématérialisée. Le constructeur japonais Sony avait par exemple annoncé au cours de l'été l'arrêt de la production de jeux physiques sur les consoles PlayStation à partir de janvier 2028 au profit de jeux dématérialisés.
Concernant les livres, les ebooks sont aujourd'hui une part non négligeable des ventes : "En 2025, le chiffre d'affaires des ventes de livres numériques représente 10% du chiffre d'affaires total des ventes de livres des éditeurs", indique le Syndicat national de l'édition, tandis que dans son baromètre annuel des usages d'achat et de lecture, la Société des gens de lettres rapporte qu'un Français sur quatre dit avoir lu au moins un livre numérique en 2025.
"Aujourd'hui, 80% de l'argent dépensé par les Français passe par le numérique", explique sur RTL Jean Zeid, spécialiste des jeux vidéo. Il prend l'exemple de la musique, longtemps écoutée sur des disques, mais aujourd'hui "on s'est mis à les écouter en streaming sous forme d'abonnements".
Mais cette nouvelle façon de consommer inquiète certains usagers de ces loisirs, qui déplorent ne plus réellement posséder l'objet physique. "Je suis de l'ancienne génération, j'ai joué sur de vieilles consoles. Ça me choque quand même de ne pas avoir sa disquette, sa petite boîte de jeu", souligne auprès de RTL Mathieu, l'un des 40 millions de Français qui jouent régulièrement aux jeux vidéo.
Le problème ne vient pas seulement d'une certaine forme de nostalgie : avec les dématérialisation de ces loisirs se pose la question de la possession réelle de l'objet. Avant, lorsqu'on achetait un jeu, on pouvait y avoir accès à vie. Aujourd'hui, l'accès à un jeu peu prendre fin si l'éditeur décide de le retirer de son catalogue, et tant pis pour la progression du joueur. "C'est frustrant", déclare Marcus, le fils de Mathieu, qui fait partie de la génération qui a davantage connu les jeux en ligne. "Parce que tu te dis que tu as avancé, et tu perds tout. C'est un peu énervant."
C'est ce qui est notamment arrivé en avril 2024, lorsque le développeur Ubisoft a décidé de couper les serveurs de son jeu The Crew. Des milliers de joueurs se sont alors retrouvés face à un écran noir, et toute une communauté de gamers s'est alors soulevée pour demander un accès pérenne aux jeux en ligne, à coup de procédure judiciaire et de pétitions.
Les éditeurs peuvent choisir de retirer les jeux des serveurs pour des raisons techniques ou parce qu'ils estiment que le jeu fédère un nombre trop bas de joueurs. Les éditeurs privilégient leur rendement plutôt que le ressenti des joueurs qui eux, espéraient pouvoir continuer de profiter de ce jeu : "Le coût devient en réalité astronomique ou en tout cas défavorable à l'éditeur qui perd de l'argent (...) En tout cas, c'est ce qu'explique le secteur du jeu vidéo", souligne Jean Zeid.
Cette particularité n'est pas spécifique aux jeux vidéo : les utilisateurs de liseuses, qui consomment ainsi des livres sous forme numérique, peuvent faire face au même problème, en particulier sur les modèles Kindle, commercialisé par Amazon, ou encore la marque canadienne Kobo, que l'on retrouve en France chez l'enseigne Fnac.
Sur ces appareils, il est possible d'acheter des livres depuis un catalogue directement sur la liseuse, mais cela donne-t-il vraiment possession d'un exemplaire ? "Amazon a opéré une sorte de bascule, qui fait que vous n'achetez plus vraiment les livres, mais vous les louez", explique dans une vidéo Instagram publiée ce mercredi 28 octobre, Laura, éditrice indépendante et créatrice de contenu autour de la lecture. "Si jamais Amazon décide de faire disparaître le livre de son catalogue, si vous décidez de revendre votre Kindle et d'acheter une autre marque, vous ne pourrez pas récupérer le livre qui était sur votre catalogue", met-elle en garde.
La créatrice de contenu explique qu'il reste possible d'acheter un exemplaire numérique auprès d'un revendeur ou des sites de maisons d'édition et de l'importer ensuite sur sa liseuse, mais un sondage mené auprès de ses abonnés révèle que plusieurs centaines d'entre eux ont rencontré des problèmes pour ouvrir le fichier sur leur appareil : "Plus de 50% des répondants (...) ont dit que que lorsqu'ils achetaient un E-Pub, un Ebook, etc., sur une plateforme extérieure au catalogue, soient ils ne pouvaient tout simplement pas l'exporter sur la liseuse, soit ils y arrivaient, mais le livre s'ouvrait totalement de travers."
L'éditrice explique avoir reçu "énormément de témoignages similaires" pour les appareils de la marque Kobo, mais souligne bien que l'autre moitié des utilisateurs n'avaient quant à eux rencontré aucun problème.
Le média américain BGR, spécialisé dans les nouvelles technologies et le divertissement, explique ainsi que lorsqu'on achète un livre pour Kindle sur Amazon, on n'est pas réellement propriétaire d'une exemplaire, mais d'une licence. "L'accès à ces exemplaires dépend d'Amazon et de sa capacité à conserver le statut de votre compte, d'honorer ses accords avec les éditeurs et de maintenir les structures nécessaires pour garantir l'accès aux livres sur votre appareil", explique le média spécialisé. "Si l'un de ces critères disparaît, il devient plus difficile d'accéder à votre bibliothèque, même si vous avez payé pour avoir accès à ces livres."
D'autant que Kindle a enlevé sur ses liseuses la fonctionnalité "télécharger et transférer via USB", qui permettait aux utilisateurs d'avoir le contrôle total de leur fichier, expliquait le média au printemps dernier.
Sur Instagram, des abonnés de Laura ayant rencontré ce type de problèmes expliquent en commentaires qu'il faut passer par des étapes supplémentaires pour s'assurer de rester propriétaire du livre quoi qu'il arrive : en téléchargeant l'application My Kindle, par exemple, ils peuvent importer leur livre sur leur Kindle depuis l'application en utilisant la fonctionnalité "envoyer vers Kindle".
Face à ces nouvelles façons de consommer les loisirs qui peuvent sembler déposséder les utilisateurs des objets qu'ils achètent, les politiques se mobilisent pour tenter de protéger les acheteurs face à cette dématérialisation. Une proposition de loi portée par La France insoumise, qui vise à protéger les consommateurs de jeux vidéo, doit ainsi être débattue à l'Assemblée nationale ce jeudi 29 octobre.
"J'ai acheté mon jeu puis, du jour au lendemain, il disparaît. Je ne peux plus y jouer. Comment on fait?" présente le député insoumis Ugo Bernalicis, qui explique que l'enjeu de cette proposition de loi est de "faire en sorte que la licence d'utilisation ne puisse plus être révocable, mais bien qu'elle puisse être pérennisée par le biais d'un service public pour la remettre à disposition".
Il propose par exemple que la Bibliothèque nationale conserve une copie des jeux, comme au temps des disquettes, pour avoir la garantie de pouvoir y jouer pendant des années.
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