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L’écrivain, poète et romancier québécois d’origine haïtienne Thelyson Orelien pose pour des photos lors d’une séance photo à Paris, le 8 septembre 2026.
Crédit : Joel Saget / AFP
Il a bousculé la rentrée littéraire avec son premier roman. Thélyson Orélien est au centre de toutes les attentions avec C'était ça ou mourir, l'odyssée d'un migrant d'Haïti au Canada. Si au départ son œuvre, parue aux éditions Grasset le 20 août dernier, était saluée par la critique, elle se retrouve désormais au cœur d'une vive controverse qui secoue le milieu de l'édition.
L'écrivain est en effet accusé sur X d'avoir eu recours à l'intelligence artificielle pour son livre déjà couronné par plusieurs récompenses littéraires, qui fait partie des premières sélections du Goncourt et du Renaudot. Les accusations ont été lancées lundi 21 septembre par le compte anonyme "Balance ton Claude", jusqu'alors confidentiel avec 92 abonnés, qui a affirmé que le roman avait été "presque intégralement" écrit par intelligence artificielle. Il indique avoir utilisé pour l'analyse d'extraits le logiciel américain de détection Pangram.
"J'ai toujours aimé la création et l'écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine", s'est défendu l'auteur de 38 ans auprès de Libération. Il a indiqué être "en train de constituer un dossier" avec ses éditeurs "pour prouver" qu'il a écrit l'ouvrage de sa main.
L'écrivain canado-haïtien, aussi poète, argumente : il a commencé à écrire son texte en 2017. Une information confirmée par l'un de ses éditeurs à RTL, qui a lu un manuscrit dès 2018, avant donc l'essor de l'intelligence artificielle. Sur la langue, le choix des mots, il se justifie également. "Mes traditions sont haïtiennes et caribéennes. Les images, les répétitions et les rythmes sont une parole vivante, elles sont miennes", a dit l'auteur dans les colonnes du quotidien.
Deux extraits du roman ont été analysés par Pangram. Selon cet outil, ils viendraient étayer l'idée que le livre aurait été "presque intégralement" rédigé par une intelligence artificielle. L'entreprise américaine, fondée en 2023 affirme être en capacité de "détecter un texte généré par une IA en analysant et en comprenant les signaux subtils présents dans l'écriture".
Le logiciel, qui s'est imposé comme le détecteur le plus fin du marché, n'est pas le seul à arriver à cette conclusion. C'est le cas d'une étude Lucide.ai, un détecteur conçu spécifiquement pour la langue française, qui a passé au crible la totalité du roman, ainsi que le style de l'auteur depuis 2013, et celui d'autres écrivains haïtiens et africains. Résultat : un texte généré par IA entre 96,7% et 100%.
"Ce que j'ai remarqué en lisant le livre, avant même la polémique, c'est qu'il y avait beaucoup de marqueurs d'IA, très présents quasiment à chaque page", abonde Benoît Raphaël, journaliste, entrepreneur et spécialiste de l'IA, au micro de RTL, citant "le marqueur rhétorique assez connu 'ce n'est pas ceci, c'est cela'". L'expert pointe également les multiples répétitions. "On va répéter trois fois la même chose dans une phrase de façon différente."
Le journaliste note aussi une utilisation considérable de l'emphase dans C'était ça ou mourir : "On va dire 'c'est exactement ça', 'c'est très important', 'c'est essentiel', 'c'est crucial'. "Je ne l'ai pas trouvé très agréable à lire car j'ai l'habitude de lire des textes écrits par l'IA", poursuit Benoît Raphaël, soulevant une "mauvaise utilisation de l'IA" si l'outil a bien été utilisé.
Avec ces accusations, le monde feutré de la littérature se retrouve confronté à sa première crise liée à l'intelligence artificielle, qui va l'obliger à débattre et lever le voile sur la place de cette technologie dans le processus de création. Cette affaire "est inédite en France mais elle n'est certainement pas la dernière", prévient Alexandre Gefen, directeur de recherche au CNRS et co-auteur de L'histoire culturelle de l'IA, récemment parue, auprès de l'Agence France-Presse (AFP).
Les maisons d'édition vont devoir se mettre à la page. Parmi la petite dizaine contactée par RTL, aucune n'utilise de logiciel pour filtrer les manuscrits qu'ils reçoivent. "Ni pour les lire, ni pour les corriger", dit-on chez Gallimard. Un autre éditeur assure que "tout repose sur la confiance avec l'auteur". "Nos relecteurs sont bien des humains", abonde une autre source, qui reconnaît utiliser l'IA uniquement pour les vidéos sur les réseaux sociaux.
Le sujet reste encore tabou dans l'édition, alors que des écrivains bataillent farouchement contre l'IA. À l'image du jury du Prix des Deux Magots, qui a rédigé une déclaration d'intention à l'adresse des éditeurs : "Non à une littérature dopée sous stéroïdes". "On rappelle quelles sont les valeurs de notre prix, c'est-à-dire un attachement à une littérature humaine", résume Abel Quentin sur notre antenne. Dans Sanctuaires (Éditions de l'Observatoire), publié en mai, il a aussi proposé de "sanctuariser" des mondes sans IA générative, comme des œuvres siglées "100% humaines".
Les lignes commencent toutefois à bouger. Robert Laffont innovera en publiant début 2027 un roman écrit par Sébastien Bailly avec l'aide de l'IA. Cet amateur de nouvelles formes d'écriture "a voulu jouer avec l'IA" : elle a généré une première version de son roman, qu'il a ensuite travaillée et soumise à la relecture des éditeurs, explique le directeur-général Frédéric Martin à l'AFP. Dans la version finale, qui sera précédée d'un avertissement aux lecteurs, il ne reste qu'environ 2% du texte initial de l'IA, selon lui.
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