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Facebook dans la tourmente : comprendre ce qui est reproché au réseau social en 5 minutes

Secoué par la panne la plus importante de son histoire, Facebook est fragilisé depuis plusieurs semaines par les révélations d'une lanceuse d'alerte qui pourraient pousser les États-Unis à prendre des mesures pour limiter son influence.

Facebook compte plus de 3 milliards d'utilisateurs à travers le monde
Facebook compte plus de 3 milliards d'utilisateurs à travers le monde
Crédit : AFP
La semaine maudite de Facebook
03:38
Benjamin Hue
Benjamin Hue

Facebook est dans la tourmente. Trois ans après le scandale de Cambridge Analytica portant sur les données personnelles, l'entreprise américaine traverse à nouveau une zone de turbulences qui pourrait le mener vers la plus grave crise de son existence.

Le réseau social aux plus de 3 milliards d'utilisateurs dans le monde fait face depuis plusieurs semaines aux critiques d'une de ses anciennes cadres, Frances Haugen, une ingénieure de 37 ans qui a travaillé durant deux ans comme spécialiste des algorithmes au sein d'une division dédiée à "l'intégrité civique" de l'entreprise américaine, où elle était chargée d'observer les phénomènes de désinformation liés aux élections. 

Choquée par les méthodes de Facebook, elle a démissionné en mai dernier emportant avec elle des dizaines de milliers de documents compromettants que l'entreprise aurait volontairement dissimulés. Elle a décidé de donner l’alerte sur ce qu’elle décrit comme l'obsession du profit de la sixième capitalisation de la planète. 

Qu'est-ce qui est reproché à Facebook ?

La jeune femme a organisé la fuite de ces notes internes dans la presse américaine, donnant naissance au scandale des "Facebook Files". Publiés progressivement au cours du mois de septembre par le Wall Street Journal, ces rapports décrivent une entreprise cynique et amorale, totalement consciente de son impact négatif sur la société, qui décide en toutes circonstances de faire primer ses profits sur la démocratie et la santé mentale de ses utilisateurs.

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Les Facebook Files révèlent des algorithmes construits pour retenir toujours plus l’attention des utilisateurs, au risque de développer des addictions. L'enquête la plus retentissante montre que Facebook était parfaitement au courant des problèmes de santé mentale des adolescentes américaines confrontées aux diktats de beauté féminins sur Instagram. Mais l'entreprise aurait minimisé le problème et attendu que son projet de version d'Instagram pour les moins de 13 ans soit éventé dans la presse pour mettre en place des mesures pour limiter ces phénomènes.

Un autre exposé démontre comment le changement d'algorithme opéré en 2018 a eu un effet inverse aux objectifs espérés. À l'époque, Facebook promettait d'améliorer le bien-être de ses utilisateurs en donnant la primauté aux contenus publiés par les amis et la famille plutôt qu'aux articles de presse. Les chercheurs de Facebook ont finalement constaté que le nouvel algorithme a permis aux publications les plus radicales - qui suscitent le plus d'engagement - de gagner en popularité, amenant les partis politiques à utiliser ce canal pour faire réagir les internautes et influencer les électeurs à grands renforts de contenus haineux ou sensationnalistes. 

Facebook est aussi accusé d'avoir consciemment désactivé des filtres contre les fake news après l'élection présidentielle américaine de 2020 afin de favoriser l'augmentation de la fréquentation de ses plateformes. L'entreprise s'était aperçue que les utilisateurs passaient moins de temps sur le réseau social et cliquaient sur moins de publicités. Facebook a ensuite été utilisé par des internautes dans la préparation de l'attaque du Capitole en janvier 2021.

Une autre enquête du Wall Street Journal révèle l'existence d'un traitement de faveur accordé à des millions de personnalités publiques (politiciens, célébrités, sportifs, etc.) avec des règles de modération plus souples que pour le reste des utilisateurs. Les "Facebook Files" mettent aussi en lumière l'indifférence de Facebook aux alertes de ses employés face aux dérives observées dans les pays en développement où le site est utilisé par des cartels de drogue ou pour le trafic d'humains. 

Des parlementaires veulent réguler Facebook comme l'industrie du tabac dans les années 70

La lanceuse d'alerte est sortie de l'anonymat en accordant une interview à l'émission américaine 60 Minutes dimanche 3 octobre. Frances Haugen y confirme toutes les révélations du Wall Street Journal et affirme qu'elle a aussi transmis les documents compromettants aux régulateurs américains. Elle annonce avoir déposé une plainte auprès de l'Autorité de contrôle des marchés financiers américaine, la Securities & Exchange Commission (SEC), arguant que ces dizaines de milliers de pages prouvent que Mark Zuckerberg a menti à ses investisseurs.

Auditionnée par le Sénat le 5 octobre, Frances Haugen a à nouveau pointé les manquements de Facebook.  "J’ai eu l’impression que, face à des conflits d’intérêts, entre ses profits et la protection des utilisateurs, Facebook choisissait de façon répétée ses profits", a-t-elle expliqué. La lanceuse d'alerte a aussi souligné la toute-puissance du dirigeant et fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg. "Il n'y a pas d'entreprise aussi puissante qui soit contrôlée de manière aussi unilatérale. En fin de compte, la responsabilité revient à Mark. Et il ne rend de comptes à personne. Il est, dans les faits, le concepteur en chef des algorithmes".

Son témoignage pourrait pousser les parlementaires américains à agir. Après plusieurs années d'auditions de dirigeants de Facebook, élus républicains et démocrates semblent enfin s'unir sur des mesures visant à réguler l'influence du réseau social, qui fait déjà l'objet d'une plainte pour entrave à la concurrence déposée fin 2020 par la FTC et 48 États américains. Aux États-Unis, le débat public commence à comparer la nocivité de Facebook à celle de l'industrie du tabac. Dans les années 70, les géants de la cigarette ont créé une addiction à la nicotine tout en dissimulant les effets nocifs pour le grand public. Des parlementaires estiment que le réseau social fait la même chose avec des conséquences sur la santé mentale des jeunes et demandent que sa consommation soit encadrée de la même manière que la communication des cigarettiers.

Face à ces accusations, Mark Zuckerberg a nié en bloc, affirmant que laisser entendre que Facebook privilégiait les profits à la sécurité de ses utilisateurs "n'est tout simplement pas vrai". Le milliardaire a aussi estimé que les accusations de Frances Haugen étaient illogiques. "Nous faisons de l’argent avec les publicités, et les annonceurs nous disent sans arrêt qu’ils ne veulent pas leurs publicités au côté de contenus nuisibles ou véhéments. Et je ne connais aucune compagnie technologique qui se fixe de développer des produits rendant les gens en colère ou déprimés". Mark Zuckerberg a été à nouveau invité par des sénateurs à répondre à leurs questions à ces sujets.

La panne Facebook a illustré son influence sur le monde

Comme les malheurs n'arrivent jamais seuls, Facebook a également subi en début de semaine la panne la plus importante de son histoire lorsque l'ensemble des services de son écosystème sont restés inaccessibles plus de six heures lundi soir. Un incident qui a rappelé, si besoin était, la place prépondérante occupée aujourd'hui par Facebook et ses entreprises, incontournables dans l'Internet mondial, à l'heure où Mark Zuckerberg s'emploie tant bien que mal à démontrer que son empire n'occupe pas de position monopolistique. Signe de l'importance de la situation, Facebook a décidé de mettre en pause le développement de nouveaux produits le temps de surmonter cette crise réputationnelle. Les futures lunettes caméra Ray-Ban Stories vont devoir patienter.

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