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"Ogino", bague connectée, symptothermie... Face à un "climat d'hormonophobie", des contraceptions "naturelles" mais imparfaites promettent aux femmes de les "libérer"

Calcul de sa période d'ovulation, prise de température quotidienne et observation de ses sécrétions vaginales: des méthodes naturelles de contraception séduisent des femmes qui veulent se "libérer" des hormones.

Le lundi 26 septembre 2016 est marqué par la journée mondiale de la contraception

Crédit : I Stock

AFP - édité par Aymeric Parthonnaud

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Peut-on se débarrasser de la pilule traditionnelle, du stérilet ou autre implant et espérer des résultats similaires avec des méthodes plus "naturelles" ? C'est l'espoir de nombreuses femmes qui cherchent des alternatives. "Pour moi, les contraceptions hormonales, ça a été une véritable catastrophe", raconte Louise, 26 ans, secrétaire de mairie. À ses 18 ans, la jeune femme s'est tournée vers le stérilet hormonal - mais fait un rejet - puis vers l'implant, avant de souffrir d'effets secondaires : prise de poids, changements d'humeur, dépression...

Depuis six ans, elle a donc décidé de revenir "au naturel" : calcul de son cycle et abstinence pendant la période fertile. Comme elle, un nombre croissant de femmes délaissent les méthodes classiques de contraception. Elles étaient 7,5% à utiliser des pratiques naturelles en 2023, contre 4,6% en 2016, selon l'enquête "Contexte des sexualités en France" de l'Inserm.

Parmi elles : la méthode du calendrier ou "Ogino" reposant sur le calcul de la période fertile ; celle de la température nécessitant un relevé quotidien à heure fixe ou celle appelée "Billings" impliquant l'observation quotidienne de la glaire cervicale pour identifier les différentes périodes du cycle ; ou encore la symptothermie qui associe les deux méthodes précédentes.

Ce "regain d'intérêt" est alimenté par un "climat d'hormonophobie", avance Geoffroy Robin, gynécologue au CHU de Lille, déclenché notamment par la révélation en 2012 de risques accrus liés aux pilules de 3ᵉ et 4ᵉ générations, et entretenu depuis par des informations trompeuses.

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Sur les réseaux sociaux, les méthodes naturelles sont ainsi présentées comme un moyen fiable de se "libérer" d'une contraception hormonale "qui nous pourrit la santé".

"Retrouver mon corps"

En vingt ans, l'utilisation de la pilule a dégringolé chez les femmes de 18 à 49 ans, passant de plus de 50% en 2005 à 26,8% en 2023, selon l'enquête de l'Inserm.

Cécile Thomé, sociologue et chargée de recherche au CNRS, évoque aussi un mouvement plus vaste de boom du bien-être et du développement personnel, soutenu par des promesses de "maîtriser son corps et accéder à une meilleure connaissance de soi-même". "J'avais envie de retrouver mon corps à son état naturel, pour vérifier que tout marche bien", décrit Elodie Monnier Legrand, cheffe d'entreprise de 30 ans.

Après dix ans de pilule contraceptive, elle s'équipe d'une bague connectée à plus de 200 euros pour suivre sa température et s'abonne à une application censée identifier sa période fertile. Mais après un an et demi, Elodie tombe enceinte deux fois de suite. Éprouvée par deux IVG, elle regrette le manque de fiabilité de cette méthode qui "aurait pu offrir une solution alternative hyper intéressante".

Si elles fonctionnent pour certaines femmes, ces méthodes naturelles présentent des limites et ne devraient être envisagées que par celles "qui acceptent un risque de grossesse", selon l'Inserm. Ces pratiques ne sont pas efficaces pour les femmes qui ont des cycles irréguliers, soit "une femme sur cinq" selon le Dr Robin, tandis que de nombreux facteurs peuvent fausser l'analyse de la température ou des glaires cervicales : infections, mycoses, médicaments (antihistaminiques, paracétamol...), ou changements d'horaires de travail. 

Séances de formation

En combinant plusieurs méthodes, la symptothermie affiche un taux d'efficacité plus élevé que d'autres et peut convenir à "de nombreuses femmes" si elles sont "bien informées", insiste la gynécologue Danielle Hassoun.

Certains professionnels de santé, notamment des sages-femmes, proposent ainsi des séances de formation à leurs patientes, partiellement prises en charge par la Sécurité sociale. Mais pas suffisamment pour répondre à la demande, selon Laurène Sindicic, avocate de formation, qui a créé en 2020 la plateforme pédagogique "Emancipées", après s'être formée à la symptothermie.

Elle y propose des formations composées de cours théoriques et pratiques "primordiaux car 100% des femmes font des erreurs sur leur premier cycle", explique-t-elle, vendant un suivi sur trois cycles, pour près de 400 euros. "Je ne me serais pas lancée seule", indique Juliette, 28 ans, qui a suivi une formation avec sa sage-femme début 2025 et bénéficie désormais d'un suivi régulier. "Ça demande de la régularité mais ça me convient vraiment bien", dit-elle, assurant n'avoir jamais eu "de frayeur" à ce jour.

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