4 min de lecture Xavier Bertrand

Violences policières : comment Emmanuel Macron a redopé la droite

DÉCRYPTAGE - La droite s'est ressoudée contre les déclarations d'Emmanuel Macron sur les violences policières et dispose ainsi d'un nouvel angle d'attaque contre la majorité.

Emmanuel Macron, le 7 décembre 2020
Emmanuel Macron, le 7 décembre 2020 Crédit : BERTRAND GUAY / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

La droite requinquée ? Lors de son interview au média en ligne Brut suivie par 7 millions de jeunes sur les réseaux sociaux, Emmanuel Macron a reconnu qu'il existait "des violences par des policiers"

Le président de la République a insisté sur le fait qu'il préférait employer cette expression plutôt que "violences policières". "C'est devenu un slogan pour des gens qui ont un projet politique. Il y a des policiers qui sont violents" et "qu'il faut sanctionner", déclarait-il.

Le chef de l'État a aussi dénoncé les contrôles au faciès et les discriminations. En réaction, les deux principaux syndicats de gardiens de la paix, Alliance et Unité SGP, ont appelé à cesser les contrôles d'identité. "Non, la police n'est pas raciste et elle ne choisit pas sa délinquance", a lancé le syndicat Alliance dans un tract et une vidéo diffusés sur les réseaux sociaux

Des "excuses" "solennelles" ?

Ces propos ont déclenché un vent de contestation dans les rangs de la droite. Le député Les Républicains des Alpes-Maritimes Éric Ciotti "demande solennellement" des "excuses" de la part d'Emmanuel Macron. Le président de la République doit "retirer ses propos", estime-t-il ajoutant qu'il s'agit d'une "faute". "Les policiers ne sont pas violents de façon institutionnelle, il peut y avoir des dérapages, ils sont sanctionnés lourdement aujourd'hui", a-t-il ajouté sur France 2 ce lundi 7 décembre. 

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Sur les contrôles au faciès, le député des Alpes-Maritimes nie leur existence : "C'est faux, les policiers contrôlent dans certains quartiers, ce n'est pas eux qui ont créé ces quartiers ghettoïsés, ce n'est pas eux qui ont favorisé aujourd'hui une immigration qui est souvent source de délinquance, de communautarisme ou de terrorisme". 

Macron n'a pas le droit de lâcher les forces de l'ordre

Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France à France 3
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L'ancien membre des Républicains, Xavier Bertrand, est lui aussi monté au créneau pour fustiger les déclarations d'Emmanuel Macron. "Je suis choqué que le président de la République reprenne ce propos" de violences policières, a-t-il déclaré sur France 3. Selon le possible candidat à l'élection présidentielle de 2022, "ce qu'a dit le président de la République, l'autre jour, n'est pas pardonnable, il n'a pas le droit de lâcher les forces de l'ordre", a-t-il ajouté. 

Ce n'est "pas la première fois" pour Emmanuel Macron, estime-t-il. Le président de la région Hauts-de-France a ainsi rappelé qu'au Festival d'Angoulême en janvier 2020, le président de la République avait posé au côté du dessinateur Jul en tenant un t-shirt qui symbolisait les violences policières

Xavier Bertrand a sonné la charge contre le chef de l'État. "On a un président un peu miroir qui renvoie à chacun ce qu'il a envie d'entendre, un président de la République ne peut pas changer de conviction en fonction de ses interlocuteurs. Ca suffit ces remises en cause de l'autorité dans notre pays !", a-t-il lancé. 

Les Républicains "favorables" à la proposition de loi

Emmanuel Macron aurait ainsi donné sans le vouloir du fuel à la droite. Depuis plusieurs semaines, cette dernière procède à un jeu d'équilibriste périlleux sur la proposition de loi "sécurité globale". Le 24 novembre dernier, 99 députés Les Républicains ont voté la proposition de loi, malgré des réserves sur l'article 24 visant à interdire la diffusion malveillante d'images des forces de l'ordre. 4 élus LR se sont abstenus

Selon Damien Abad, chef de file des députés LR, cet article "est inutile parce qu'il ne renforce pas la sécurité des policiers, et crée un émoi par rapport à la question de la liberté de la presse". Mais sur le reste de la proposition de loi, "on a voté, on est favorable"

Comment être dans l'opposition quand le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin s'empare des thématiques régaliennes, plébiscitées par Les Républicains ? C'est là toute la question pour la droite qui a eu du mal à exister. Selon un sondage Elabe paru le 2 décembre dernier, 50% des sympathisants de droite font confiance au ministre de l'Intérieur (et 50% pas) pour régler les problèmes de sécurité du pays. 

La problématique Darmanin

Au cœur de la proposition de loi "sécurité globale", Gérald Darmanin "a été mandaté par le président de la République pour faire plus à droite que la droite. Il y a une stratégie politicienne pour dire : 'La droite ne sert plus à rien', et Darmanin est très fort là-dessus. Mais il s'est pris à son propre piège", taclait le maire de Chalon-sur-Saône Gilles Platret.  

"Notre différence est qu'on veut une grande loi de programmation sécuritaire. On ne l'aura pas et on aura un quinquennat blanc, avec un angle blanc sécuritaire", défendait Damien Abad auprès de l'AFP. 

Mais certains au sein des Républicains veulent rester optimistes : "Indirectement, la droite marque des points", selon le numéro 2 de LR Guillaume Peltier, car "ce que les Français voient, c'est cinq jours passés sur un article de loi, un président qui s'en mêle et une majorité qui s'emmêle, chacun disant l'inverse de l'autre". 

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