4 min de lecture Racisme

Unef : pourquoi les réunions non-mixtes peuvent être utiles

Depuis plus d'une semaine le syndicat étudiant est la cible d'attaques, accusé d'organiser des réunions non-mixtes. Une polémique "infâme et calomnieuse" selon sa présidente Mélanie Luce. Mais de quoi s'agit-il ?

Une manifestation organisée par le syndicat étudiant Unef, le 6 février 2010, à Paris
Une manifestation organisée par le syndicat étudiant Unef, le 6 février 2010, à Paris Crédit : FRANCOIS GUILLOT / AFP
Marie Zafimehy
Journaliste

"Une polémique infâme et calomnieuse". Dans l'émission de Mediapart "À l'air libre" la présidente de l'Unef Mélanie Luce a dénoncé mardi 23 mars les attaques contre le syndicat étudiant. En cause : les réunions non-mixtes qu'il propose aux étudiants. "On fait des groupes de parole où on permet aux personnes qui vivent des discriminations (...) de s'exprimer, tout simplement", a-t-elle insisté après une semaine de polémique.


Tout a commencé le 17 mars dernier. Mélanie Luce est interrogée sur Europe 1 au sujet de ces réunions réservées à certaines personnes. La présentatrice Sonia Mabrouk, l'interroge ainsi sur des réunions "interdites aux Blancs". "On organise des réunions pour les personnes qui sont touchées par le racisme de pouvoir exprimer ce qu'elles subissent", répond-elle. Une séquence immédiatement reprise sur les réseaux sociaux et partagée de multiples fois. 

Accusée de racisme et de séparatisme, l'Unef fait aujourd'hui l'objet d'une plainte de la part du député Les Républicains Julien Aubert et de trois autres de ses collègues parlementaires. D'autres voix s'élèvent pour demander la dissolution du syndicat étudiant, et Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale a lui évoqué sur BFM-TV "une forme de fascisme" et a indiqué qu'il souhaitait interdire ce type de rassemblement.

Invitée de RTL lundi 29 mars, Marlène Schiappa a accusé l'Unef et Audrey Pulvar (qui a récemment défendu la tenue de ces réunions) d'être "à la remorque des idées indigénistes".  "La solution ne peut pas passer par de l'exclusion", a insisté la ministre chargée de la Citoyenneté.

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Dans une tribune publiée lundi 22 mars dans Le Monde, plusieurs centaines d'anciens membres de l'Unef ont dénoncé ces menaces, tout en reconnaissant qu'il s'agissait d'un sujet délicat. "Cette pratique intéresse, interroge, inquiète. Elle bouscule et fait débat", écrivent-ils. Mais de quoi s'agit-il exactement ? 

Un outil militant à l'esprit de "solidarité"

Au-delà de cette polémique spécifique, les réunions non-mixtes font l'objet depuis quelques années de critiques. En 2017, c'est le collectif afro-féministe Mwasi qui avait fait les frais des suspicions en voyant son festival Nyansapo annulé par la mairie de Paris. En cause là aussi : l'organisation d'événements en non-mixité.

Cette pratique est un outil militant utilisé depuis longtemps : il s'agit de permettre aux personnes concernées par un même phénomène (comme le racisme ou le sexisme) de partager leur expérience. Dans le cas de l'Unef, ces groupes de paroles que Mélanie Luce compare aux Alcooliques Anonymes dans son entretien à Mediapart, font office de travaux préparatoires aux réunions où sont prises les décisions du syndicat.

"À la suite de ces réunions, un compte-rendu est fait et ce document est présenté lors d'une réunion mixte", explique Majdi Chaarana, trésorier de l'Unef joint par RTL.fr, qui décrit ces rassemblements comme "une étape". "Ces rendez-vous ne se font pas à l'université, ni au siège, ni dans un local de l'Unef, ils se font chez un ou une membre ou sur Zoom depuis la pandémie."


Il décrit un esprit "chaleureux" et de "solidarité". "Il y a des tours de parole, chaque personne se présente, on essaie de faire ça autour d'un goûter ou d'un apéro", raconte-t-il. Au milieu de tout ça, les personnes blanches ne sont pas bannies - certaines viennent même parler d'antisémitisme ou d'islamophobie, insiste-t-il - mais si elles y assistent, on attend d'elles un comportement adéquat, c'est-à-dire ne pas remettre en cause la parole des personnes qui se confient et témoignent de leur vécu.

On réunit des personnes qui vivent la même chose sur un temps donné

Racky Ka
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Car l'objectif de ces réunions en non-mixité est d'apporter écoute et soutien aux personnes qui se disent victimes de racisme, au même titre qu'il est fait par exemple, pour les femmes victimes de violences sexuelles et sexistes ou pour les personnes victimes de LGBTphobies

Il s'agit d'accompagner ce qui est qualifié de libération de la parole. "Il faut mettre l’accent sur le fait non pas que ces réunions soient non-mixtes, mais sur le fait que l'on réunisse des personnes qui vivent la même chose sur un temps donné pour échanger librement", explique à RTL.fr Racky Ka, docteure en psychologie sociale qui a étudié l'impact du racisme sur la psychologie.

Dans le cas du racisme, notamment, discuter de ces problématiques avec des semblables permet de soulager son esprit. "En présence d’une personne qui ne vit pas la même chose que nous, nous avons tendance à nous retreindre, explique Racky Ka. Derrière cela, il y a des processus psychologiques, comme le fait de vouloir maintenir une image positive de soi ou le biais de désirabilité sociale. Face aux autres, on cache ce qui est difficile à dire."

Elle poursuit : "Ces réunions en présence de personnes ayant vécu les mêmes choses que nous, permettent de mettre en suspens cette pression sociale et de pouvoir découvrir que notre vécu est partagé. Cela permet de nous rassurer et de trouver des solutions qui pourraient convenir".

Un résultat que Mélanie Luce confirme dans son entretien à Mediapart : "Une fois qu'on a fait le constat sur ce qu'on a vécu, on discute ensemble en cadre mixte des moyens et des outils pour sortir de des problématiques qui sont rencontrés", explique-t-elle. L'Unef a ainsi pu organiser des formations en partenariat avec des associations comme SOS Racisme, conclut Majdi Chaarana qui salue les "progrès" fait par le syndicat sur ce sujet, comme sur celui des violences sexuelles et sexistes.


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