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Journée des femmes musulmanes : elles témoignent de l'islamophobie à l'école

TÉMOIGNAGES - Des femmes musulmanes racontent à "RTL Girls" les discriminations et comportements qui leur sont réservés au sein de l'Éducation nationale ou durant leur parcours scolaire.

Le port du voile en France est autorisé dans l'espace public (illustration)
Le port du voile en France est autorisé dans l'espace public (illustration)
Crédit : iStock / Getty Images Plus
Arièle Bonte
Arièle Bonte

"Faire entendre les voix des femmes musulmanes dans leur pluralité", c'est la mission que s'est donnée l'association Lallab, ces 27 et 29 mars à l'occasion du Muslim Women's Day, soit une journée dédiée aux femmes musulmanes. Lancée en France l'année dernière en réponse à une initiative américaine, cette seconde édition s'intéresse à l'éducation, un terrain où les mères comme les jeunes filles sont parfois les cibles de discriminations au sein même des établissements scolaires. 

"L’accès des femmes musulmanes à l’éducation est inégal et doit être questionné", explique l'association Lallab dans un communiqué. Car pour les femmes musulmanes, qu'elles soient élèves, étudiantes ou enseignantes, qu'elles portent ou non le voile, les discriminations quotidiennes existent. 

Trois d'entre elles ont raconté à RTL Girls leur expérience et comment le regard de la société sur leur religion a impacté leur travail scolaire ou professionnel. 

Quand les discriminations sont quotidiennes

Safa, 24 ans, est étudiante en Master de psychologie sociale à Paris. Elle porte le voile depuis qu'elle a 11 ans et raconte que dans son collège de ZEP ("zone d'éducation prioritaire"), son voile "n'était pas nécessairement un problème". Qu'il s'agisse de ses camarades de classe ou de ses professeurs, son voile est accepté par l'ensemble de la communauté, même si elle est la seule de son établissement à en porter un. 

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Pour son entrée au lycée, Safa intègre un grand lycée parisien. Là encore, elle est l'unique élève à porter le voile et ce changement de quartier et d'environnement se fait vite ressentir. "J'ai eu plusieurs remarques de la part de mes professeurs ou du corps enseignant, jamais de très grosses discriminations mais du racisme et certains comportements discriminatoires", se souvient-elle.

Un jour par exemple, une professeure appelle Safa par le prénom d'une autre élève d'origine arabe : "Sarah". Lorsque la jeune fille lui fait remarquer qu'il ne s'agit pas de son prénom, l'enseignante lui répond : "vous deux, c'est la même chose".

Une fois, une fille est venue avec un immense collier en bois représentant une croix

Safa, étudiante qui porte le voile

Après les cours, Safa sort son voile de son sac dans le hall du lycée pour le mettre une fois qu'elle a quitté l'enceinte de l’établissement, "les surveillants venaient en courant vers moi pour me dire que c'était interdit alors qu'il était simplement dans mes mains".

En hiver, si la jeune fille a le malheur de porter un bonnet parce qu'elle a tout simplement froid, on lui demande de le retirer. Les autres élèves sont épargnés de ces ordres. "Une fois, une fille de ma classe est venue en cours avec un immense collier en bois représentant une croix. Personne ne lui a rien dit", rapporte encore Safa qui souligne que son lycée abritait une chapelle encore active. 

 Avec ses camarades de classe et les autres élèves en revanche, Safa ne rapporte aucun incident. Elle sait cependant, qu'un jour d'absence, une enseignante convoque une de ses amies pour lui dire d'encourager Safa à enlever son voile. "Parce que pour elle, c'était un symbole d'oppression". 

Si l'étudiante en psychologie estime ne pas avoir subi d'importantes discriminations au sein de son lycée (contrairement à l'extérieur, où elle a été plusieurs fois agressée en raison de son voile), elle ajoute cependant que ces comportements "ne sont pas inoffensifs et restent handicapants pour une adolescente".

En France, porter le voile n'est pas simple pour une femme
En France, porter le voile n'est pas simple pour une femme
Crédit : iStock / Getty Images Plus

Le voile, un objet mal perçu par l'ensemble de la société

Nour (ce prénom a été modifié) raconte elle aussi à quel point les discriminations ont eu un impact sur son quotidien et son entrée dans la vie adulte. "J'ai revu mes envies et mes ambitions à la baisse parce que je devais être invisible", raconte-t-elle à RTL Girls.

Cette vingtenaire qui travaille dans la communication a commencé à porter le voile à l'âge de 15 ans, au moment du débat sur l'identité nationale en France, qui a eu lieu à la fin des années 2000.

À la différence de Safa, Nour a été confrontée à une "forme de harcèlement scolaire" en raison de son voile. "On me reprochait mon manque de féminité, on me parlait tout le temps de l'Iran etc.", détaille la jeune femme, qui a également été la cible de propos violents de la part d'un enseignant lorsqu'elle lui a demandé si, à l'occasion d'une sortie scolaire, elle pouvait porter son voile le temps du trajet dans l'espace public. 

"Il m'a dit : 'Toi, Nour, tu portes le voile ? Tu me déçois ! Les femmes en Iran tu en fais quoi ? C'est une honte à la femme !' Toute communication était impossible et à partir de ce moment là, je me suis dit que porter le voile allait être plus compliqué que prévu", explique-t-elle.

Cela fait mal au cœur de constater que, selon certaines personnes, tu freines le monde