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Régionales : comment un courrier envoyé par Castex a déclenché la colère des maires

DÉCRYPTAGE - Le gouvernement a demandé vendredi à tous les maires de se prononcer d'ici à lundi midi sur les mesures sanitaires en vue des scrutins régionaux et départementaux des 13 et 20 juin. Manœuvre politique ou prudence sanitaire ?

Jean Castex lors du point presse du 25 février 2021 (illustration)
Jean Castex lors du point presse du 25 février 2021 (illustration)
Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad

Une lettre qui a déclenché la colère de l'opposition. Le gouvernement a demandé aux préfets de consulter les maires sur la possibilité ou non d'organiser les deux tours des élections régionales les 13 et 20 juin. Le 10 avril, les préfets ont dû consulter les 35.000 maires de France dans un délai assez court. Leur réponse est attendue pour ce lundi 12 avril, midi. 

Les maires sont ainsi invités à "indiquer par oui ou par non si les conditions préconisées par le comité scientifique (leur) semblent réunies pour tenir les deux scrutins", comme l'indique l'AFP qui a pu consulter le courrier. Une réponse qui s'effectue "par SMS". 

Une "manipulation", selon les oppositions qui accusent l'exécutif de vouloir reporter le scrutin et de ne pas trancher directement la question du maintien ou du report des élections régionales. 

Larcher prêt à saisir le Conseil constitutionnel en cas de report

Ce courrier envoyé par Jean Castex a fait bondir l'Association des maires de France. Et pour cause, l'AMF avait déjà fait part au premier ministre de son avis "favorable" au maintien des élections régionales. Au micro de RTL, le maire UDI de Sceaux dans les Hauts-de-Seine et secrétaire général de l'AMF Philippe Laurent dénonce la méthode employée. "On passe par dessus, on change la méthode (...) jusqu'au moment où on arrive à la méthode qui correspond à la méthode qu'ils souhaitaient avoir", s'agace-t-il.

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L'Association des maires ruraux de France (AMRF) est aussi montée au créneau en rejetant sèchement les recommandations du Conseil scientifique pour l'organisation du scrutin. La demande que les membres des bureaux de vote soient vaccinés est en particulier jugée "inacceptable". 

La date d'une élection ne se décide pas en fonction d'une opportunité

Gérard Larcher, président du Sénat

La colère n'a cessé de s'amplifier. Représentant des territoires, Gérard Larcher a mis en garde le gouvernement sur LCI le 11 avril. "On ne confine pas la démocratie (...) La date d'une élection ne se décide pas en fonction d'une opportunité, mais de la loi et du respect de la Constitution", a prévenu le président du Sénat. "Puisqu'il y a des incertitudes dans le respect de la constitution, des incertitudes juridiques, si le gouvernement venait à demander au Parlement le report de ces élections, alors sur le nouveau texte je saisirais le conseil constitutionnel", a-t-il mis en garde

Quelques jours plus tôt, le président de la chambre haute avait adressé un courrier à Jean Castex dans lequel il indiquait que les élections régionales pouvaient être maintenues. Il basait ses arguments sur le rapport du Conseil scientifique et l'annonce faite par Emmanuel Macron d'une réouverture des écoles le 26 avril, des collèges et lycées le 7 mai et des lieux de culture à partir de mi-mai. "Le droit de vote, garanti par l'article 3 de la Constitution, doit s'exercer", avait-il alors affirmé. 

Bayrou et Ferrand favorables à un report

De son côté, le gouvernement avait indiqué privilégier "à ce stade" le maintien des élections régionales, sous réserves de l'évolution de la situation sanitaire. Le rapport du Conseil scientifique se refusant à trancher une décision qualifiée de "politique", Jean Castex avait alors décidé d'organiser un débat à l'Assemblée et au Sénat les 13 et 14 avril. Une façon de rendre l'opposition comptable d'une décision et d'éviter toutes accusations de "tripatouillage électoral" en cas de report. 

Des voix dissonantes commencent à se faire entendre au sein de la macronie et pas des moindres. François Bayrou et le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand militent pour le report du scrutin. Deux proches d'Emmanuel Macron dont l'avis pourrait peser dans la balance. Selon les informations de Politoco, c'est le président de la République qui serait à l'origine du courrier explosif. 

Les élections régionales ont incontestablement un poids national. Xavier Bertrand, le président sortant de la région des Hauts-de-France et candidat déclaré pour la présidentielle a fait de ces élections une sorte de "primaire" avant le scrutin national. Quant à Valérie Pécresse qui n'est toujours pas déclarée officiellement candidate aux régionales et en 2022, elle a indiqué qu'une défaite "sonnerait la fin de" sa "carrière politique".

Le gouvernement est un peu emmerdé

Un marcheur de premier rang

Selon Richard Ferrand, "la crise sanitaire favoriserait les sortants". "C’est donc un argument électoral qui motive un report. Drôle d’aveux, surement involontaires", analyse l'éditorialiste politique de RTL Olivier Bost.  

"Le gouvernement est un peu emmerdé. C'est une décision qui n'est pas facile à prendre", nous confie un marcheur de premier rang. Selon lui, l'exécutif sera soit accusé de tripatouillage en cas de report, soit de manque de prudence par rapport à la situation sanitaire, en cas de maintien. 

La République En Marche s'inscrit dans le consensus politique d'organiser les régionales en juin. Certains au sein de la majorité souhaitent que la question soit vite tranchée. "Il faut décider de façon ferme et ne pas laisser traîner", suggère l'un d'entre eux. Manœuvre politique ou prudence sanitaire ? Dans les deux cas, les relations se tendent un peu plus entre le gouvernement et les élus de terrain.

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