1. Accueil
  2. Actu
  3. Politique
  4. Réforme territoriale : comment choisir la capitale d'une nouvelle région
4 min de lecture

Réforme territoriale : comment choisir la capitale d'une nouvelle région

DÉCRYPTAGE - L'Assemblée nationale va voter l'établissement définitif d'une France à 13 régions. Le choix des capitales de régions va nécessiter des arbitrages très délicats.

Photographie d'une carte de France prise le 17 mai 2014 (illustration)
Photographie d'une carte de France prise le 17 mai 2014 (illustration)
Crédit : JOEL SAGET / AFP
Romain Renner
Romain Renner

Ultime vote de l'Assemblée nationale pour la carte établissant une France à treize régions, ce mercredi 17 décembre. Une fois cette étape passée, il faudra plancher sur la désignation des capitales. Si le texte prévoit que "le chef-lieu définitif de la nouvelle région soit pris par décret en Conseil d'État avant le 1er juillet 2016 après avis du Conseil régional", la région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne dispose d'ores et déjà de sa capitale, Strasbourg ayant été choisie.

Une dérogation assumée, qui a permis de mieux faire accepter ce mariage de régions dont l'Alsace ne voulait et ne veut toujours pas. Cette décision ne fait toutefois pas l'unanimité, des villes comme Metz, Châlons-en-Champagne et Reims se sentant lésées et désirant obtenir des compensations. 

Et le problème risque de se répéter. L'exécutif le sait, choisir une ville au lieu d'une autre va créer des tensions et provoquer de vraies polémiques. L'exécutif commence déjà à prévoir ses issues de secours et précise que "si les régions souhaitent que leur assemblée reste dans une autre ville (que la capitale, ndlr), elles pourront le faire".

Choisir la ville la plus importante

La manière la plus simple de trancher consisterait à attribuer le rôle de capitale à la ville la plus importante de la région. Pour ce faire, plusieurs critères peuvent être envisagés : la population et/ou la puissance économique. C'est ce qui permet à Strasbourg, métropole d'importance européenne et septième ville de France, d'avoir été désignée pour être à la tête de la région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne. 

À lire aussi

Un tel critère profiterait également à Lyon (3e ville de France, Auvergne-Rhône Alpes), Toulouse (4e, Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon), Bordeaux (9e, Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes), Lille (10e, Nord-Pas-de-Calais-Picardie), Le Havre (13e, Normandie) et Dijon (17e, Bourgogne-Franche Comté).

Les environs de la ville

Ce critère quasi-mathématique et relativement rationnel sera toutefois difficilement tenable lorsque plusieurs villes revendiqueront le titre de capitale régionale. Si des villes d'importance européenne comme Strasbourg et Lyon sont peu contestables malgré la présence dans leur région de cités telles que Nancy, Metz ou Clermont-Ferrand, d'autres vont devoir cravacher pour conserver leur statut.

Ce sera particulièrement le cas de Toulouse, soumise à la concurrence de Montpellier. Ces deux villes du top 10 français ont autant de légitimité à se réclamer du titre de capitale. "À part Toulouse, là-bas, c'est le désert. Moi, je n'ai pas fait un désert autour de Montpellier", attaque Christian Bourquin, président PS du Languedoc-Roussillon.

Un argument de poids qui pourrait peser lourd dans la balance au moment du choix. La ville qui a le plus de chances de constituer une métropole forte sera sûrement plus encline à séduire le Conseil d'État au moment de désigner la capitale. La ville de Rouen s'avance sur le même terrain. "En janvier 2015, notre agglomération deviendra la Métropole Rouen Normandie, capitale d'une région de 3,4 millions d'habitants", rappelle son maire PS, Yvon Robert. Caen et Le Havre n'ont pas encore réagi à cette prise de position.

La décentralisation des pouvoirs

L'une des solutions à ce cas problématique consisterait à désigner une capitale et lui adjoindre des antennes afin de décentraliser un certain nombre de décisions. C'est la proposition avancée par René Souchon, président PS de la région Auvergne. "Il faut bien des antennes de la grande région déconcentrée. On ne va pas dire aux 400 agents que j'ai dans la région : 'C'est terminé, on fusionne, vous partez à Lyon'", estime-t-il.

Il est envisageable que les grandes villes se répartissent les compétences et les attributions afin que chaque ville ait un rôle bien défini, en différenciant, par exemple, les capitales politique (siège du Conseil régional, centres de décisions) et économique.

C'est la solution à laquelle adhère Arnaud Robinet, maire de Reims : "Si Strasbourg est capitale régionale, on va avoir une grande métropole à l'est de cette région. Il va falloir une deuxième métropole d'équilibre. Reims a un rôle à jouer". Un tel dispositif permettrait à des villes telles que Limoges (Limousin), La Rochelle (Poitou-Charentes) ou Amiens (Picardie) de garder un vrai poids régional.

Ce mode opératoire, parfait pour des régions dans lesquelles une ville assure une domination sans partage, s'avérera toutefois plus compliqué là où la rivalité est forte.

Choisir une ville intermédiaire

S'il ne parvient pas à trouver un accord avec les responsables locaux, le Conseil d'État pourra toujours adopter la voie de la ville intermédiaire, en choisissant une troisième option lorsque deux communes sont en concurrence. C'est la solution qui a notamment prévalu en Corse, au moment d'installer une université sur l'île. 

Incapables de mettre d'accord Ajacciens et Bastiais, les autorités avaient finalement opté pour Corté, capitale historique de l'île.

Sondage
Êtes-vous satisfait du sort réservé à votre région ?*
La rédaction vous recommande

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/