7 min de lecture Pierre Laurent

Récit de campagne : Hollande pas candidat, Fillon et Hamon qualifiés... Les frémissements

UNE CAMPAGNE INÉDITE (1/4) - La campagne présidentielle s'est achevée sur la victoire d'Emmanuel Macron., Retour sur ces dix-huit derniers mois, pendant lesquels la France s'est cherchée un président.

François Fillon et Alain Juppé lors du deuxième débat de la primaire de la droite et du centre
François Fillon et Alain Juppé lors du deuxième débat de la primaire de la droite et du centre
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Avec 66,1% des voix, les 47 millions d'électeurs français ont choisi Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. Après plus d'un an de joutes verbales et de débats parfois tendus, un point final a été apposé à la campagne de la onzième présidentielle de la Ve République. À partir du vendredi 5 mai, minuit, les meetings, les petites phrases et les attaques étaient terminés. Dimanche 7 mai à 20h, le visage du huitième président de la Vème République est apparu sur les écrans de télévision.

Une campagne électorale, qui chaque jour, a donné lieu à son lot de rebondissements. L'issue du scrutin était plus que jamais incertaine. Deux semaines plus tôt, à quelques heures du résultat du premier tour, bien malin celui qui pouvait prédire quels seraient les deux candidats qualifiés pour le second tour.

Un match à quatre insoupçonné, opposant François Fillon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, se dessinait selon les instituts de sondage. Comment en est-on arrivé là ? Retour sur les grands événements d'une campagne électorale inédite. 

Mélenchon dans l'aspiration de Le Pen au grand dam des communistes

Nous sommes le 8 février 2016. Marine Le Pen est l'invitée du journal de 20 Heures de TF1 et elle est la première à sortir du bois. La fille de Jean-Marie Le Pen récidive après sa première tentative en 2012 et présente sa candidature à l'élection présidentielle. Deux mois après des résultats aux élections régionales en-deçà de ses espérances - bien que le Front national a réussi à se maintenir au second tour dans 6 régions sur 13 - Marine Le Pen, qui se présente d'abord en candidate de la vérité et de la "France apaisée", a convaincu les instances de son parti qu'elle serait la meilleure pour représenter ses idées.

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Une clarification qui n'a pas laissé sans réaction son ennemi de toujours, celui qui avait osé défier la présidente du Front national dans son bastion historique d'Hénin-Beaumont (XIe circonscription du Pas-de-Calais) aux élections législatives organisées quatre ans plus tôt : Jean-Luc Mélenchon. Le 10 février 2016, soit à peine quarante-huit heures après la déclaration de Marine Le Pen, la hache de guerre est déterrée, à la surprise générale, entre les représentants de ce que l'on appelle les deux extrêmes.

En coulisses, ce n'est pas si simple. La réaction du fondateur du Parti de gauche à une candidature de Marine Le Pen a pris de court jusqu'à ses alliés du Front de gauche de 2012. Les cadres du Parti communiste, écartés de la préparation de cette annonce qu'ils qualifient à l'époque d'aventure solitaire, refusent de s'inscrire dans ses pas. Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF, est désavoué... jusqu'au 26 novembre. Ce jour-là, les 50.000 militants, appelés à trancher la question, reviennent finalement sur cette décision : Jean-Luc Mélenchon représentera bien leurs couleurs en 2017.

Macron, la bombe qui ne dit pas son nom jusqu'à son explosion

2016 est aussi l'année au cours de laquelle le ministre de l'Économie, le successeur d'Arnaud Montebourg à Bercy, entre un peu plus dans la lumière. Le soir du 6 avril à Amiens, sa ville natale, Emmanuel Macron, banquier d'affaires chez Rothschild reconverti en politique grâce à l'appui de François Hollande, prend rendez-vous avec l'avenir, en créant son propre mouvement politique. "Ni de droite, ni de gauche", "En Marche !" est né, et se construit grâce au numérique.

Au Parti socialiste, le doute s'installe. Alors que les observateurs l'imaginent briguer l'Élysée en 2022, Emmanuel Macron, zéro mandat électif au compteur, oserait-il court-circuiter François Hollande, son mentor en politique, dès 2017 ? Le 12 juillet, le président d'"En Marche !" joue un peu plus encore avec les nerfs du chef de l'État, en lançant à la Mutualité, en conclusion de son premier meeting : "Ce mouvement, nous le porterons ensemble jusqu'en 2017 et jusqu'à la victoire".

À la fin de l'été, le 30 août, ses intentions ne font plus guère de doute. Emmanuel Macron remet sa démission à François Hollande, afin, dit-il, "de se consacrer pleinement" à la vie de son mouvement. Près de trois mois plus tard, le 16 novembre, il annonce officiellement sa candidature à la fonction suprême. "Cette décision est le fruit d'une conviction intime et profonde, d'un sens de l'histoire et d'une conscience aiguë des temps qui sont les nôtres."

Fillon déjoue les pronostics face aux ténors Juppé et Sarkozy

Onze jours plus tard, c'est la droite, qui affiche son plus beau sourire. Dimanche 27 novembre 2016, soir de fête à la Maison de la Chimie, à Paris. Les fidèles de François Fillon sabrent le champagne et savourent. Le député de Paris et son programme qu'il veut "radical" sur le plan économique sont choisis par plus de 4 millions d'électeurs pour représenter Les Républicains à la présidentielleLa victoire à la primaire de la droite est aussi nette qu’inattendue. Longtemps écarté du duel annoncé entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy (première fois qu'un président de la Ve République est écarté de la course à l'Élysée), François Fillon a bénéficié d'une excellente dynamique dans les derniers jours de la campagne et finalement creusé l'écart avec ses deux adversaires, avec plus de 44% des voix au premier tour et plus de 66% des suffrages au second face au maire de Bordeaux.

Une victoire dont la portée médiatique ne sera que de courte durée. C'est, en effet, au cours de cette soirée festive pour la droite que l'agenda s'accélère soudainement à gauche. Les rédactions se mettent en branle, elles apprennent que Manuel Valls est sur le point de quitter Matignon pour se lancer dans la course à la primaire, avant même que François Hollande n'annonce sa décision de renoncer ou non à l'Élysée. L'histoire dira qu'il s'agit là d'un ultime coup de pression du premier ministre Manuel Valls à l'égard du chef de l'État, l'invitant à rendre sa décision au plus vite. Avec cette information qui fait l'effet d'une bombe dans le microcosme politique, la sensation François Fillon est reléguée au second plan à peine quelques heures après sa victoire.

Hollande non partant dans la course à l'Élysée

La candidature d'Emmanuel Macron et la victoire de François Fillon à la primaire de la droite, pour qui la route jusqu'à l'Élysée semble toute tracée tant le bilan économique de François Hollande est critiqué, contraste avec le flou ambiant qui règne au Parti socialiste. Le 1er décembre, à deux semaines tout juste de la date limite du dépôt des candidatures à la primaire de la Belle Alliance populaire, François Hollande, qui n'avertit que ses très proches à l'image de Ségolène Royal et de leurs quatre enfants, met fin au suspense : "Je dois agir et je suis conscient des risques que feraient courir une démarche qui ne rassemblerait pas autour de moi (...) Aussi, j'ai décidé de ne pas être candidat au renouvellement de mon mandat." François Hollande, qui avait sommé Manuel Valls de patienter quelques jours avant de démissionner de sa fonction de Premier ministre, est le premier président de la Ve République à renoncer à briguer un second mandat.

Valls implose en plein vol face à la surprise Hamon

Maintenant qu'il a le champ libre, Manuel Valls débute officiellement sa campagne-éclair, après avoir cédé les clefs de Matignon à Bernard Cazeneuve le 5 décembre. L'ancien premier ministre, qui se pose en homme d'État, capable de mener la guerre au terrorisme, cumule toutefois les déconvenues. Il traîne le bilan du quinquennat tel un boulet, et la candidature d'Emmanuel Macron, avec qui ses relations au gouvernement étaient glaciales, le prive d'espace politique. Ce qui lui fait dire : "Il n'y a pas de place pour les aventures individuelles, il n'y a de la place que pour un combat politique", confiait-il sur RTL au sujet de la candidature de son ancien ministre de l'Économie.

La campagne de la primaire de la Belle Alliance populaire, marquée comme à droite par les débats télévisés qui passionnent les Français, font émerger Benoît Hamon, ministre de la Consommation et de l'Éducation nationale sous l'ère Hollande, qu'il a ensuite combattu aux côtés des frondeurs. Le député des Yvelines s'est démarqué de Manuel Valls, en développant son idée phare, celle du revenu universel, et en plaçant le travail et les questions sociales au cœur du débat. Des sujets qui touchent les électeurs de gauche.

Au soir du 29 janvier, Manuel Valls rejoint Nicolas Sarkozy, Alain Juppé ou encore Cécile Duflot, ex-patronne d'Europe Écologie - Les Verts, éliminée dès le premier tour de la primaire des écologistes le 19 octobre, au cimetière des leaders perdus. L'ancien premier ministre reconnaît sa défaite et souhaite "bonne chance pour le combat qui est devant lui" à son ancien adversaire, "désormais candidat de notre famille politique". "Benoît Hamon l'a emporté nettement, et je tiens chaleureusement à le féliciter. Il lui appartient de mener à bien la belle mission du rassemblement." Le nouveau candidat du Parti socialiste jubile : "J'aurai l'honneur de pouvoir incarner après François Mitterrand, Lionel Jospin, Ségolène Royal et François Hollande nos attentes de progrès, nos espoirs de justice." La vraie campagne peut commencer.

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