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Présidentielle 2022 : qu'est-ce que la théorie du "grand remplacement" évoquée par Bardella ?

ÉCLAIRAGE - Le numéro 2 du RN a affirmé que la théorie du "grand remplacement" pointe "une réalité". Une ligne infusée dans le parti depuis plusieurs années, mais jusqu'à présent jamais formulée ainsi.

Jordan Bardella et Marine Le Pen, le 4 juillet 2021
Jordan Bardella et Marine Le Pen, le 4 juillet 2021
Crédit : VALENTINE CHAPUIS / AFP
Marie-Pierre Haddad

La théorie du "grand remplacement" revisitée par le Rassemblement national. Jordan Bardella, a déclaré sur BFMTV dimanche 29 août : "Oui, il y a un basculement démographique qui pourrait faire craindre que la France change de visage dans quelques années et c'est déjà en train d'arriver". Interrogé sur la notion de "visage", le numéro 2 du RN a précisé qu'il "parlait de culture, de l'importation sur notre sol d'une civilisation avec qui nous ne partageons rien". 

Jordan Bardella assure pourtant ne pas "aimer" les mots "grand remplacement". Pourquoi ? "Parce qu'il n'est pas clair". "C'est un slogan très intellectuel, mais il pointe une réalité qui est juste. Allez vous balader dans tous les quartiers où j'ai grandi, en Seine-Saint-Denis", a-t-il lancé. 

Qu'est-ce que la théorie du "grand remplacement" ? Elle a été popularisée par l'écrivain Renaud Camus dans les années 2000. Ce concept polémique est basé sur le fait qu'il existe "un plan de substitution de la population, notamment en Europe, préparée et coordonnée par les elites, de migrants extra-européens", explique l'enseignant et chercheur à l'université de Tours Sylvain Crepon à RTL.fr.

Un discours complotiste

Le Monde décortique le concept en deux volets. Le premier se base sur le versant démographique. "Du fait d’une immigration 'massive' et d’une fécondité plus forte, les populations d’origine extra-européennes seraient en passe de surpasser numériquement les populations 'd’origine' en Europe – et, du même coup, d’imposer leur culture et leur religion au continent", peut-on lire. Le journal complète en ajoutant qu'il s'agit d'une "théorie" "d'essence raciste puisqu'elle se fonde sur la question de la couleur de peau et de l'ethnie comme critère d'appartenance"

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L'autre volet : la théorie du "grand remplacement" "développe un discours complotiste", ajoute Sylvain Crepon. "Le 'grand remplacement' ne serait pas un phénomène naturel, il résulterait d’une volonté, il servirait des intérêts, note France Culture dans une émission consacrée au sujet. À la manœuvre, des forces 'remplacistes' orchestreraient l’islamisation et l’africanisation de l’Europe".

Une théorie présente au FN

Comme le rappelle nos confrères du Monde, Renaud Camus a été condamné pour provocation à la haine en 2014. Mais sa théorie, elle, est défendue depuis de nombreuses années par le Rassemblement national. "Quand je vois Les Républicains, nous dire : 'On a un problème avec l’immigration', il y a un basculement démographique. Mais ça fait quarante ans que nous disons cela", a déclaré Jordan Bardella. 

La candidate à la présidentielle Marine Le Pen n'a elle jamais explicitement prononcé les mots de "grand remplacement". Mais cela ne l'empêche pas d'adhérer à cette théorie et de la détailler lors de différentes interviews. "Le grand remplacement est une conception courante au Front national depuis sa creation dans les années 70 et promu dans les discours de Jean-Marie Le Pen". 

C'est l'ADN du Rassemblement national

Sylvain Crepon, enseignant et chercheur à l'université de Tours

Après l'attentat de Christchurch en Nouvelle-Zélande en mars 2019 dont le terroriste d'ultradroite avait fait référence au "grand remplacement", la présidente du Rassemblement national déclarait sur France 3 : "D’abord, je ne sais pas, je ne connais pas cette théorie du 'grand remplacement' (…) Moi, je n’ai jamais utilisé ce terme-là". Cinq ans plus tôt, elle expliquait que "le concept de 'grand remplacement' suppose un plan établi. Je ne participe pas de cette vision complotiste".

Un tournant est néanmoins opéré en 2011. "Comment pourrions-nous nous satisfaire de voir nos adversaires poursuivre leur œuvre de ruine morale et économique du pays, de le livrer à la submersion par un remplacement organisé de notre population ?", déclarait-elle. "Marine Le Pen souscrit à l'idée. Elle est sur la meme ligne que Jordan Bardella. C'est l'ADN du RN", explique Sylvain Crepon.

Zemmour, Dupont-Aignan

Cette thèse est aussi reprise par Éric Zemmour qui avance pas à pas vers une déclaration de candidature pour l'élection présidentielle de 2022 et Nicolas Dupont-Aignan. Dans un entretien à Valeurs Actuelles en janvier 2017, le candidat à l'élection présidentielle de 2017 assurait que "l'immigration non maîtrisée (ni sérieusement régulée à l'entrée, ni correctement gérée pour ce qui concerne les éloignements du territoire) représente un mouvement de population continu et d'ampleur qui prend une place importante et croissante dans le peuplement de la France".

Cela permet au RN de répondre à la competition avec Zemmour et ne pas se laisser doubler sur sa droite

Sylvain Crepon, enseignant et chercheur à l'université de Tours

"La théorie du grand remplacement permet au RN de se distinguer des autres partis.. Le FN et par extension le RN, oscille entre diabolisation et dédiabolisation et donc donne des gages de normalisation et aussi revient à ses fondements pour ne pas se couper de sa base", analyse Sylvain Crepon. 

Et d'ajouter : "Cela permet aussi au RN de répondre à la competition avec Eric Zemmour et ainsi ne pas se laisser doubler sur sa droite", conclut le chercheur à l'université de Tours.

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