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Présidentielle 2022 : ces députés LaREM, en mal de campagne, condamnés au banc de touche

RÉCIT - Friture sur la ligne entre le groupe LaREM à l'Assemblée et le parti. Plusieurs députés ont fait part de leurs regrets de ne pas être davantage intégrés à la campagne par le parti.

L'affiche de campagne d'Emmanuel Macron
L'affiche de campagne d'Emmanuel Macron
Crédit : CLEMENT MAHOUDEAU / AFP
Marie-Pierre Haddad

Le groupe vit bien ? Pas si sûr... Un spleen s'est emparé de certains députés de La République En Marche. À 16 jours du premier tour de l'élection présidentielle, des membres du groupe La République En Marche à l'Assemblée nationale ont l'étrange sentiment d'être sur la touche et de n'avoir "aucune prise sur la campagne". Traduction : ils peinent à trouver leur place dans la campagne éclair menée par Emmanuel Macron

"On vit étape par étape. On en est réduit à ça...", admet-on avec un haussement d'épaule et un sourire gêné. En effet, l'effervescence inhérente à la campagne présidentielle a été dissipée par le contexte actuel. Ces deux dernières années marquées par la crise sanitaire ont été balayées par la crise internationale avec la guerre en Ukraine. Annonce de candidature d'Emmanuel Macron, meeting, interviews... Un programme chargé pour un espace-temps réduit et donc une campagne en accéléré. 

Mais au-delà de cette conjoncture, la magie de la campagne de 2017, celle qui avait donné des ailes aux macronistes de la première heure, semble s'être estompée. "Ça ne ressemble pas du tout à 2017. Il n'y a pas la même émulation, pas la même équipe de campagne et pas la même communication. Avant on créait ensemble, maintenant c'est chacun pour soi", déplore un député LaREM.

Programme "pas ambitieux" et intérêts personnels

La nostalgie se fait aussi sentir chez un autre élu LaREM. Il confie avoir le sentiment de "mener une campagne de primaire". "Ce n'est pas 'la' grande campagne, regrette-t-il. Au quotidien, on s'assure que physiquement et matériellement, les gens puissent aller voter dans notre circonscription. Donc on discute des formulaires à mettre en place, de ceux à remplir, de comment convaincre, des moyens à mettre en place pour pouvoir se déplacer dans les bureaux de vote... On en est rendu à faire de la logistique, pas de la politique".

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Pourquoi cette situation ? En plus de la crise sanitaire et la guerre en Ukraine, la campagne présidentielle est aussi percutée par celle des législatives. "Chacun défend son espace", souligne un membre de LaREM. Un parlementaire dresse le même constat et observe que "tout le monde essaye de faire en sorte de figer les positions". "Ça donne un jeu où si on ne peut pas progresser, on ne fait pas progresser les autres"; ajoute-t-il. 

À cela sont venus s'ajouter "des griefs sur le programme", renchérit un macroniste insatisfait. "C'était une déception pour une partie de l'aile gauche sur les questions sociales, de transformation et écologiques. Ce programme n'est pas très ambitieux, il est très tourné vers le centre-droit. Il n'y a pas la flamme de 2017", fustige-t-il.

"Armée mexicaine" et organisation "dysfonctionnelle"

Pour les plus téméraires qui souhaitent prendre part activement à la campagne, la patience est indispensable. "Il y a un problème de coordination entre le parti et le groupe à l'Assemblée", nous a-t-on indiqué à plusieurs reprises. "Dès qu’il y en a un qui prend une initiative, il est regardé de travers par l'armée mexicaine", lâche un élu. 

Une désillusion va même jusqu'à se faire sentir. Pour lui, cela traduit un système "peu participatif. "La macronie a peut-être un fonctionnement moins fonctionnel… dysfonctionnel. Tout est vertical et décidé par deux ou trois personnes proches d'Emmanuel Macron, critique-t-il. Dès qu’il y en a un qui prend une initiative, il est regardé de travers en réunion. C'est comme si vous aviez une moto très puissante et que vous bridez le moteur". 

Et Christophe Castaner, le patron des députés LaREM dans tout cela ? "Qu'est-ce qu'il fait ? Je ne sais pas. Il bosse un peu pour sa gueule", répond un parlementaire. Dans l'entourage du patron des députés LaREM, on reconnaît l'existence d'un sentiment de frustration : "Des bénévoles aux ministres, tout le monde est frustré dans cette campagne. Il ne fait que travailler pour que les députés puissent avoir une place dans la campagne". Après avoir mobilisé les députés dans la quête des parrainages, Christophe Castaner a lancé une boucle de messages sur Telegram avec les députés afin qu'ils soient en première ligne pour faire campagne sur les réseaux sociaux

La réunion de groupe hebdomadaire du mardi a toujours lieu mais rares sont ceux qui partagent leur frustration. "On ne va pas râler alors que le contexte est si délicat et de toute façon, on a autre chose à faire", évacue-t-on.

La majorité de la bande passante laissée à Macron

Une communication difficile illustrée dans les boucles de messageries Telegram. Chaque adversaire d'Emmanuel Macron dispose d'une boucle spécifique, avec une veille sur toutes leurs déclarations. "Le mode d'utilisation de ces boucles est très chronophage, juge un député qui trouve que les messages manquent d'analyse. "Pas d'élément de langage communiqué", "on doit se débrouiller tout seul pour riposter". Une autre élue y voit un paradoxe : "On est surchargé de messages mais ce n'est pas pour autant qu'il s'agit d'une boucle vivante".

Le principal point de crispation concerne les interventions dans les médias. Chaque prise de parole doit être validée par le parti. Un procédé dont l'objectif est de laisser la majorité de la bande passante - c'est-à-dire le temps de parole - à Emmanuel Macron. "L’équipe de campagne verrouille tout", nous raconte-t-on.

Du côté du parti, on reconnaît qu'il y a eu un sujet "interventions dans les médias et frustration" avec les députés. "Nous sommes au service du président de la République, et parfois être utile, c'est accepter d'être mis en retrait, explique un membre de La République En Marche qui ne souffre pas d'une diète médiatique. Ce n'est pas qu'on n'a pas confiance, c'est simplement qu'il faut trouver le mode de fonctionnement qui sert le plus Emmanuel Macron".

Ceux qui le vivent bien sont ceux qui sont le plus agiles

Une élue LaREM

Mais d'autres députés ont décidé de voir le verre à moitié plein. "Je n'ai pas besoin de l'équipe de campagne pour faire campagne, lâche cet élu qui estime que cette dernière est bien organisée. Je suis assez grand pour me débrouiller tout seul. Tout ne passe pas et ne doit pas passer par le QG".

Une élue estime que cette campagne révèle les différents degrés d'adaptabilité de chacun. "Ceux qui le vivent bien sont ceux qui sont le plus agiles. Il faut que l'on soit un petit peu auto-entrepreneur de notre rôle dans la campagne. Tout en respectant le cadre", prend-elle le soin de préciser. Mais la pilule reste compliquée à avaler pour un député : "Je ne suis pas pressé d'avoir la discussion finale avec eux".

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