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Néonicotinoïdes : les députés votent la disposition permettant leur retour

L'Assemblée nationale a finalement voté dans la nuit du lundi 5 au mardi 6 octobre la disposition clé du projet de loi permettant la réintroduction temporaire des néonicotinoïdes pour sauver la filière betterave.

Des abeilles mortes exposées à Rennes pour montrer l'effet des néonicotinoïdes (illustration)
Des abeilles mortes exposées à Rennes pour montrer l'effet des néonicotinoïdes (illustration)
Crédit : DAMIEN MEYER / AFP
Sarah Ugolini & AFP

Tous les députés sont "contre" les insecticides tueurs d'abeilles mais entre "souveraineté" agroalimentaire et défense de la biodiversité et des promesses environnementales, l'Assemblée nationale a finalement voté dans la nuit du lundi 5 au mardi 6 octobre, la disposition clé du projet de loi permettant la réintroduction temporaire des néonicotinoïdes pour sauver la filière betterave.

Le vote solennel sur l'ensemble du projet de loi, aura lieu mardi, après les questions au gouvernement. "C'est un texte difficile, important, qui ne veut pas opposer économie et écologie", selon le ministre de l'Agriculture. "La question est celle de notre souveraineté" pour Julien Denormandie.

En raison de la prolifération d'un puceron vert vecteur de la maladie qui affaiblit les plantes dans de nombreuses régions, les betteraves issues de semences non enrobées d'insecticide sont atteintes de "jaunisse". La réintroduction de semences enrobées avec des néonicotinoïdes doit permettre de protéger les rendements sucriers. 

La pérennité de la filière sucrière française en jeu

Le problème est que ce type de pesticide, réputé tueurs d'abeilles, a été interdit en 2018. Le gouvernement est obligé de rétro-pédaler, en s'appuyant sur le règlement européen sur les phytosanitaires permettant de déroger à l'interdiction, potentiellement jusqu'en 2023. De LFI au RN, "on est tous contre" ces insecticides tueurs d'abeilles, a convenu le ministre Julien Denormandie.

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Mais "aujourd'hui il n'existe pas d'alternative" chimique ou agronomique suffisamment efficace, a justifié Julien Denormandie. La baisse des rendements induite menace la pérennité de la filière sucrière française, qui emploie 46.000 personnes, dont une bonne partie dans des usines de transformation, estime la profession.

Or, pour le gouvernement, "tuer une filière française pour importer des sucres polonais, allemands ou belges", n'est pas une option. "On est bien embêté avec votre texte", a relevé Thierry Benoit (UDI). "La France n'a pas la maturité d'organiser la transition écologique (...) J'aimerais que Mme Pompili qui nous a vendu l'idée (de l'interdiction des néonicotinoïdes) il y a quatre ans soit au banc de l'Assemblée aujourd'hui", a-t-il déploré.

La gauche a présenté un front uni contre la mesure.

"Il ne faut pas être dans le dogme et faire en sorte que la France reste un grand pays agriculteur", a souligné Christian Jacob, chef de file des députés LR qui soutiennent le texte du gouvernement.

À l'inverse, la gauche a présenté un front uni contre la mesure. Le patron du groupe LFI Jean-Luc Mélenchon a défendu en vain une motion de rejet préalable du projet de loi, jugeant qu'"une faute va se commettre" et promettant une action devant la Cour de justice de la République. "Nous allons décider quelque chose de dangereux pour nos semblables, pour nos enfants, nos petits-enfants" et demain d'autres dérogations seront demandées, a-t-il pronostiqué, en estimant en outre que "la betterave française est malade du libre-échange" davantage que des pucerons.

Député PS de Meurthe-et-Moselle, Dominique Potier a réclamé un plan B pour la filière betterave "pour une transition économique, sociale et écologique". Emmené par l'ex-ministre de l'Environnement, Delphine Batho, le groupe Écologie Démocratie et Solidarité (EDS) a fustigé la "régression" et le "renoncement" de la position gouvernementale.

Des dérogations pour les betteraves sucrières

Les députés ont précisé que les dérogations permises visent explicitement les betteraves sucrières en votant le second article du projet de loi. Le gouvernement l'avait promis mais ne voulait pas l'inscrire dans le texte par crainte d'une censure du Conseil constitutionnel.

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