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Une vue sur le Parc de Montretout, résidence des Le Pen à Saint-Cloud près de Paris
Crédit : Philippe BOUCHON / AFP
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Il aura incarné l'épicentre politique de l'extrême droite française durant des décennies. D'après Le Parisien, le clan Le Pen s'apprête à faire ses adieux à Montretout. Ce célèbre manoir, baptisé "le Paquebot" et situé sur les hauteurs de Saint-Cloud dans les Hauts-de-Seine, est intimement lié à l'ascension politique de Jean-Marie Le Pen et celle du Front national dans les années 80 et 90.
Véritable huis clos, cette forteresse faisait office de lieu de vie pour la famille Le Pen mais aussi de quartier général du Front national pour le cofondateur du parti. Cette demeure a largement contribué à la légende du Menhir décédé le 7 janvier 2025 à l'âge de 96 ans.
Montretout n'a rien d'une résidence classique. Il s'agit d'un château construit en 1830 sur demande de Napoléon III. L'imposante bâtisse de 430 mètres carrés a été offerte à son chef de cabinet Jean-François Mocquart, comme le précisait Challenges. Comme tout est politique chez les Le Pen, ce lieu atypique ne fait pas exception, puisque Jean-Marie Le Pen en a fait un symbole.
Dès l'entrée, cette imposante bâtisse donne le ton. "On allait à Montretout comme on allait à la cour du roi. On montait pour aller voir le roi et on demandait audience pour être reçu par Jean-Marie Le Pen", expliquait le journaliste Olivier Beaumont, auteur du livre Dans l’enfer de Montretout (Éditions Flammarion), invité de RTL en 2022. Et d'ajouter : "Pour voir le chef, il fallait faire l'ascension de Montretout".
"C’est une maison de l’autre côté de Paris, la capitale, le lieu de pouvoir. Le château de Montretout n’était pas dans le système, pas dans Paris, comme Jean-Marie Le Pen voyait son parti", racontait le journaliste..
Mais comment Jean-Marie Le Pen est devenu le propriétaire de Montretout ? C'est là que débute toute la légende. Jean-Marie Le Pen s'est lié d'amitié avec Hubert Lambert. Une amitié qui a abouti au financement du parti par l'héritier de la famille de cimentier du même nom.
En 1976, celui qui a cofondé le Front national quatre ans plus tôt a hérité du château après la mort de son propriétaire, Hubert Lambert. "Il n’est pas marié et n’a pas d’héritier et il décide un jour de rédiger un testament pour faire de Jean-Marie Le Pen son légataire universel le jour où il viendrait à décéder", peut-on lire dans le livre d'Olivier Beaumont.
Le leader du Front national, Jean-Marie Le Pen, et son épouse Pierrette, posent avec leur chien, le 20 avril 1984 dans le jardin de leur propriété du Parc Montretout.
Crédit : GERARD BERREBY / AFP
Au micro de RTL en 2022, le journaliste du Parisien évoquait le mystère qui entoure cet héritage. "On n'aura jamais le fin mot de l'histoire. Jean-Marie Le Pen et son épouse Pierrette se lient d'amitié avec Hubert Lambert. Il décide de faire de Jean-Marie Le Pen son légataire universel, un héritage qui est contesté par la famille même d'Hubert Lambert", expliquait-il. Ainsi, Jean-Marie Le Pen est devenu l'unique héritier d'un riche homme d'affaires et le seul propriétaire du parc de Montretout.
Dans son autobiographie, la fille du Menhir évoquait "la nuit d'horreur" où elle a découvert que son père "faisait de la politique". Le 2 novembre 1976, un attentat est perpétré dans la maison des Le Pen qui vivaient au quatrième étage d'un immeuble dans le XVe arrondissement de Paris. Cinq kilos de dynamite y ont explosé en pleine nuit.
Âgée de 8 ans, Marine Le Pen confiait avoir gardé des "souvenirs extrêmement précis" de cette nuit.
Dans l'émission Une ambition intime diffusée sur M6 en 2017, elle décrivait ainsi un "silence total" car "l’explosion (vous) assourdit". Le lit était "plein de verre"; ajoutait-elle.
Vue générale prise le 2 novembre 1976 à Paris de l'immeuble où vivait Jean-Marie Le Pen, président du Front National, dévasté par un attentat à l'explosif.
Crédit : AFP PHOTO
"Du jour au lendemain vous perdez tout, vos jouets, vos habits, vos amis parce qu’on a déménagé", expliquait-elle. La famille Le Pen a dû trouver un autre domicile dans l'urgence. C'est ainsi que l'emménagement à Montretout a eu lieu.
À part Jean-Marie Le Pen, le reste de la famille a peiné à prendre ses marques au sein de l'imposante bâtisse. La soeur de Marine Le Pen, Marie-Caroline, décriait un endroit "qui sent la mort", comme le rapportait le journaliste Olivier Beaumont. Et pour cause, Hubert Lambert est mort dans la chambre qui deviendra celle de Jean-Marie et Pierrette Le Pen. "Il y avait encore les draps maculés de sang, l'odeur pestilentielle. Et Les Le Pen s'installent, enlèvent les draps, ouvrent les fenêtres. Et le soir même, ils dorment dans cette maison", racontait Olivier Beaumont à RTL.
La mère de Marine Le Pen, Pierrette, ne s'y acclimatera jamais. Reprochant à Jean-Marie Le Pen d'en avoir fait son bureau et le QG du Front national, elle a quitté le domicile familial en catimini. "Elle n'a pas supporté cette invasion perpétuelle, le mélange des genres qu'a fait Jean-Marie Le Pen entre la politique et la famille", précisait l'auteur du livre Dans l'enfer de Montretout.
"Le bureau de Jean-Marie Le Pen est au premier étage de la maison, à quelques mètres de la chambre conjugale. Un jour, Pierrette a craqué, elle est partie et a quasiment abandonné ses filles qui sont devenues orphelines de leur mère puisqu'elles sont passées quasiment 15 ans sans la voir", ajoutait-il.
Montretout est ainsi devenu le coeur de l'activité politique et mondaine de l'extrême droite. Jean-Marie Le Pen y organisait des grandes fêtes. "Le tout Paris people s'est toujours pressé aux grandes fêtes de Montretout. Il y a 300, 400, jusqu'à même 500 personnes, avec tout le ban et l'arrière ban de l'extrême droite, mais aussi des aristocrates et des avocats du barreau de Paris", expliquait Olivier Beaumont.
"Le Paquebot" a aussi été le théâtre de la division entre Marie-Caroline Le Pen, celle à la lignée politique toute tracée et Jean-Marie Le Pen. Elle a pris la décision de s'allier à Bruno Mégret, engagé dans une guerre contre le cofondateur du FN. "À l'époque, à Montretout, c'est devenu infernal, décrivait Olivier Beaumont. Marie-Caroline ne supportait plus le climat entre les mégretistes et les jean-marinistes"
Le leader du Front National Jean-Marie Le Pen et sa fille Marie-Caroline, sourient, le 19 février 1985, au balcon de leur maison du Parc de Montretout le 10 mars 1985.
Crédit : PIERRE GUILLAUD / AFP
Quant à Marine Le Pen, elle y est restée 38 ans, jusqu'à l'âge de 46 ans. Elle y est arrivée avec une scène de mort, celle de Hubert Lambert. Elle en est repartie avec une autre scène de mort, celle de ses chats. À l'été 2014 déjà un peu en rupture avec son père, Marine Le Pen a appris la mort de son chat alors qu'elle était en vacances, tué par les deux mollosses de Jean-Marie Le Pen.
Marine Le Pen avait ainsi tourné la page "Montretout". "Cette maison n'est plus un endroit politique, et depuis très longtemps", a-t-elle expliqué au Parisien.
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