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Ils ont pour mission de "garder l'âme de ces villages" : ces 6 communes "mortes pour la France" ont un maire, mais zéro habitant

Ces six communes sont toutes situées en Lorraine, dans la Meuse. Les édiles sont chargés d'entretenir la mémoire de ces villages rasés après la bataille de Verdun qui a fait plus de 700.000 victimes lors de la Première Guerre mondiale.

Un panneau montrant l'ancienne rue principale de Bezonvaux (Meuse), l'un des villages "morts pour la France" lors de la Première guerre mondiale.

Crédit : SEAN GALLUP / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP

À Beaumont-en-Verdunois, le maire n'a pas d'habitant

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Marie-Pierre Haddad

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Des maires qui n'ont pas la pression des élections des 15 et 22 mars. Ils sont 6 sur les quelque 34.000 édiles que compte la France, à ne dépendre d'aucun habitant. Les six communes concernées sont Beaumont-en-Verdunois, Bezonvaux, Cumières-le-Mort-Homme, Fleury-devant-Douaumont, Haumont-près-Samogneux et Louvemont-Côte-du-Poivre. Toutes dans le même département : la Meuse.

Pourquoi ces maires n'ont-ils aucun administré ? La raison est liée à la Première Guerre mondiale. Après la bataille de Verdun qui a duré 300 jours et 300 nuits, ces villages de l'ouest de la Lorraine ont été déclarés "morts pour la France" par l'État. 

Lorsque la bataille prend fin, le 18 décembre 1916, plus de 700.000 victimes ont été recensées, dont 306.000 tués et environ 400.000 blessés, recense le site du mémorial de Verdun. Initialement les villages de Douaumont et Vaux-devant-Damloup avaient aussi cette spécificité. Mais ils sont désormais habités. 

Des obus encore en terre

Le maire de Louvemont-Côte-du-Poivre, François-Xavier Long, est en poste depuis 2003. "Après la bataille de Verdun, tous ces villages étaient détruits", raconte-t-il à RTL.fr. "Le champ de bataille ressemblait à un sol lunaire. Il n'y avait plus rien, à part des cailloux." Depuis, seule une chapelle a été construite à l'emplacement du village, ainsi qu'un monument aux morts.

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La question de la sécurité s'est aussi posée. "C'était très dangereux parce qu'il reste beaucoup d'obus en terre dont certains contenaient du phosgène, un gaz qui attaque les voies respiratoires", ajoute l'édile.

C'est pourquoi ces six communes disposent de maires, malgré l'absence d'habitants. Leur mission est de "garder l'âme de ces villages", raconte François-Xavier Long. "On s'engage à entretenir le site. À Louvemont-Côte-du-Poivre, on a des vestiges de maisons et aussi d'un poste de secours (...) Nous avons un tout petit budget, environ 20.000 euros."

Autre mission : entretenir la mémoire, à travers des fêtes mémorielles. "Je suis chargé de retrouver les descendants des habitants de ma commune mais aussi de soldats et de combattants" qui se retrouvent lors d'hommages.

Maire de père en fils, depuis 1925

Ne pouvant pas être élus puisqu'il n'y a pas de votant, ces six maires sont nommés par le préfet. Dans la famille de Jean-Pierre Libert, la fonction se transmet de père en fils depuis 1925. Avec ses deux adjoints, ses filles, le maire de Beaumont-en-Verdunois a candidaté en septembre 2024, après la mort de son père. "On doit proposer notre candidature au département, qui la propose au préfet", explique-t-il à RTL.

Lors des élections municipales, pas de panneaux électoraux, de bureau de vote, d'urne ou d'isoloir. "En principe, nous sommes reconduits tacitement", poursuit le maire de Louvemont-Côte-du-Poivre. Pas de limitation dans le temps, mais le préfet peut interrompre la mission de ces maires, s'il estime qu'elle n'est pas remplie. Il est aussi possible pour l'édile de refuser le poste. 

Mais pas question pour François-Xavier Long qui "veut continuer". "Je trouve mon travail passionnant", confie ce médecin. "Je rencontre des gens, j'entretiens la mémoire, je suis une courroie de transmission entre la génération d'avant et celle qui va venir", poursuit le maire qui qualifie sa commune de "musée à ciel ouvert unique au monde".

Même s'ils sont maires, ils ne disposent pas des mêmes attributions qu'un élu. Pour l'élection présidentielle, "on ne peut pas donner notre signature" à un candidat, souligne Jean-Pierre Libert. Ils ne disposent pas non plus de droit de vote lors des élections sénatoriales.

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