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Emmanuel Macron : pourquoi chute-t-il dans les sondages ?

INTERVIEWS - Les sondages s'enchaînent pour le président de la République et confirment une baisse de sa cote de popularité. Un événement qui pourrait peser dans la rentrée tendue du Président.

Emmanuel Macron, en Bulgarie le 25 août 2017
Emmanuel Macron, en Bulgarie le 25 août 2017 Crédit : Bertrand GUAY / AFP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Le gouvernement prévient : "Il y a une difficulté mais il ne faut pas regarder uniquement les sondages pour gouverner. Certains l'ont fait et ils se sont plantés". Christophe Castaner a riposté, dimanche 27 août sur BFMTV, pour défendre Emmanuel Macron. En pleine rentrée du gouvernement et après un été jonché de polémiques et de couacs, le président de la République doit aussi faire face à une chute continue de sa cote de popularité. 

En août, la cote de popularité du chef de l'État enregistre une baisse, avec 40% de personnes satisfaites, selon un sondage Ifop pour Le Journal du dimanche, soit une chute de 14 points en un mois. Emmanuel Macron a perdu 22 points de popularité depuis le premier baromètre Ifop-JDD publié il y a trois mois, juste après son élection. Au même moment, en 2012, François Hollande jouissait d'une popularité nettement plus élevée (54%) et celle de Nicolas Sarkozy était encore plus forte en 2007 (67%). 

Le président de la République doit aussi faire face à l'impopularité de la réforme du Code du travail qu'il a engagée. Près de deux Français sur trois (63%) ne font pas confiance à Emmanuel Macron et à son gouvernement pour le réformer, selon un sondage Odoxa pour RTL publié ce lundi 28 août. D'après cette enquête, 37% des personnes interrogées jugent le chef de l'État en mesure de "réformer efficacement" le code du travail, et seuls 8% disent lui faire "tout à fait" confiance sur cette question. Comment expliquer cette dégringolade dans les sondages ?

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Un problème de fond sur sa ligne politique

"Emmanuel Macron a martelé pendant la campagne électorale la promesse selon laquelle il allait changer le pays en cinq ans. La baisse de sa cote de popularité n'est pas seulement une conséquence des couacs de cet été. Il existe des problèmes de fond qui traduisent quelque chose de plus important que de simples maladresses de communication. Il est important aussi de préciser que l'été désastreux ne peut pas être sans lien avec les problèmes de fond", indique Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof joint par RTL.fr

Cependant, il est délicat de connaître les raisons exactes de cette chute de popularité. Polémique sur les APL, affaire Pénicaud, affaire Ferrand, polémique de Villiers... Les raisons peuvent être multiples. "Le fait que la cote de popularité d'un président de la République baisse est assez normal et classique. Il s'agit d'un réajustement qui s'opère après l'élection présidentielle. C'est un effet 'prince charmant' avec une cote de popularité plus élevé que le socle électoral. Ce qui est particulier avec Emmanuel Macron, c'est la rapidité et la puissance de cette chute", note le politologue Thomas Guénolé, contacté par RTL.fr. 

Ainsi, Emmanuel Macron serait confronté aux limites de sa politique "de gauche et de droite". Avec la polémique sur la baisse de cinq euros des APL, de nombreux électeurs ont eu du mal à accepter que, de l'autre côté, on envisage de supprimer l'ISF. "La feuille de lecture d'un électeur de gauche n'est pas celle du Président. Emmanuel Macron doit réussir à rassurer un électoral de gauche et de centre-gauche et montrer que son projet ne découle pas de ceux d'Édouard Philippe ou de Bruno Le Maire", analyse Bruno Cautrès. Quant à Thomas Guénolé, il émet l'hypothèse selon laquelle "Emmanuel Macron est le nouveau Valéry Giscard d'Estaing. Pendant la campagne électorale, il a su séduire les centristes. Mais il s'agit de l'électorat le plus volatile de l'échiquier politique français. Son socle correspond donc à des électeurs volatiles, ce qui pourrait expliquer cette chute de sa cote de popularité".

Le correctif de la méthode de communication du gouvernement était évidemment indispensable.

Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof
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Selon Bruno Cautrès, "il existe un remède simple : la pédagogie. Mais c'est un argument politique un peu usé, beaucoup répété et à force de le répéter, qui ne dit plus grand-chose". C'est d'ailleurs l'orientation prise par le gouvernement d'Emmanuel Macron qui prône une ouverture de la communication aux journalistes et une prise de parole directe avec les Français

"Le correctif de la méthode de communication du gouvernement était évidemment indispensable. Mais tout dépend de ce qui va changer : si l'équipe du Président continue à déverser un flot d'images d'un 'Macron superstar', cela ne fonctionnera pas. En revanche, si cela consiste à expliquer davantage la politique et les mesures, pourquoi pas", assure-t-il. Analyse similaire du côté de Thomas Guénolé, "les couacs, les dysfonctionnements de la communication, la discrétion des députés à l'Assemblée et le silence des ministres, supposent des ajustements".

Mais Bruno Cautrès confie ne "pas être sûr" du rendu. "Faire de la pédagogie c'est important, mais il y a un soucis global qui risque de s'amplifier durant le mandat. Le nombre de chantiers ouverts avec la réforme du Code du travail, les retraites et le chômage risque de donner un sentiment de désordre. Une partie des électeurs aura du mal à trouver le sens de l’action du gouvernement si l’on a plein de chantiers ouverts à la fois. Déjà, certains électeurs sont perdus", assure le politologue.

L'opposition prête à contrer Macron

"Il alimente ainsi l'opposition qui a un rôle à jouer avec la France insoumise. Si la formation politique de Jean-Luc Mélenchon réussit à mobiliser pour contre la réforme du Code du travail, cela signifie qu'une partie de l'électorat de gauche s'est réveillé. De plus, Emmanuel Macron n'aurait pas dû réagir aux critiques formulées par François Hollande. L'air de rien, l'ancien président de la République adresse un message subliminal à la gauche et au Parti socialiste. Le ton n'est pas un reproche mais le choix des mots est crucial. François Hollande a utilisé des mots qui font sens dans l'esprit des électeurs de gauche. C'est presque un coup de griffe à la Mitterrand…", ajoute le chercheur au Cevipof. 

Cependant, Emmanuel Macron a peu de chance de changer de stratégie, observe Thomas Guénolé. "Il est dans la logique suivante : 'Je ne suis pas là pour être populaire mais appliquer mon programme'. Mais il existe deux scénarii qui pourraient lui faire revoir son jugement. Si sa popularité passe sous la barre des 25% - son score du premier tour à la présidentielle -, une fronde interne chez La République En Marche risque d'émerger. Des voix se lèveront pour remettre en cause 'le chef'. Autre possibilité : la chute de popularité du chef de l'État pourrait être suivie d'une volonté d'en découdre dans la rue, comme les manifestations de 1995. Et Emmanuel Macron serait dans l'impossibilité de gouverner si le pays est bloqué". 

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2017-08-29 06:55:00
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