6 min de lecture

Elle a inspiré Meryl Streep dans "Le diable s'habille en Prada" : Christine Lagarde tourne la page de vingt ans au sommet de la finance

La présidente de la Banque centrale européenne quittera ses fonctions le 7 février 2027, près de neuf mois avant la fin de son mandat. À 70 ans, cette figure de la finance internationale, dont l'allure a inspiré Meryl Streep au cinéma, tourne la page de sept années de crises et ouvre une bataille politique autour de sa succession.

Christine Lagarde, s'exprime lors d'un débat en séance plénière au Parlement européen en 2023

Crédit : AFP

La rédaction numérique de RTL & AFP

Je m'abonne à la newsletter « Politique »

Mettre RTL en favori sur Google

Christine Lagarde ne terminera pas son mandat à la tête de la Banque centrale européenne (BCE). L'institution de Francfort a annoncé, jeudi 29 octobre, que sa présidente quitterait ses fonctions le 7 février 2027, alors qu'elle devait rester en poste jusqu'à la fin du mois d'octobre. La Française a informé le Conseil des gouverneurs de sa décision, ainsi que le président du Conseil européen, António Costa. Ses collègues lui ont réservé une longue ovation.

"Je quitte cette institution avec le sentiment du devoir accompli et une BCE prête pour l'avenir", a-t-elle déclaré dans une vidéo publiée sur X. Son départ anticipé ouvre désormais une bataille pour sa succession, à quelques mois de l'élection présidentielle française. Il vient aussi clore sept années mouvementées à la tête de l'institution chargée de préserver la stabilité des prix dans la zone euro.

Son départ a été salué en début d'après-midi par le président français Emmanuel Macron, qui a souligné l'"engagement européen" et l'"action déterminée" de Christine Lagarde à la tête de la Banque centrale européenne (BCE), et appelé à préparer sa succession "de manière ordonnée et équilibrée avec nos partenaires européens".

"Son parcours nous rappelle que la stabilité n'est jamais acquise : elle se construit par une action résolue, le sens de l'intérêt général et la confiance dans notre avenir commun", a-t-il écrit sur X quelques heures après l'annonce par la présidente de la BCE qu'elle quitterait ses fonctions de façon anticipée le 7 février.

Une femme de pouvoir qui a inspiré Meryl Streep

Grande silhouette au maintien impeccable, chevelure argentée soigneusement entretenue, Christine Lagarde a cultivé son image différente de celle du banquier central classique, en se servant des réseaux sociaux. Meryl Streep a un jour expliqué s'être inspirée de "l'élégance et l'autorité indiscutables" de Christine Lagarde pour construire le personnage de Miranda Priestly, la redoutable rédactrice en chef dans la comédie Le Diable s'habille en Prada.

À lire aussi

La Française, qui a annoncé jeudi son départ anticipé de la Banque centrale européenne, referme à 70 ans une carrière qui l'a vue gravir, un à un, les sommets de la finance mondiale, alors que, fille d'enseignants élevée au Havre, elle se destinait d'abord au droit et fut la première femme à diriger le cabinet américain Baker & McKenzie.

Ministre de l'Économie sous Nicolas Sarkozy (2007-2011), directrice générale du Fonds monétaire international (2011-2019) après l'affaire Strauss-Kahn, enfin présidente de la BCE depuis 2019, elle a occupé en moins de vingt ans des postes influents, tous jusque-là réservés à des hommes.

Ni économiste de formation ni identifiée à une école de pensée particulière, jamais passée par les urnes, elle affiche une trajectoire qui épouse les grandes secousses mondiales de ce siècle, de la crise financière de 2008 au retour de Donald Trump, en passant par la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine, l'essor de l'IA et l'urgence climatique.

Du Covid à l'inflation, sept années sous pression

Son arrivée à Francfort suscite d'abord des interrogations : Christine Lagarde n'est pas économiste de formation et n'a jamais dirigé de banque centrale. Quelques mois plus tard, la pandémie de Covid-19 lui impose sa première épreuve.

En mars 2020, alors que les marchés financiers s'affolent, elle affirme que la BCE n'est "pas là pour réduire les spreads", ces écarts de taux d'emprunt entre pays européens. La déclaration provoque une vive réaction des marchés, notamment en Italie, et la contraint à rectifier rapidement le tir.

Face à l'effondrement de l'activité provoqué par les confinements, Christine Lagarde improvise le 18 mars une téléconférence depuis sa cuisine à Francfort, d'où émergera le "programme de rachat d'urgence face à la pandémie" (PEPP). La banque centrale achètera par la suite jusqu'à 1.850 milliards d'euros de dette publique et privée afin d'éviter un écroulement de la zone euro.

Une autre urgence lui succède. Avec la reprise économique puis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, les prix de l'énergie flambent et l'inflation atteint des niveaux historiques. Critiquée pour avoir tardé à réagir, la BCE engage en juillet 2022 une remontée des taux d'une rapidité inédite. Son taux de dépôt passe de 0 à 4% en un peu plus d'un an, renchérissant le coût du crédit pour les ménages et les entreprises.

Face aux divisions entre partisans de la rigueur monétaire et défenseurs d'une politique plus souple, Christine Lagarde cultive une autre image. Aux étiquettes de "colombe" ou de "faucon", qui opposent les partisans d'une politique monétaire souple à ceux d'une posture stricte, elle préfère celle de "la chouette, souvent associée à un peu de sagesse". Régulièrement portée en broche, l'animal devient le symbole de son mandat tourné vers l'écoute et le compromis.

Une succession aux enjeux politiques majeurs

Pourquoi partir neuf mois avant la date prévue ? Le communiqué officiel ne donne aucune explication. Mais le calendrier a des conséquences politiques immédiates : il permet à Emmanuel Macron de participer à la désignation du prochain président de la BCE avant l'élection présidentielle française du printemps 2027. La nomination relève du Conseil européen, après une procédure associant les ministres des Finances et des consultations institutionnelles. Les négociations s'annoncent serrées entre les principales capitales de la zone euro.

Deux noms circulent particulièrement : l'ancien gouverneur de la banque centrale néerlandaise Klaas Knot et Pablo Hernández de Cos, l'ex-patron de la Banque d'Espagne et actuellement à la tête de la Banque des règlements internationaux (BRI). Ce dernier est donné favori par des économistes, mais selon un diplomate européen favorable à la candidature de Klaas Knot, ce dernier apparaît comme le candidat le plus solide. Il met en avant un contexte marqué par les tensions sur les marchés obligataires et la remontée des taux, face à une inflation encore élevée alimentée par la guerre avec l'Iran.

Toujours selon cette source, après deux présidents français - Jean-Claude Trichet (2003-2011) et Christine Lagarde -et un Italien - Mario Draghi (2011-2019) - à la tête de la BCE, le moment serait venu pour un candidat d'Europe du Nord. La désignation du prochain président de la BCE s'inscrit aussi dans un vaste renouvellement de la direction de l'institution de Francfort. Outre la présidence, les postes de chef économiste, occupé par l'Irlandais Philip Lane jusqu'en mai 2027, ainsi que celui de membre du directoire, pour remplacer l'Allemande Isabel Schnabel, qui doit rejoindre le FMI début 2027, sont à nommer.

Derrière la bataille des personnes se joue en réalité un délicat partage des postes entre grands pays de la zone euro. Paris pousserait ainsi pour obtenir la fonction influente de chef économiste si la présidence revenait au Néerlandais Klaas Knot. Un troisième candidat de compromis pourrait toutefois émerger pour la présidence si les grands pays ne parvenaient pas à s'entendre, comme ce fut le cas en 2019 avec l'arrivée surprise de Christine Lagarde à la tête de la BCE.

"Avoir la liberté de parole" à quelques mois de la présidentielle

Quelle suite Christine Lagarde entend-elle désormais donner à sa carrière ?  L'ancienne ministre a indiqué jeudi aux 27 membres du Conseil des gouverneurs qu'elle souhaitait quitter la BCE avant la fin de son mandat afin de "retrouver une plus grande liberté d'expression sur des sujets non monétaires", selon une source proche des débats.

Elle a estimé "ne plus pouvoir rester neutre face aux évolutions qu'elle observe en France et dans le monde", ajoutant qu'elle souhaitait pouvoir être utile "en tant que Française, citoyenne européenne et citoyenne du monde", a ajouté cette source. La BCE n'a pas fait de commentaire.

Quelques heures plus tard, elle a évoqué sa volonté de retrouver "la liberté de parole, la liberté d'expression et la liberté de [s]'engager sur des sujets qui ne relèvent pas de la politique monétaire", à quelques mois de l'élection présidentielle en France. "Je pense que ma voix, mon action peut être utile pour des principes qui me sont chers", a poursuivi la présidente de l'institution de Francfort. "Je sens que je dois dire ces choses, et je ne peux pas le faire dans ma position actuelle", son mandat lui imposant la neutralité.

Reste désormais à savoir quelle sera la prochaine étape pour Christine Lagarde, 70 ans, figure familière des grandes organisations internationales. Celle qui a écarté fin septembre l'idée d'une candidature à l'Élysée est citée parmi les personnalités susceptibles de prendre la tête du Forum économique mondial de Davos.

La rédaction vous recommande

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Ne laissez pas Google décider de vos sources.

Ajouter RTL comme source préférée