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Démission de Delevoye : un "dinosaure" de la politique rattrapé par le nouveau monde

PORTRAIT - Le haut-commissaire en charge des retraites a présenté sa démission, ce lundi 16 décembre. Retour sur le parcours d'un habile négociateur, bien rodé au monde de la politique.

Emmanuel Macron et Jean-Paul Delevoye, le 28 mars 2017
Emmanuel Macron et Jean-Paul Delevoye, le 28 mars 2017
Crédit : Eric FEFERBERG / AFP
Marie-Pierre Haddad

En première ligne. Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire chargé de la réforme des retraites, a présenté sa démission à Emmanuel Macron qui l'a acceptée "avec regret", ce lundi 16 décembre. Le "Monsieur retraites" du gouvernement a reconnu avoir omis de déclarer sa fonction d'administrateur bénévole dans un institut de formation de l'assurance, l'Ifpass, et a rectifié ce week-end sa déclaration d'intérêts en déclarant 13 mandats, dont 11 bénévoles, soit dix de plus que dans la version initiale.

Jean-Paul Delevoye a aussi cumulé sa fonction gouvernementale avec celle, rémunérée, de président de Parallaxe, un institut de réflexion sur l'éducation, cumul déclaré mais pas autorisé, ce qu'il dit avoir appris ensuite. 

Le soutien de Matignon aura été de courte durée. Édouard Philippe déclarait que "la bonne foi de Jean-Paul Delevoye est totale". Le gouvernement aussi a resserré les rangs autour du haut-commissaire. À l'image de Jean-Michel Blanquer. Invité du Grand Jury RTL, Le Figaro, LCI, le ministre de l'Éducation a reconnu qu'il "a commis une erreur" et a ajouté : "N'oublions pas que 11 d'entre eux sont bénévoles. Ça dit aussi la personnalité de Jean-Paul Delevoye, qui est quelqu'un de très investi dans la vie associative, qui est un homme pétri de l’intérêt général".

Un vieux routard de la politique

Nommé en septembre 2017 haut-commissaire à la réforme des retraites puis entré en septembre dernier au gouvernement, Jean-Paul Delevoye devait porter le projet de loi d'un système universel devant le Parlement en 2020. Les adjectifs ne manquent pas pour définir ce vieux routard de la politique. "Un gaulliste social", selon Le Point, un "dinosaure" pour Libération ou encore un électron libre, comme le souligne RFI.

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Adhérant au RPR puis de l'UMP, Jean-Paul Delevoye devient conseiller général du Pas-de-Calais en 1980. Deux ans plus tard, il est maire de Bapaume, dans les Hauts-de-France, jusqu'en 2002. Puis de 2004 à 2014. Il a été élu député, puis sénateur. Décrit comme un "chiraquien historique" par Le Point, il a brigué la présidence de l'UMP face à Michèle Alliot-Marie en 1999. Mais cette candidature s'est soldée par un échec. En 2010, il est devenu président du Conseil économique, social et environnemental (CESE).

"En 2013, il est exclu de l'UMP après avoir soutenu un socialiste pour prendre la relève en tant que maire de Bapaume. Dès 1997, Martine Aubry lui avait lancé, après avoir écouté un de ses discours sur la nécessité de maintenir le lien social : 'Vous devriez être à la tête du RPR'. Ce qui ne l'empêche pas, à l'époque, d'avoir voté contre le pacs et la parité en politique, en 1999-2000…", explique l'hebdomadaire. Jean-Paul Delevoye a aussi créé un solide réseau en étant pendant 10 ans à la tête de l'Association des maires de France. 

Un habile négociateur

En 2017, l'ancien monde débarque dans le nouveau monde. Il sera l'un des premiers à rallier Emmanuel Macron, en prenant la tête de la Commission d'investiture pour les élections législatives chez En Marche !. L'automne 2017 arrive avec le colossal chantier de la réforme des retraites et Jean-Paul Delevoye est nommé haut-commissaire. Ce serait d'ailleurs, l’entourage de Jacques Chirac qui aurait soufflé son nom, comme le soulignait Libération. "L’homme qui a fait la réforme des retraites de 2003, ce n’est pas Fillon, c’est Delevoye", aurait-on rappelé au chef de l’État lors d’une visite du couple Macron au domicile des Chirac fin juillet 2017. 

Il consultera ainsi les syndicats et les partenaires sociaux afin de remettre un rapport au gouvernement. Il est même très apprécié des syndicalistes. Dominique Corona (Unsa) décrit à l'AFP "un personnage tout en rondeur, très abordable, qui respecte les gens en face de lui". Pour Frédéric Sève (CFDT), il a réussi à "montrer qu'un chantier que l'on disait hallucinant, infaisable, était possible".
 
Sa longue expérience politique ne lui a pourtant pas suffi pour se prémunir contre les soupçons de conflits d'intérêts, notamment avec le monde de l'assurance. "Pour éviter de déclencher une polémique sur le cumul interdit de sa fonction de ministre avec la présidence rémunérée d'un institut de réflexion", souligne l'AFP. "Il a été habitué à émarger à des conseils d'administration pendant des années, à toucher 15-18.000 euros par mois", note une source parlementaire LaREM. "Il pensait peut-être que ça passerait".

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