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Emmanuel Moulin à l'Elysée en avril 2024
Crédit : Ludovic MARIN / AFP
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Il flotte à l'Élysée un parfum de fin de règne. Le palais se vide, tandis que les conseillers préparent déjà leur avenir. Depuis le début de l'année, une dizaine de proches d'Emmanuel Macron ont choisi de quitter leurs fonctions pour de nouvelles opportunités publiques ou privées.
Dans ce contexte, le secrétaire général de l'Élysée, Emmanuel Moulin, proche du chef de l'État, s'active en coulisses pour décrocher la présidence de la Banque de France, après avoir quitté ses fonctions et été remplacé par Pierre-André Imbert.
Emmanuel Moulin a ainsi été auditionné par le ministre de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, aux côtés de deux candidats. Âgé de 57 ans, il affiche un parcours solide : conseiller économique du président Nicolas Sarkozy en 2009, directeur de cabinet de Bruno Le Maire en 2017, directeur du Trésor en 2020 puis directeur de cabinet du Premier ministre Gabriel Attal en 2024.
Un profil qui en fait l'un des favoris pour succéder à François Villeroy de Galhau, dont le départ anticipé, annoncé le 9 février pour juin 2026, a rebattu les cartes.
Mais la route est loin d'être dégagée. Certes, Emmanuel Macron veut le nommer mais le Parlement dispose d'un droit de veto sur cette nomination - il faut pour cela une majorité des trois cinquièmes. Un obstacle de taille pour le "bras droit" du président. Emmanuel Moulin a donc engagé une campagne active, sans attendre d'avoir quitté ses fonctions.
Depuis plusieurs semaines, il multiplie les rencontres avec des députés, des sénateurs, du PS à LR, des présidents de groupe mais pas que. Cette semaine encore, il a été aperçu dans les couloirs du Sénat. Depuis le début de cette campagne, il a notamment vu : les chefs de groupes socialistes Boris Vallaud et Patrick Kanner, les sénateurs LR Mathieu Darnaud, Bruno Retailleau et Jean-François Husson, Hervé Marseille (UDI), François Patriat (Renaissance) ou encore Claude Malhuret (Horizons).
Auprès des uns et des autres, il fait valoir son expérience, se présente en serviteur de l'État qui œuvrait déjà sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Il compte toutes les voix. "Il vend sa compétence, l’idée qu’il faut une politique monétaire qui se concentre sur la croissance et l’emploi", rapporte l'un de ses interlocuteurs.
"Il venait tester notre capacité à ne pas le considérer uniquement comme celui qui avait servi Bruno Le Maire et Emmanuel Macron", indique un autre Handicap de taille, après une série de nominations polémiques : "Chacun lui reconnaît l’expérience, les connaissances. Mais ce qui peut lui être reproché, c’est d’être le secrétaire général de l'Élysée. Il y a des gens qui peuvent voter contre lui pour s’opposer à Emmanuel Macron, à travers lui" poursuit un cadre du bloc central.
Le gouverneur de la Banque de France doit présenter une indépendance.
Éric Coquerel (LFI), président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale
À ce propos, Emmanuel Moulin a aussi vu Éric Coquerel, à l'Assemblée. Et sans surprise le président insoumis de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, rejette catégoriquement sa candidature. "Le gouverneur de la Banque de France doit présenter une indépendance. Il a alterné entre les cabinets de Bruno Le Maire, du Premier ministre, du président de la République. On ne peut pas vraiment parler d'indépendance de l'exécutif. C'est son défaut qui, pour moi, rend sa nomination impossible", affirme le député insoumis.
Malgré ces réticences, l'exécutif maintient son soutien à Emmanuel Moulin. "Il n'aurait pas démissionné de son poste de secrétaire général et ne se serait pas lancé là-dedans, s'il pensait que ça ne passait pas et qu'il risquait d'exposer le président", souffle l'un de ses partisans. L'Élysée, en tout cas, met le paquet. Comme révélé par Les Échos, des discussions informelles auraient même été engagées pour rallier certains sénateurs républicains (LR), avec en contrepartie l'attribution du poste de Défenseur des droits à l'un des leurs, François-Noël Buffet, en remplacement de Claire Hédon dont le mandat s'achève en juin.
Mais pas dit, pour autant que la totalité des troupes suive. "Emmanuel Moulin, c’est un beau cerveau. Mais le recyclage de ceux qui ont servi le pouvoir, tout ça, j’en ai un peu soupé", grince un sénateur LR. Un élu PS ajoute : "Il arrive dans un moment compliqué, y aura pas de cadeaux."
Les auditions au Parlement sont attendues dans la deuxième partie du mois de mai, selon un initié. Le futur gouverneur de la Banque de France, qui siégera au conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) aux côtés de ses homologues européens, exercera jusqu'en juin 2032.
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