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Emmanuel Macron embrasse un policier de la BRI, après l'avoir décor, le 21 avril 2026, en hommage aux policiers intervenus au Bataclan lors des attentats du 13 novembre 2015.
Crédit : Michel Euler / POOL / AFP
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Les remises de décorations s'enchaînent à l’Élysée, avec une dizaine de cérémonies depuis le début de l'année selon les informations de RTL. Souvent, elles ne figurent même pas à l'agenda officiel.
Dans la salle des Fêtes de l'Élysée, reconnaissable à ses dorures, ses murs gris perle et sa vue imprenable sur le jardin, se déroulent presque toutes ces cérémonies. C'est là que le président de la République prononce la formule consacrée : "Au nom de la République française, nous vous faisons chevalier de la Légion d'honneur".
Le décorum impressionne. Mardi 21 avril, le brigadier-chef Jo, accompagné de 58 autres membres des forces de l'ordre, a été honoré pour sa bravoure lors des attentats du Bataclan, le 13 novembre. Il évoque "un immense honneur" et "une grande fierté".
"La Légion d'honneur, c'est la plus belle des décorations. Surtout, emmener la famille ici à l’Élysée. C'est vraiment particulier. Ça fait vraiment plaisir", confie-t-il au micro de RTL.
Ces remises distinguent aussi bien des policiers intervenus lors d'événements tragiques que des médaillés olympiques ou encore des "héros du quotidien", selon l'expression employée par l'Élysée. Mais certaines cérémonies revêtent un caractère plus mondain.
Elles obéissent d'ailleurs à un protocole strict : des cérémonies collectives organisées par petits groupes et souvent thématiques (économie, culture, gastronomie). Parmi les exemples récents figurent les chefs Alain Ducasse et Anne-Sophie Pic - à qui le président a lancé "So pic, so chic" -, le boulanger Éric Kayser ou encore l'ancien footballeur Jean-Pierre Papin, à propos duquel le chef de l'État a déclaré : "Chacun de nous a quelque chose en lui de Jean-Pierre Papin".
Chaque récipiendaire peut inviter jusqu'à trente personnes, voire cinquante, moyennant un coût supplémentaire de 70 euros par invité. Comme le raconte un promu récent : "C'est pour contraindre un peu, parce que sinon, les gens se lâchent...". Certains décorés s'organisent entre eux pour optimiser leurs listes d'invités.
Comparée à d'autres institutions, la présidence se montre plus généreuse : elle prend en charge le coût des médailles, qui peuvent atteindre plusieurs centaines d'euros, contrairement à l'Assemblée nationale où le décoré finance l'ensemble de ses invités.
Les cérémonies individuelles, plus prestigieuses, sont réservées aux personnalités de haut rang. Elles sont entièrement personnalisées. En 2024, Bernard Arnault avait ainsi convié le pianiste Lang Lang pour interpréter du Chopin, en présence de figures internationales comme Beyoncé ou Elon Musk.
Plus récemment, des personnalités telles que Rodolphe Saadé, Guillaume Galienne, Jean-Paul Rouve, Haïm Korsia ou Nadia Murad ont bénéficié de cérémonies sur mesure.
Le degré ultime de distinction reste toutefois la remise dans l'intimité du bureau présidentiel. Bernadette Chirac a ainsi été décorée en toute discrétion, entourée de sa famille proche. Sébastien Lecornu, lui, a reçu sa décoration seul, uniquement en présence du président et de ses parents. "Il ne voulait pas de chichi", explique un soutien à RTL.
François Bayrou, en 2023, a même bénéficié d'un tête-à-tête strict avec le président : aucun invité, pas de discours, mais le privilège de l'intimité. Comme le glisse un familier du palais : "Des gens estiment que leur niveau les autorise à le demander".
Le président choisit seul les personnes qu'il décore personnellement, ce qui alimente une certaine critique d'un pouvoir aux accents monarchiques. "C'est le monarque qui décerne les récompenses. Il aime bien cette symbolique", souffle un proche, lui-même décoré.
Cette dimension symbolique ne date pas d'hier : dès sa création, la Légion d'honneur suscitait des débats. L'historien Bruno Fuligni le rappelle au micro de RTL : "Depuis le début, la Légion d'honneur a fait débat. Il y a eu un conseiller d'État très républicain qui s'est insurgé en considérant que la Révolution avait aboli les titres et avait ironisé sur ce hochet qu'on proposait. Et il y a eu une réponse célèbre de Napoléon Bonaparte : 'C'est par des hochets qu'on mène les hommes'".
Aujourd'hui encore, la distinction conserve une forte portée symbolique. Comme le défend Gaspard Gantzer : "La République aussi a sa mythologie. La bonne nouvelle, c'est qu'on dit que la République a perdu de son prestige, mais les gens sont toujours sensibles aux honneurs, ça fait toujours quelque chose".
Malgré une réduction du nombre de décorations sous Emmanuel Macron - divisées par deux par rapport à ses prédécesseurs - les candidatures restent nombreuses. "Certains se roulent par terre pour que ce soit le président qui les décore", affirme un fidèle. Un collaborateur renchérit : "Si on disait oui à tout, il y aurait des décorations tous les jours".
La dimension politique demeure malgré tout omniprésente, notamment lorsqu'il décore ses proches. Stanislas Guerini le reconnaît : "Quand on est président de la République et quand on décore, tout est toujours politique. C'est le cas avec Emmanuel Macron, comme ça a été le cas évidemment avec ses prédécesseurs".
Il ajoute : "On ressentait dans ce moment-là un moment où la fidélité aussi était récompensée d'une certaine manière. Et je pense que ça fait partie du sens politique qu'il donnait à ce moment. Forcément, il y a eu une part de message contre l'idée justement de l'esseulement du président de la République".
Lors de cette cérémonie, Emmanuel Macron a également déclaré : "L'avenir dure longtemps", une phrase interprétée par un invité comme un signal politique : "J'ai eu l'impression d'être à un meeting politique. C'est sa façon de dire, je suis là".
Enfin, un détail illustre ces enjeux : Gabriel Attal est le seul ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron à ne pas avoir été décoré par lui, malgré les usages. Une absence de distinction qui reflète une relation désormais distendue entre les deux hommes. Et des deux côtés, on confie que ce n'est pas au programme...
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