2 min de lecture Éducation nationale

Coronavirus : "Quelqu’un croit-il encore en l’école dans ce pays ?", s'interroge Polony

ÉDITO - Alors que de nombreux élèves n'ont pas encore repris le chemin de l'école, l'administration "invente des protocoles kafkaïens qui rendent impossible le retour en classe des élèves", selon Natacha Polony.

oeil monde - L'oeil de... Natacha Polony & Andréa Bescond & Philippe Caverivière & Olivier Mazerolle iTunes RSS
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L'oeil de... du 08 juin 2020 Crédit Image : JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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Natacha Polony Journaliste

On sent une impatience de plus en plus grande à voir reprendre une activité normale en France. Le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, lui-même plaidait dimanche pour un assouplissement du protocole sanitaire dans le temps périscolaire, à la cantine ou pendant la récréation. 

Il est plus que temps, à ceci près que, quand c’est Jean-François Delfraissy qui le dit, tout le monde se souvient que le même, le 11 mai, expliquait que le gouvernement allait trop vite et que les écoles devaient rester fermées jusqu’au mois de septembre. Et ce genre de déclaration a fait beaucoup de mal. 

Alors, bien sûr, début mai, on n’était pas complètement sûrs que les enfants étaient moins contagieux que les adultes. Mais du coup, tout s’est conjugué pour que ministère, collectivités locales, professeurs et parents fassent de l’école une simple option. 55 à 60% des enseignants sont revenus en classe, c’est déjà peu, mais ça se traduit par seulement 22% des élèves véritablement à l’école.

De la mauvaise volonté ?

Mais comment ça se joue ? Y'a-t-il de la mauvaise volonté de la part de certains ? C’est un cercle vicieux. Au départ, il y avait surtout la panique et des parents et des professeurs qui ont entendu le discours des autorités sanitaires, dramatique à souhait. Les parents sont réticents à renvoyer leurs enfants à l’école, beaucoup de professeurs ont peur. Mais vient se greffer là-dessus une bataille idéologique. 

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Pour certains syndicats, c’est l’occasion rêvée de mettre des bâtons dans les roues du ministre. Pour d’autres, ça permet de hurler que le méchant marché veut les sacrifier sur l’autel de l’économie. Ceux-là, on a envie de leur dire : mettez-vous deux secondes à la place d’un travailleur indépendant qui ne touche pas un centime quand son activité est à l’arrêt. Et là-dessus, l’administration fait ce qu’elle sait faire le mieux : elle invente des protocoles kafkaïens qui rendent impossible le retour en classe des élèves. 

Mais là, ça devrait s’arranger, on prévoit 80% des professeurs opérationnels dans les écoles d’ici la semaine prochaine. Sauf qu’il est trop tard. Matignon attend le 22 juin pour respecter à la lettre son plan. Donc il y aura au mieux deux semaines de classe. 

"Les élèves les plus fragiles ont totalement décroché"

Mais le plus frappant, dans toute cette histoire, c’est le mépris de l’école elle-même de la part d’à peu près tous les acteurs. Soyons clairs, les élèves les plus fragiles ont totalement décroché. On ne comprend pas comment le ministère a pu dire que c’était aux parents de décider. Si l’école est importante, ce sont les professeurs qui décident quels élèves doivent revenir en priorité en fonction de leurs besoins. Les psys ont parlé du besoin de socialisation des enfants. 

Et maintenant, on entend le Défenseur des droits expliquer qu’il faut rouvrir les écoles parce que la cantine est le seul lieu où les enfants de pauvres peuvent manger. Quelqu’un se soucie-t-il du fait que l’école est un lieu de transmission des savoirs, et que ces savoirs sont indispensables pour former des citoyens libres qui sauront se prendre en main lors de prochaines crises ? Quelqu’un croit-il encore en l’école dans ce pays ?

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