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Coronavirus : proche de Macron, comment Bayrou est passé d'allié à faiseur de rois

DÉCRYPTAGE - Dès les premières semaines de crise sanitaire, François Bayrou a marqué sa différence vis-à-vis des choix de l'exécutif et donc du président de la République. Une position qui tranche avec celle adoptée jusqu'à présent.

François Bayrou et Emmanuel Macron, le 13 janvier 2020
François Bayrou et Emmanuel Macron, le 13 janvier 2020 Crédit : REGIS DUVIGNAU / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Le quinquennat d'Emmanuel Macron entre dans sa dernière ligne droite. Ce n'est pas un secret que François Bayrou murmure à l'oreille du président depuis son entrée en fonction. Mais au fur et à mesure des années écoulées et des différents actes du mandat, le maire de Pau a pris un rôle de plus en plus conséquent. Une place de choix au sommet de l'État pour cet ancien candidat à l'élection présidentielle. 

Alors que le monde traverse la "crise la plus importante depuis deux siècles", le président du MoDem craint une "crise sociale" d'envergure en France. Et "il faut se préparer à ce risque" à travers un "état d'esprit non partisan qui écarte la guerre entre formations politiques", déclarait-il lors du Grand Jury RTL, Le Figaro, LCI.

En filigrane de l'actualité, François Bayrou alterne entre des déclarations dans les médias où il apporte son soutien au président et des prises de position à contre-courant de la doctrine gouvernementale. Allié de la première heure d'Emmanuel Macron, l'ancien ministre pourrait bien dépasser ce stade et devenir faiseur de rois. 

Un allié numérique à l'Assemblée

Au delà de conseiller le président de la République, François Bayrou a désormais le pouvoir de peser davantage sur la vie parlementaire, en tant que président du MoDem. La création d'un neuvième groupe à l'Assemblée a redistribué les forces au sein de l’hémicycle. Baptisé "Écologie Démocratie Solidarité", ce nouveau groupe est "indépendant", "ni dans la majorité, ni dans l'opposition". Mais ses membres sont principalement issus de La République En Marche. 

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Conséquence directe : le parti présidentiel perd sept de ses membres ou apparentés et tombe à 288 députés. C'est-à-dire juste sous le seuil de la majorité absolue (289 sièges) qu'il détenait jusqu'alors à lui seul.

Un symbole fort pour le groupe majoritaire qui désormais n'a d'autre choix que de s'appuyer sur les 46 députés MoDem et la dizaine d'élus Agir. Un calcul que s'est empressé de rappeler le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand. "La majorité a toujours la majorité", avec l'appui du MoDem. Si l'on en croit le discours officiel, pas question pour le parti centriste de jouer les faiseurs de rois. "Cela fait trois ans que le MoDem est un pilier stable et solide de la majorité. Cette stabilité et cette solidité, c'est notre nature", déclarait François Bayrou au Parisien.

Avec Macron, contre l'opposition sur les municipales

François Bayrou serait même devenu un interlocuteur privilégié d'Édouard Philippe. Selon l'entourage du premier ministre, "Édouard Philippe l'appelle très régulièrement pour le consulter, avoir son avis. C'est un partenaire à part entière de la majorité". Mais un poids lourd de la majorité confie de son coté au Parisien que "de toute façon, il n'a pas vraiment le choix. Bayrou était central. Il est maintenant incontournable".

Une position centrale qui donne donc à François Bayrou la possibilité de jouir d'une liberté de parole inédite et le maire de Pau le fait savoir. Tout a commencé avec le maintien polémique du premier tour des élections municipales. Le président du MoDem a accusé l'opposition d'avoir "manqué de civisme" en demandant le maintien du premier tour, alors que, selon lui, Emmanuel Macron était disposé à reporter le scrutin. Une façon de rappeler sa propre position en faveur du report du premier tour

Reste encore la question du second tour qui accentue la pression sur le gouvernement. Richard Ferrand plaide pour un report, quand François Bayrou, comme Édouard Philippe qui est impliqué personnellement au Havre, est favorable à un scrutin avant l'été.

Trouble-fête sur la réouverture des parcs

Autre sujet sujet à la fois sanitaire et politique : la réouverture des parcs et des jardins publics. François Bayrou a plaidé pour l'ouverture des parcs et jardins, y compris dans les départements classés rouges dont fait partie Paris. Des déclarations étonnantes alors que le gouvernement s'y refuse toujours.

L'ouverture des parcs et jardins à Paris est l'objet d'un bras de fer depuis le début du déconfinement entre la maire PS de Paris, Anne Hidalgo, favorable à la mesure et le gouvernement, qui la juge inopportune "compte tenu de la vivacité de la circulation du virus en région Île-de-France".

"Ça n'est pas la même chose d'être confiné dans une ville comme Pau qui est la ville de France qui a le plus d'espaces verts par habitant ou d'être confiné dans une toute petite surface et dans une ville qui n'offre pas beaucoup d'espace", a fait valoir le patron du MoDem sur Franceinter.

Sur le terrain et dans les hôpitaux

Cela fait donc quelques semaines que François Bayrou ne joue plus la carte du soutien de la majorité mais plutôt celle de l'opposition constructive. Alors que le gouvernement fait face à une gronde du personnel hospitalier concernant le versement de la prime de 1.500 euros, annoncée par Emmanuel Macron, le maire de Pau se lance à son tour dans la bataille. 

Mais là encore, ce ne sera pas dans les rangs de l'exécutif, mais bien dans ceux de l'opposition. L'hôpital de Pau a été exclu des zones pouvant bénéficier de la prime. Sur Twitter, il juge ce choix "inacceptable". "Notre hôpital a participé en première ligne à la campagne de lutte, recevant même des patients du Grand Est. Donc on va se battre !", a-t-il écrit le 16 mai dernier.

François Bayrou ne se cache plus pour souffler ses conseils à Emmanuel Macron. "Aujourd'hui, nous n'avons pas trouvé les moyens, (Emmanuel Macron) n'a pas trouvé les moyens de porter ce grand changement dont la France a le plus grand besoin", a déclaré ce proche du chef de l'État, qui a appelé à "une organisation différente qui fasse que le centre du pouvoir ait davantage confiance dans le terrain". Une ouverture qui pourrait ainsi lui bénéficier à deux ans de la présidentielle.

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