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Code du travail : "Une victoire à la Pyrrhus pour Macron", décrypte Olivier Bost

ÉDITO - Le mouvement des routiers contre la réforme du Code du travail a fait un flop lundi 25 septembre. Mais le gouvernement aurait tort de se réjouir trop vite.

Alba Ventura L'Edito politique Alba Ventura
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Code du travail : "Une victoire à la Pyrrhus pour Macron", décrypte Olivier Bost Crédit Image : AFP / LOIC VENANCE | Crédit Média : RTLnet | Date :
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Olivier Bost
Olivier Bost
et Loïc Farge

C'est un constat. Les manifestations contre la loi travail ont du mal à prendre. La rue, c'est déjà fini ? En tout cas, le pays n'est pas bloqué. Les pénuries d'essence, visiblement, ont plus été provoquées par ceux qui ont pris leur précaution et qui ont fait le plein que par les blocages de dépôts. Les forces de l'ordre sont très vite intervenues. La CGT promet déjà d'autres formes de mobilisation. Pour l'instant, ce n'est pas le grand bazar généralisé. Nous sommes encore loin du mouvement de masse qui va faire tâche d'huile.

C'est comme pour la manifestation de Jean-Luc Mélenchon samedi 23 septembre. Une belle démonstration de force, mais des seules forces de la France Insoumise. Pas au-delà. L'élan n'est pas là. D'ailleurs deux signes montrent bien les limites de la stratégie de Jean-Luc Mélenchon. D'abord, il a fait dans la surenchère verbale. Ensuite, il a appelé le week-end prochain à un concert de casseroles. Faire du bruit n'importe où, pour ne pas se faire complètement oublier. Voilà un bel aveu d’impuissance.

Une façon de négocier sans négocier

Le problème de l'opposition, façon France Insoumise, c'est qu'ils sont dans une revanche politique et qu'ils ont voulu créer un mouvement de contestation plutôt que de l'accompagner. C'est forcément un pari risqué. Pari perdu pour l'instant.

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Le gouvernement, d'un point de vue tactique, a-t-il fait un sans-faute ? Le calendrier était malin. Cette façon de négocier sans négocier, aussi. Le pouvoir n'a jamais montré le texte au complet aux syndicats, et il a su les diviser. Mais à la fin, il n'y avait plus que le patronat pour applaudir des deux mains. Même la CFDT est ressortie déçue, alors qu'il n’aurait pas forcément fallu grand-chose pour la satisfaire.

On vous passe la mise en scène des ordonnances, avec la signature en direct à la télé. C'était un peu grotesque, mais Emmanuel Macron ne peut s'en empêcher. Il faut qu'il montre qu'il est le chef, que c'est lui qui décide. Le seul problème c'est que lorsqu'on est le chef, normalement on n'a justement pas besoin de le montrer.

Macron est peut-être en train de gagner face à la rue, mais il n'a pas gagné la bataille de l'opinion

Olivier Bost
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Les Français ne montreraient donc pas beaucoup d'opposition à la réforme du Code du travail ? C'est plus compliqué que ça. Dans la rue comme dans les grèves, effectivement, ce n'est pas massif. Mais si on regarde bien les choses, à part quelques applaudissements d'organisation patronale, on ne peut pas dire que cette réforme ait emballé les foules. C'est ce que nous confiait un responsable de la majorité il y a dix jours : "Notre problème c'est que ça n'a pas donné d'élan réformateur, ni de choc de confiance".

La réforme du Code de travail apparaît déséquilibrée. C'est vrai que dans l'opinion, il n'y a aucune adhésion. Même après des mois de campagne présidentielle, après des mois de "pédagogie" comme ils disent, dans les sondages les chiffres sont têtus. Ils ne bougent pas. Majoritairement, les Français rejettent les principales mesures de la loi Travail. Le plafonnement des indemnités aux prud'hommes en est le plus bel exemple.

Une réforme qui n'a pas convaincu

En fait, les ministres comme les députés n'arrivent toujours pas à répondre à une question très simple : qu'est-ce que cette réforme apporte à un salarié, après avoir dit ce qu'il perdait ? La réponse passe par une très longue démonstration pour dire qu'au bout du bout, la souplesse apportera de l'emploi, qui apportera de la richesse qui profitera à tout le monde. La démonstration passe pour un jeune et pour quelqu'un au chômage. Mais pour un salarié en CDI aujourd'hui - c'est-à-dire pour la majorité des contrats encore aujourd'hui -, ce n’est pas évident du tout.

Emmanuel Macron est peut-être en train de gagner face à la rue (sauf étincelle, bien sûr), mais il n'a pas gagné la bataille de l'opinion. Cette première grande réforme, celle qui doit irriguer tout le quinquennat et qui doit aussi lancer toutes les autres, quel que soit l'importance des cortèges dans la rue, n'a pas convaincu. Pour l'instant, c'est plutôt une victoire à la Pyrrhus.

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2017-09-26 08:20:00
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