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Au PS dans le 93, un réseau d'élues est bien décidé à imposer la parité

REPORTAGE - Elles sont une quinzaine de militantes engagées au sein du Parti socialiste. Pour elles, la parité au sein du parti est devenue indispensable. Mais avant toute chose, elles ont décidé de préparer la base lors d'un atelier sur la prise de parole en public.

Parti socialiste (image d'illustration)
Parti socialiste (image d'illustration) Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Elles sont élues et militantes du Parti socialiste et veulent investir les postes de décision au sein du parti politique. "Les femmes PS du 93" ont formé un collectif et ont décidé d'interpeller les quatre candidats au poste de premier secrétaire du Parti socialiste sur la question de l'égalité femmes-hommes : Luc Carvounas, Olivier Faure, Stéphane Le Foll et Emmanuel Maurel.

À travers un texte signé par 150 militants, dont Ericka Bareigts, l'ancienne secrétaire d'État chargée de l'égalité réelle, elles demandent une répartition paritaire. Jointe par RTL.fr, Emma Antropoli, à l'origine de ce réseau, explique ne pas vouloir une parité numérique, mais une parité réelle "où les femmes sont présentes dans la direction du Parti socialiste et peuvent être tête de liste. Il y a toujours une bonne raison de ne pas mettre une femme à un poste de décision. Donc oui, nous voulons la moitié des places".

Bienveillance et sororité

Une entraide et une solidarité se sont ainsi rapidement développées au sein de ce réseau. "Ce réseau à vocation à durer, parce que nous ne faisons pas seulement des propositions, mais nous voulons permettre à toutes d'avoir les clés de l'émancipation et ça passe par la formation. La force du réseau c'est de dire qu'on est ensemble, qu'on a une forme de bienveillance et de sororité", ajoute-t-elle. 

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C'est donc pour cela qu'un atelier sur la prise de parole en public a été organisé, mardi 13 mars au Pré-Saint-Gervais, avec l'avocate pénaliste au barreau de Paris Martine Bouccara. Le rendez-vous était fixé à 19h30 au bar le Dorémi. 

Souvent, on parle et personne ne nous écoute. Donc on s'autocensure

Leila Slimane, conseillère municipale PS en charge de l'enfance à Pantin
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Leila Slimane, conseillère municipale PS en charge de l'enfance à Pantin, est arrivée parmi les premières. "Je suis dans ce réseau et présente dans cet atelier pour ne plus avoir peur de prendre la parole face à tous ces hommes, lors des assemblées générales et des réunions. Ils disent déjà tout et ne nous laissent pas nous exprimer". Et d'ajouter : "Surtout, je ne veux pas parler pour rien dire. Je veux qu'il y ait un sens et que ça apporte quelque chose de nouveau. Souvent, on parle en dernières et personne ne nous écoute. Donc c'est compliqué, on s'autocensure. Je ne suis pas très à l'aise pour prendre la parole. En petit comité, ça va mais quand il y a trop de monde je suis intimidée", explique-t-elle à RTL.fr.

Objectif : dédramatiser la prise de parole en public

Quinze femmes ont pris places autour des tables disposées en cercle, prêtes à avoir des astuces pour prendre la parole en public. La formation peut commencer. Pour Martine Bouccara, l'objectif de cette soirée est de "dédramatiser la prise de parole en public. Pour beaucoup c'est un obstacle, une peur et une phobie. Alors qu'avec quelques petites astuces, on peut passer ce cap et prendre sa place grâce à la parole", détaille-t-elle à RTL.fr

Comment va se dérouler ce cours ? "Aucune idée, lâche l'avocate en souriant. Je pense que l'interactivité est importante. Je ne vais pas venir ici pour parler de la prise de parole et la kidnapper. Je voudrais surtout faire le diagnostic de ce qui se passe, ensuite donner des idées et des expériences que j'ai eues et laisser la parole". 

Martine Bouccara commence par lister les manifestations physiques et psychiques de cette peur. "On transpire des mains, le rythme cardiaque s’accélère, la difficulté à respirer, les problèmes d'élocution, la peur que la voix ne sorte pas, l'angoisse, le stress...", énumère l'avocate pénaliste. Au fur et à mesure de cette liste, les regards se croisent dans la petite assemblée, certaines désignent leur camarade avec un regard complice, des rires sont lâchés. Toutes se reconnaissent. "C'est normal !, dit la coach de la soirée. C'est la peur du regard des autres". 

Silence, préparation et encore silence

Pour estomper ces différentes manifestations du stress, l'avocate donne quelques conseils à l'assistance. Conseil numéro 1 : "La maîtrise de la prise de parole, c'est la maîtrise du silence". "Ce n'est pas d'enchaîner des mots. Le stress fait parler vite et on parle en rafale. C'est la pire des choses. Il faut des silences sinon votre auditoire n'a pas le temps de digérer ce que vous dîtes. Il faut compter dans sa tête, trois secondes. Vous évoquez une idée et vous comptez jusqu'à trois. Et vous passez à la suivante. Dans votre tête, ça paraît long mais ça ne l'est pas. Ne pensez pas qu'on va vous reprendre la parole à cause de ce silence. Bien au contraire", dit Martine Bouccara. 

Conseil numéro 2 : la préparation "à 120%". "N'espérez pas que je vous dise que vous allez pouvoir aller en réunion la fleur au fusil. Il faut savoir où on est. Vous allez aller à un débat, par exemple. Ne me dites pas que vous ne connaissez pas l'ordre du jour à l'avance, que vous ne savez pas qui va y assister et la durée. Renseignez-vous en amont. Toute intervention doit être travaillée". Conseil numéro 3 : "Ne vous excusez pas avant de prendre la parole. D'ailleurs, on ne vous donne pas la parole, ne la demandez pas, vous la prenez".

Conseil numéro 4 : "Ayez une feuille sur laquelle vous avez noté votre première phrase. Vos idées principales en quelques tirets et votre dernière phrase. C'est comme un vol, c'est l'atterrissage et le décollage". Les questions fusent "et si on nous coupe la parole ?". Approbation générale dans la salle et c'est ainsi que Martine Bouccara donne son conseil numéro 5 : "Le silence". "La meilleure des leçons, c'est de ne rien faire et de ne rien dire. Vous arrêtez de parler net. Et vous verrez que les gens vont arrêter de bavarder. Le silence, ça impose. Vous ne bougez pas et vous attendez que le silence revienne".

Je voulais sentir que je n'étais pas toute seule à rencontrer certaines difficultés

Loline Bertin, conseillère nationale du Parti socialiste
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Une heure plus tard, l'atelier est fini et les sourires sont sur tous les visages. Pour Loline Bertin, 25 ans, conseillère nationale du Parti socialiste : "Je voulais sentir que je n'étais pas toute seule à rencontrer certaines difficultés. Je suis contente d'avoir des astuces concrètes et surtout de savoir d'où vient cette peur". Leila Slimane est contente de ces conseils. "C'était très bien. Ça m'a permis d'avoir des astuces et des outils. Ce que j'ai retenu, c'est la préparation du message avec des phrases courtes", explique-t-elle à RTL.fr. Dans ce réseau, plus généralement, "je me sens à l'aise. On est dans un environnement sécurisant". 

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2018-03-14 14:38:00
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