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Attentat à Nice : comment la fracture de l'unité nationale s'est accentuée après le 14 juillet

ÉCLAIRAGE - Quelques heures après le massacre de la Promenade des Anglais, les réactions politiques se sont enchaînées pour dénoncer la politique du gouvernement.

Bernard Cazeneuve, Manuel Valls, Nicolas Sarkozy et Christian Estrosi
Bernard Cazeneuve, Manuel Valls, Nicolas Sarkozy et Christian Estrosi
Crédit : AFP
Marie-Pierre Haddad

Vendredi 15 juillet. La France se réveille meurtrie par l'attentat perpétré la veille sur la Promenade des Anglais par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Alors que le bilan du nombre de victimes s'alourdit, un concert de critiques est émis de la part de l'opposition à l'encontre du gouvernement et de sa politique de lutte contre le terrorisme. Au micro de RTL, Alain Juppé a déclaré que "si tous les moyens avaient été pris, le drame n'aurait pas eu lieu (...) Il faut prendre toutes les mesures nécessaires pour intensifier notre lutte contre la guerre qui nous a été déclarée par l'État islamique".

L'ancien maire de la ville, Christian Estrosi, expliquait que "pour l'instant, l'heure est au deuil mais je sens en moi une colère qui monte. J'ai au fond de moi une cicatrice irréversible, une souffrance épouvantable. Je la surmonte pour accompagner ces familles dont la souffrance est irréparable. J'ai trop vu de papas, de mamans, d'enfants, s'effondrer dans mes bras cette nuit. Les Niçois, les Français, sont en droit d'attendre des réponses très claires de la part du gouvernement".

Henri Guaino, l'ancienne plume de Nicolas Sarkozy, a aussi attaqué le gouvernement en assurant qu"'il suffit de mettre à l'entrée de la Promenade des Anglais un militaire avec un lance-roquettes et puis il arrêtera le camion de 15 tonnes".Contrairement aux attentats du 13 novembre, l'unité nationale ne s'est pas mise en place au sein de la classe politique. Invité du journal télévisé de 20 heures sur TF1, Nicolas Sarkozy a même été jusqu'à affirmer que "tout ce qui aurait dû être fait depuis dix-huit mois ne l'a pas été". Réponse immédiate de Manuel Valls et de Bernard Cazeneuve : "Aucun gouvernement n'a fait autant jusqu'à présent pour lutter contre le terrorisme".

Un silence voulu de la part du gouvernement

Au micro de RTL, la ministre de la Santé, Marisol Touraine prend la défense du gouvernement et regrette l'emploi de mots tels que "mensonges d'État, comme a pu le dire Christian Estrosi. "L'ancien maire de Nice a été outrancier et l'ancien président, Nicolas Sarkozy, n'a pas été à la hauteur des fonctions auxquelles il prétend. Être un responsable, c'est ne pas céder, ne pas être emporté par la spirale de l'outrancier".

Dans un entretien à Metronews, le politologue Thomas Guénolé considère que c'est "la création de la commission d'enquête parlementaire sur les attentats de 2015 (que Nicolas Sarkozy a réclamée en premier) qui a 'brisé un tabou'. 'Le rapport de Georges Fenech (LR) a libéré la parole politique sur les défaillances et les problèmes d'organisation dans les services de police et de renseignement. Donc les ténors de la droite ont à la fois la légitimité et les arguments pour attaquer le gouvernement sur son bilan antiterroriste'".

Selon un dirigeant socialiste, cité dans Libération, "les seuls à pouvoir les faire perdre, c'est le FN : il ne faut donc lui laisser aucun espace", avant de reconnaître "nous aussi, on a creusé ce sillon avec notre délire identitaire". De son côté, l'Élysée se cloître dans le mutisme. Une stratégie bien précise se cache derrière ce silence. C'"est intentionnel : laisser les loups hurler entre eux pour souligner la médiocrité de la droite. Mais vu l'état du pays, pas certain que cela fonctionne", explique un pilier de l'Assemblée nationale dans les colonnes du quotidien.

Il ne faut pas confondre la foule et le peuple !

Manuel Valls

Cependant, ce silence laisse place à l'épuisement crié par les internautes. Quelques heures après l'attentat et la déclaration de François Hollande au petit matin, les réactions s'enchaînent sur les réseaux sociaux pour apporter un soutien et rendre hommage aux victimes. Mais la fatigue, l'épuisement et la tristesse se font sentir dans les commentaires. La colère ne désenflera pas et ira même jusqu'à se manifester, lundi 18 juillet sur la Promenade des Anglais, lors de la minute de silence. "Démission", "assassins", huées… Manuel Valls a essuyé les critiques de la foule présente à Nice. Mais le gouvernement poursuit sa stratégie et souhaite mettre en avant l'action du gouvernement. "Je ne laisserai pas dire que 'l'ensemble de la classe politique' se comporte mal. Nous sommes dans la dignité. Celle que nous devons aux Français et au peuple. Et il ne faut pas confondre la foule et le peuple !", a déclaré le Premier ministre ce mardi 19 juillet. 

Un débat amené à se "durcir"

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Il adresse ensuite, à l'Assemblée nationale, un tacle direct à Nicolas Sarkozy : "Quand on dit que 'tout n'a pas été fait', cela donne le sentiment que la police n'a pas fait ce qu'il fallait faire, que le ministre de l'Intérieur n'a pas fait ce qu'il fallait, donc que le gouvernement et le Premier ministre n'ont pas fait ce qu'il fallait.... et on s'étonne après que les gens soient en colère et hurlent ?", a-t-il lancé, selon des propos rapportés. "Sauf à dénoncer comme certains élus présents, une 'manipulation' du Front national, l'épisode illustre l'humeur d'une opinion passée du chagrin à la colère", analyse Libération.

Le débat sur la lutte contre le terrorisme ne fait que commencer, selon l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy Thierry Saussez, contacté par Metronews : "Le débat va se durcir au fur et à mesure que l'on se rapprochera de l'élection présidentielle (...) Sur ce plan, Alain Juppé a peut-être un rattrapage à effectuer. Le gouvernement a, lui, tout intérêt à jouer la carte de l'unité nationale au moment où il perd la confiance des Français".

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