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Alexandre Benalla : retour sur un an de révélations et de contradictions

RÉCIT - Il y a un an, jour pour jour, l'affaire Benalla éclatait. Depuis, les rebondissements judiciaires et les polémiques n'ont pas cessé d'alimenter ce dossier.

Un "gilet jaune" avec un masque à l'effigie d'Alexandre Benalla Crédit : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Un dossier tentaculaire dont les conclusions n'ont toujours pas été rendues publiques. Les révélations sur Alexandre Benalla se suivent mais ne se ressemblent pas. Depuis un an, cette affaire n'en finit pas d'empoisonner l'exécutif. Partie de révélations du Monde le 18 juillet 2018, elle a connu de nombreux rebondissements.

L'association anticorruption Anticor a une nouvelle fois déposé une autre plainte contre Alexandre Benalla pour "corruption passive". L'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron aurait eu certaines activités parallèles, alors qu'il travaillait à l'Élysée. La plainte concerne surtout des liens tissés avec un oligarque russe. Relation allant jusqu'à faciliter la signature d'un contrat avec une société de sécurité privée. L'association reproche également à Alexandre Benalla d'avoir perçu "d'importantes sommes d'argent en contrepartie de prestations aux contours douteux". 

Un an après les premières révélations, Alexandre Benalla raconte sa nouvelle vie au Nouvel économiste. Désormais chef d'entreprise, il raconte : "J’avais la volonté de devenir entrepreneur pour concilier mes trois passions : l’aventure, la sécurité et l’intelligence économique, et l’Afrique". Sur les affaires en cours, l'ancien chargé de mission confie : "Si c'était à refaire, au vu du tort que cela a causé, je serais resté chez moi le 1er mai".

La Contrescarpe, le 1er mai 2018

Il s'agit de la première enquête ouverte par le parquet de Paris le 19 juillet 2018. La veille, Le Monde révélait des informations sur les violences supposées commises par Alexandre Benalla le 1er mai, place de la Contrescarpe à Paris. Rapidement élargie aux faits de détournements d'images de vidéo-surveillance, elle a été confiée à des juges d'instruction trois jours plus tard. 

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Cinq personnes sont mises en examen dans cette instruction, dont Alexandre Benalla notamment pour "violences en réunion" et "port public et sans droit d'insignes réglementés". Présent à ses côtés le 1er mai, l'ex-salarié de la République en marche Vincent Crase est notamment poursuivi pour "violences en réunion" et "port prohibé d'une arme de catégorie B". 

Trois policiers, soupçonnés d'avoir remis à Alexandre Benalla des images de vidéo-surveillance de la place de la Contrescarpe sont eux mis en examen pour "détournement d'images issues d'une vidéo protection" et "violation du secret professionnel"

En août, les investigations ont été élargies à d'autres soupçons de violences, commises également le 1er mai au jardin des Plantes, qui valent une autre mise en examen à l'ancien chargé de mission de l'Élysée. Un troisième volet dans cette enquête concerne le selfie qu'il a pris avec une arme durant la campagne présidentielle de 2017.  

Les passeports diplomatiques : l'affaire de Noël

Le 29 décembre, le parquet de Paris a annoncé l'ouverture d'une autre enquête, après des informations de Mediapart affirmant qu'Alexandre Benalla avait continué à voyager avec des passeports diplomatiques après son licenciement de l'Élysée l'été dernier

Des juges d'instruction ont mis en examen Alexandre Benalla le 18 janvier pour "usage public et sans droit d'un document justificatif d'une qualité professionnelle".  

Les enregistrements en début d'année

Un mois après les révélations sur les passeports, Mediapart dévoile de nouvelles informations. Le 31 janvier, le site d'investigation publie des enregistrements clandestins d'une conversation entre Alexandre Benalla et Vincent Crase datée du 26 juillet, soit quatre jours après leur mise en examen et en violation de leur contrôle judiciaire. C'est pour avoir enfreint ce contrôle judiciaire que les deux hommes ont été écroués.  

Le 4 février, le parquet de Paris ouvrait une enquête pour "atteinte à l'intimité de la vie privée" et "détention illicite d'appareils ou de dispositifs techniques de nature à permettre la réalisation d'interception de télécommunications ou de conversations". Elle a notamment donné lieu à une tentative de perquisition dans les locaux du site d'informations

Les contrats russes

Sous l'égide du parquet national financier (PNF), un contrat passé entre l'entreprise de Vincent Crase et un sulfureux oligarque russe fait également l'objet d'investigations. Toujours selon Mediapart, l'enquête porte notamment sur des faits de "corruption" présumée

Alexandre Benalla est soupçonné d'avoir joué le rôle d'intermédiaire entre Vincent Crase et Velours, une société de sécurité ayant assuré la sous-traitance d'un contrat conclu pour assurer la "protection rapprochée de la famille d'Iskander Makhmoudov". Ce milliardaire, à la tête d'un empire industriel en Russie, est présenté par la justice espagnole comme faisant partie d'une puissante organisation criminelle.  

Selon une source proche de la société Velours, Vincent Crase aurait par ailleurs imposé les cinq collaborateurs chargés de la protection du milliardaire, parmi lesquels figuraient le sergent-chef Chokri Wakrim, compagnon de la cheffe du groupe de sécurité du Premier ministre (GSPM) Marie-Elodie Poitout. 

Deux transferts d'argent entre Benalla et Crase

En parallèle, Alexandre Benalla a éveillé l'attention de Tracfin, la cellule anti-blanchiment de Bercy, pour avoir reçu pour 18.500 euros de chèques de son ami Vincent Crase avant et pendant la présidentielle de 2017, selon une note dont a eu connaissance l'AFP.  

Cette note est depuis peu dans les mains des juges d'instruction parisiens en charge du dossier. En passant à la loupe les trois comptes bancaires d'Alexandre Benalla sur la période de janvier 2016 à octobre 2018, les enquêteurs de Bercy ont remarqué deux chèques signés de Vincent Crase, pour un total de 18.500 euros, selon cette note dont a eu également connaissance L'Obs.

À quoi correspondent ces transferts d'argent entre les deux amis de dix ans, qui suscitent des interrogations sur leurs liens financiers ? Le premier chèque daté du 21 juin 2016 porte sur une somme de 8.000 euros. À l'époque, les deux amis ne sont pas encore au service de la sécurité de la campagne d'Emmanuel Macron. Tout deux évoluent en revanche de longue date dans la protection privée.

Le second dépôt, de 10.500 euros, intervient le 21 février 2017, cette fois en pleine campagne présidentielle. Alexandre Benalla est alors embauché depuis l'automne 2016 par le mouvement En Marche ! pour assurer la sécurité d'Emmanuel Macron, avec un salaire de 3.500 euros nets

Dissimulation de preuves ?

C'est la dernière enquête en date. Le 15 février, le parquet de Paris a lancé des investigations pour "entrave à la manifestation de la vérité" pour déterminer s'il y a pu avoir des dissimulations de preuves dans le cadre des différentes enquêtes déjà ouvertes. 
Les investigations portent notamment sur le mystérieux coffre-fort que l'ex-chargé de mission à l'Élysée possédait à son domicile pour stocker ses armes.

Emmanuel Macron a-t-il minimisé ?

Dans le livre Benalla, la vraie histoire, la journaliste Sophie Coignard relate le moment où celui qui est à l'époque chargé de mission à l'Élysée, va demander une "médaille" après l'épisode de la Contrescarpe le 1er mai 2018. Invitée à l'antenne de RTL mercredi 5 juin 2019, Sibeth Ndiaye indique que "c’est une évidence que c’est choquant, il n'y a même pas de discussion à avoir. Le fait qu’il se soit retrouvé à la Contrescarpe n’était pas acceptable. Ce n'était pas l’attitude qui devait être attendue de quelqu'un qui travaille à la présidence de la République", explique la porte-parole du gouvernement. 

Sur RTL, Brigitte Macron a reconnu que l'entourage du président avait "certainement minimisé" l'affaire Benalla. "Personnellement j'ai été étonnée de l'ampleur qu'elle a prise", souligne l'épouse du chef de l'État. "Peut-être aurait-il fallu dire tout de suite : 'il y a un problème'. Mais ce n'est pas si facile parce que c'est de l'humain. Les gens qui travaillent avec nous, du jour au lendemain vous ne pouvez pas leur dire : 'non vous travaillez pas avec nous'". 

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