4 min de lecture Agression antisémite

Affaire Sarah Halimi : Emmanuel Macron souhaite un changement de loi

Dans un entretien au "Figaro", Emmanuel Macron a indiqué souhaiter que "le garde des Sceaux présente au plus vite un changement de la loi".

Emmanuel Macron, le 2 avril 2021
Emmanuel Macron, le 2 avril 2021 Crédit : JEFF PACHOUD / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Vers un changement de loi ? C'est dans ce sens qu'Emmanuel Macron s'est exprimé sur l'affaire Sarah Halimi, sexagénaire juive tuée en 2017 à Paris. "Décider de prendre des stupéfiants et devenir alors 'comme fou' ne devrait pas à mes yeux supprimer votre responsabilité pénale. Sur ce sujet, je souhaite que le garde des Sceaux présente au plus vite un changement de la loi", a déclaré le chef de l'État au Figaro

Cette déclaration intervient alors que la Cour de cassation a confirmé l'irresponsabilité pénale du meurtrier de Sarah Halimi, tout en entérinant le caractère antisémite du crime. 
"Il ne m'appartient pas de commenter une décision de justice, mais je voudrais dire à la famille, aux proches de la victime et à tous nos concitoyens de confession juive qui attendaient ce procès, mon chaleureux soutien et la détermination de la République à les protéger", a ajouté Emmanuel Macron

La décision de la Cour de cassation mercredi ne remet pas en cause l'hospitalisation psychiatrique du meurtrier, fort consommateur de cannabis depuis l'adolescence, ordonnée par la justice. Mais elle signifie qu'il n'y aura pas de procès, ce qui a suscité déception et colère de représentants de la communauté juive

Des faits qui remonte à avril 2017

L'affaire, qui suscite la controverse depuis quatre ans en France et en Israël, notamment sur l'antisémitisme qui imprégnerait certains quartiers populaires, remonte au 4 avril 2017. Cette nuit-là, Kobili Traoré, 27 ans, de confession musulmane, fait irruption chez sa voisine de 65 ans, Lucie Attal aussi appelée Sarah Halimi. Aux cris de "Allah Akbar", il la roue de coups en récitant des versets du Coran, avant de la jeter par-dessus le balcon de leur HLM de Belleville, dans l'est de Paris. 

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D'un côté, un bras de fer s'engage entre le parquet de Paris et la juge d'instruction sur le caractère antisémite du geste, finalement retenu par la magistrate en 2018. De l'autre, sept experts examinent successivement Kobili Traoré : à l'unanimité, ils concluent que le jeune homme était en proie à une "bouffée délirante"

Réactions de la classe politique

Après un débat public, la cour d'appel de Paris, le 19 décembre 2019, avait déclaré Kobili Traoré irresponsable pénalement, et ordonné son hospitalisation assortie de mesures de sûreté pour 20 ans. Cette décision avait fait scandale, suscitant de vives réactions politiques. "Le besoin de procès est là", avait alors commenté le président Emmanuel Macron depuis Jérusalem, récoltant une rare mise au point des deux plus hauts magistrats français sur l'indépendance de la justice

Cette décision de justice a déclenché de nombreuses réactions au sein de la classe politique française. Manuel Valls a estimé que la décision de la Cour de cassation de ne pas traduire en justice le meurtrier de Sarah Halimi laissait "un goût profondément amer, d'incompréhension". Sur radio J, Manuel Valls a indiqué : "Bien sûr, il faut juger en droit mais la justice doit pouvoir aider à comprendre ce qui s'est passé, réparer les douleurs et précisément rendre justice. Et dans ce cas-là, elle ne rend pas justice", "elle ne répare pas la douleur de la famille Halimi et de tous ceux qui considèrent à juste titre que c'est un crime antisémite". 

Invité du Grand Jury RTL, Le Figaro, LCI, Julien Bayou a expliqué "comprendre l'émoi de la famille". "Il y a un vieux principe dans notre droit, c'est qu'on ne juge pas les fous (...) C'est fondamental, sinon c'est la barbarie. Si vous pouvez jugez quelqu'un qui ne savait pas ce qu'il faisait, nous ne sommes plus dans une justice du XXIème siècle", a déclaré le secrétaire national d'EELV. Et d'ajouter : "Plutôt que d'hurler avec les loups, et je comprends l'émoi de la communauté juive (...), on doit conserver ce principe".

Un "délire persécutif polymorphe, à thématique mystique"

Le 3 mars, devant la Cour de cassation, les avocats de la famille Halimi avaient demandé de retenir la responsabilité du jeune homme, compte tenu de son intoxication volontaire. À l'inverse, la défense et l'avocate générale avaient défendu la nécessité de maintenir une distinction entre l'ivresse, causée par la prise volontaire de psychotropes (alcool, cannabis...), aux effets prévisibles, et le trouble psychiatrique inattendu. L'ivresse laissant une part de discernement, tandis que le trouble l'abolit. 

"Aucun élément du dossier n'indique que la consommation de cannabis par l'intéressé", dont c'était la première crise, "ait été effectuée avec la conscience que cet usage de stupéfiants puisse entraîner une telle manifestation" psychique, a répondu ce mercredi la Cour de cassation. 

Les dispositions de la loi actuel "ne distinguent pas selon l'origine du trouble psychique ayant conduit à l'abolition de ce discernement", écrit la Cour, écartant l'hypothèse de retenir une responsabilité pour une faute antérieure au trouble délirant. Sur le caractère antisémite, la Cour de cassation a validé les décisions antérieures, fondées sur les conclusions du docteur Daniel Zagury : selon le médecin-expert, Kobili Traoré avait été pris d'un "délire persécutif polymorphe, à thématique mystique", lors duquel "le simple préjugé" antisémite s'est transformé "en conviction absolue"

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