5 min de lecture François Fillon

Affaire Fillon : 4 questions pour comprendre les derniers rebondissements

ÉCLAIRAGE - L'ex-procureure nationale financier s'est émue, devant une commission parlementaire, du "contrôle très étroit" qu'aurait exercé le parquet général, son autorité de tutelle directe, dans la conduite des investigations lancées en 2017.

>
Fillon : que change les déclarations d'Éliane Houlette à l'affaire ? Crédit Image : Martin BUREAU / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
Marie-Pierre Haddad
et AFP

Une enquête conduite sous "pression". Alors que le procès est passé et que le jugement dans l'affaire Fillon sera rendu dans une semaine jour pour jour, les propos d'une magistrate sèment le doute. La droite demande des comptes. Emmanuel Macron, lui-même, s'en mêle puisqu'il a saisi le Conseil supérieur de la magistrature. 

Tout est parti des propos d'Éliane Houlette qui dirigeait à l'époque le parquet national financier. Elle affirme aujourd'hui avoir reçu des pressions pour accélérer la procédure. Ses déclarations à propos de l'affaire Fillon ont d'ailleurs relancé le débat sur l'indépendance de la justice et les appels à réformer le parquet

Interrogée sur l'indépendance du parquet, Nicole Belloubet redit être "favorable" à ce que les magistrats du parquet soient nommés sur avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature, comme les juges. Emmanuel Macron avait annoncé une réforme en ce sens, mais celle-ci a été repoussée sine die. 

1. Des "pressions" pour accélérer la procédure ?

L'ex-procureure nationale financier Éliane Houlette, à la retraite depuis un an, s'est émue le 10 juin devant une commission parlementaire du "contrôle très étroit" qu'aurait exercé le parquet général, son autorité de tutelle directe, dans la conduite des investigations lancées en pleine campagne présidentielle de 2017. Ella a notamment évoqué "des demandes de transmission rapide" sur les actes d'investigation ou les auditions et a révélé avoir été convoquée par le parquet général qui plaidait pour que l'enquête soit confiée à un juge d'instruction. "On ne peut que se poser des questions, c'est un contrôle très étroit et c'est une pression très lourde", a-t-elle dit. 

À lire aussi
François et Penelope Fillon, le 24 février 2020 justice
Affaire Fillon : "La justice a fonctionné de façon indépendante", estime le CSM

Éliane Houlette avait réaffirmé avoir décidé en janvier 2017, en toute indépendance, d'ouvrir une enquête visant les époux Fillon après des soupçons d'emplois fictifs révélés par Le Canard Enchaîné. Cette enquête, lancée en pleine campagne présidentielle et au moment où François Hollande était président, avait empoisonné la candidature de François Fillon à l'Élysée et conduit au printemps 2020 à son procès en correctionnelle aux côtés notamment de son épouse Penelope. Le jugement est attendu le 29 juin

Vendredi 19 juin, l'ancienne cheffe du parquet national financier a précisé que les pressions mentionnées ne portaient "pas sur les faits reprochés à François Fillon ni sur le bien-fondé des poursuites", mais "étaient d'ordre purement procédural". "François Fillon n'a pas été mis en examen à la demande ou sous la pression du pouvoir exécutif", a-t-elle insisté. 

Nouveau rebondissement mardi 23 juin : la défense de l'ex-Premier ministre a demandé au tribunal de rouvrir les débats pour faire la lumière sur les "pressions" qu'aurait subies la procureure nationale financière au moment de l'enquête. 

"Nous venons de saisir ce jour la 32ème chambre du Tribunal correctionnel de Paris d'une demande de réouverture des débats afin que les événements récents puissent être discutés entre toutes les parties", ont annoncé dans un communiqué transmis à l'AFP Mes Antonin Lévy, Pierre Cornut-Gentille et Jean Veil, qui dénoncent depuis plus de trois ans une "enquête folle" et menée "à charge". 

2. Quelles réactions chez LR et le reste de la classe politique ?

Ces déclarations ont depuis suscité de nombreuses accusations d'"instrumentalisation". L'ancien ministre LR Brice Hortefeux a estimé qu'il y avait "des arrière-pensées très politiques" dans l'enquête sur François Fillon. "Ce n'est pas une enquête banale (...) il y avait des arrière-pensées qui étaient des arrière-pensées très politiques", a déclaré sur LCI l'eurodéputé et ancien ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy, en qualifiant de "stupéfiantes" les déclarations de la magistrate

Le chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a vu dans les déclarations d'Éliane Houlette la "preuve" d'"intrigues politiques" dont il estime aussi avoir été victime. "Et dire que lorsque nous dénonçons l'instrumentalisation de la justice, certains nous traitent de complotistes... La vérité éclate et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg", a commenté Marine Le Pen sur Twitter. 

Emmanuel Macron a demandé au Conseil supérieur de la magistrature de vérifier que le parquet national financier a bien mené en "toute sérénité, sans pression" de l'exécutif son enquête sur les époux Fillon pendant la campagne présidentielle de 2017. Le chef de l'État a décidé d'intervenir, explique l'Élysée, au vu de "l'émoi" suscité par des déclarations de l'ancienne cheffe du PNF qui a dit avoir mené une enquête sous la "pression" du parquet général, son autorité de tutelle. Emmanuel Macron veut "lever tout doute sur l'indépendance et l'impartialité de la justice dans cette affaire", selon l'Élysée.

3. Quelle réponse de la procureure générale de Paris ?

Directement mise en cause, la procureure générale de Paris Catherine Champrenault dit, dans un message transmis à l'AFP, "regretter que ce qui est le fonctionnement régulier du ministère public soit assimilé à des pressions". 

La procureure générale de Paris "déplore que ce qui relève du fonctionnement interne et habituel du ministère public puisse être présenté comme des pressions de quelque nature que ce soit sur la conduite judiciaire du dossier" Fillon, affirme un communiqué du parquet général de Paris, après des propos de Mme Houlette évoquant des "pressions" de sa hiérarchie, d'ordre "procédural".  

"À la suite des divers commentaires relatifs au traitement de l'affaire" Fillon, la procureure générale "rappelle que son action s'est toujours inscrite dans l'exercice de ses prérogatives légales de veiller à l'application de la loi et au bon fonctionnement des parquets placés sous son autorité", poursuit le communiqué. "Il convient de rappeler que début février 2017, la compétence du parquet national financier a fait l'objet d'une contestation de la part des avocats des époux Fillon, eu égard notamment à la qualification de détournement de fonds publics retenue", souligne le parquet général. 

4. Quel impact sur l'enquête dans l'affaire Fillon ?

Ces révélations changent-elles le fond du dossier de l'affaire Fillon ? "Non, selon Cindy Hubert, journaliste au service police-justice à RTL. D'ailleurs Éliane Houlette l'a répété plusieurs fois devant la commission parlementaire : la magistrate n'avait aucun doute sur le bien fondé de l'enquête".

"Si le parquet général l'a convoquée, ce n'était pas pour la faire flancher, dit-elle, sur les faits reprochés à François Fillon mais pour la pousser à confier l'enquête à un juge d'instruction. Le seul à même de signifier des mises en examen. C’est effectivement ce qui est arrivé quelques jours plus tard, le tempo s'est subitement accéléré, une information judiciaire a été ouverte. Mais uniquement parce que c'était la seule solution pour éviter qu'une partie des faits soient prescrits. C'est en tous cas ce qu'explique Éliane Houlette", ajoute Cindy Hubert. 

Autrement dit, s'il y a eu pression, s'il y a eu désaccord pendant un temps sur le choix procédural, "cela ne remet pas en cause la gravité des faits reprochés au couple Fillon, à savoir des décennies d'emplois fictifs, un million d'euros d'argent public détourné, selon les juges d'instruction", conclut-elle.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
François Fillon Penelope Fillon Les Républicains
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants