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Le phénomène El Niño s'intensifie : quelles conséquences pour la France ?

El Niño revient en force et pourrait se combiner au réchauffement climatique. Un scénario à surveiller de près pour la France, même si les effets météorologies sont plutôt moindres en Europe.

Un agriculteur récolte du maïs ravagé par la sécheresse à Tecoluca, dans le département de San Vicente, au Salvador, le 26 août 2026.

Crédit : Marvin RECINOS / AFP

Juliette Vignaud

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Il pourrait être "le plus puissant" depuis quatre décennies. L'épisode actuel d'El Niño s'est solidement installé et va devenir un phénomène de très forte intensité dans les mois à venir, a mis en garde l'Organisation météorologique mondiale de l'ONU (OMM). 

Des répercussions importantes sur les régimes de températures et de précipitations, ainsi que sur les risques d'inondations, de sécheresses et de chaleurs extrêmes sont à prévoir. Si chaque El Niño est différent, le phénomène a historiquement provoqué ou intensifié des sécheresses et risques d'incendies dans certaines régions de l'Amazonie, d'Amérique centrale, d'Indonésie et d'Australie, des perturbations de la mousson en Inde ou des pluies diluviennes dans l'est de l'Afrique. 

L'Europe n'est pas en première ligne directe comme l'Amérique du Sud ou l'Asie. Pour autant, l'effet "domino" atmosphérique va perturber le jet-stream de l'Atlantique Nord, et entraîner des conséquences économiques et climatiques.

Un "bouclier" atmosphérique qui protège la France à court terme

El Niño est un phénomène naturel qui revient tous les deux à sept ans. Les eaux de surface dans le centre et l'est du Pacifique équatorial se réchauffent à partir du printemps, ce qui entraîne les mois suivants des modifications majeures des régimes de vents, de pression et de précipitations à l'échelle mondiale.  

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Il se forme donc dans l'océan Pacifique, à des milliers de kilomètres de nos côtes. Pour propager ses anomalies météo à travers la planète, il utilise des couloirs de circulation atmosphérique, au premier rang desquels le courant-jet (jet-stream), ce vent très puissant qui circule à haute altitude. Mais si ce flux transporte les perturbations directement vers l'Amérique ou l'Asie, le continent européen se trouve, lui, trop éloigné de ces grands points d'entrée.

"C'est à travers le courant-jet atmosphérique que les effets d'El Niño peuvent avoir lieu dans les hautes latitudes. Mais d'une manière générale, les effets directs sur l'Europe sont faibles", explique à RTL.fr Laurent Li, chercheur CNRS au Laboratoire de météorologie dynamique.

Quelques perturbations peuvent toutefois s'infiltrer par des points de passage précis : "L'un des chemins se situe au niveau de l'Afrique centrale, qui peut introduire des sources de perturbations directement dans le courant-jet qui les propage ensuite sur l'hémisphère Nord", précise le scientifique. 

Selon Adam Scaife, responsable des prévisions de long terme au Met Office britannique, des perturbations se feront sentir jusqu'au Royaume-Uni. "Nous décelons d'ailleurs déjà des signes annonçant une intensification des précipitations et des tempêtes ici, au Royaume-Uni, vers le mois de novembre", tout comme dans toute l'Europe du nord-ouest, a indiqué l'expert sur la BBC, relayé par l'Agence France-Presse. 

Un cumul avec le réchauffement climatique

La situation pourrait se compliquer pour la France après le pic d'intensité, prévu en hiver. Lorsqu'El Niño commence à s'éteindre dans le Pacifique, il laisse derrière lui une "onde de choc" qui finit par se répercuter sur les autres océans. "L'Atlantique Nord et tropical peut donc indirectement faire sentir l'effet d'El Niño à l'Europe, mais c'est plutôt pour les saisons qui suivent le pic en hiver", souligne Laurent Li. 

C'est donc au printemps et à l'été prochains que les contrecoups pourraient être ressentis sur la météo européenne, d'autant que l'Atlantique est déjà anormalement chaud à cause du réchauffement climatique. "Actuellement, l'Atlantique Nord est anormalement chaud, surtout sur la côte européenne. La Méditerranée aussi, des records de chaleur y ont été enregistrés. Une des causes de ces vagues de chaleur marine est attribuable au réchauffement global", alerte le chercheur. "La combinaison avec les effets possibles d'El Niño est sûrement quelque chose à surveiller particulièrement."

"La survenue d’un événement El Nino marqué en 2026-2027, s’ajoutant à l’effet du changement climatique, augmente les probabilités d’observer en 2026 ou en 2027, une valeur de température moyenne planétaire proche ou supérieure au record de 2024", prévient par ailleurs Météo-France. C'est en 2024, sous l'influence d'El Niño, que des niveaux inédits de température depuis le début des mesures ont été atteints, dépassant le seuil symbolique de 1,5°C de réchauffement depuis la période pré-industrielle 1850-1900.

Des effets économiques dans les supermarchés

Si les effets météorologiques ne seront pas visibles immédiatement sur le territoire national, l'économie, elle, risque d'être touchée. En Asie, le prix du sucre a déjà augmenté en conséquence : en août, il a grimpé de 11,9%, atteignant son plus haut niveau depuis juin 2025. 

"Sur le plan économique avec une interconnexion mondiale, il faudrait surveiller la production de certaines denrées alimentaires. Le café, par exemple, avec ses régions de production principalement dans les tropiques, peut être fortement impacté par El Niño", prévient Laurent Li. 

Au-delà des cultures tropicales, le chercheur pointe du doigt les menaces qui pèsent sur les grands greniers agricoles mondiaux : "Les sécheresses possibles dans certaines régions clés de production agricole sont aussi potentiellement des déclencheurs de catastrophes à repercussion mondiale." De quoi anticiper de nouvelles tensions sur les prix alimentaires dans les mois à venir.

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