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"Si ce n'était pas lui, c'est elle qu'on aurait retrouvée sur la table d'autopsie" : magistrat, il raconte pourquoi il a fait acquitter Alexandra Lange, accusée du meurtre de son mari violent

PODCAST - En mars 2012, Alexandra Lange comparaît devant la cour d'Assises de Douai : elle est accusée d'avoir tué son mari violent. Luc Frémiot, l'avocat général, demande son acquittement pour légitime défense. Un raisonnement que le magistrat explique dans "Les Voix du crime".

Luc Frémiot, à la Cour d'Assises de Saint-Omer le 20 juin 2016.

Crédit : PHILIPPE HUGUEN / AFP

Elle a tué son mari violent : le magistrat qui a fait acquitter Alexandra Lange raconte pourquoi la légitime défense a été retenue

00:30:08

Marie Zafimehy

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23 mars 2012, à la cour d'Assises de Douai. Alexandra Lange attend le verdict des jurés. Après quelques heures de délibéré, le petit groupe revient dans la salle d'audience et prononce... son acquittement. C'est à la fois une surprise et un soulagement : cette mère de quatre enfants a tué son mari qui la violentait depuis plusieurs années. 

Les faits remontent à 2009 : ce soir-là, Marcello Guillemin, le mari d'Alexandra Lange lui annonce qu'il souhaite prostituer leurs enfants - chose dont, elle, a déjà été victime. "Elle lui a dit ce soir-là - ça se passait dans la cuisine - qu'elle allait divorcer et ça a déchaîné chez lui un accès de fureur total, raconte Luc Frémiot, avocat général lors du procès, dans Les Voix du crime. C'est lui qui a requis l'acquittement d'Alexandra Lange.

"Il s'est jeté sur elle, poursuit-il. Elle était appuyée contre l'évier. Il l'a attrapée par le cou et il s'est mis à serrer, à serrer." Sa victime passe alors la main autour de l'évier, trouve un couteau. "Elle a donné un seul coup qui a frappé Marcello à la jugulaire. Ce qui est un coup mortel. Et il s'est écroulé." Pour Luc Frémiot puis la Cour, pas de doute : il s'agit de légitime défense.

Dans ce dossier, si ce n'était pas Marcello, c'est elle qu'on aurait retrouvé sur la table d'autopsie

Luc Frémiot

"Est-ce qu'on considère qu'au moment où elle a fait ça, elle était en état de danger tel que la défense qu'elle opposait était proportionnée et immédiate ?", interroge Luc Frémiot. "Moi j'ai pensé que oui." Pourquoi ? Parce que ce n'était pas le premier étranglement qu'Alexandra Lange subissait de la part de son mari. "Et ce jour-là, il est passé sur le mode de violence supérieur, et là elle a compris que c'était le stade ultime. Et c'est là où elle frappe, et c'est là où je dis qu'il y a légitime défense."

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Le parcours de Luc Frémiot est marqué par la volonté d'éradiquer les violences faites aux femmes dont cette affaire a été l'incarnation parfaite. "Dans ce dossier, si ce n'était pas Marcello, c'est elle qu'on aurait retrouvé sur la table d'autopsie", résume-t-il. Il sait que sa décision de 2012 n'a pas fait l'unanimité, mais se réjouit qu'elle aie pu infuser les esprits. 

"Il y a eu quelques affaires ensuite où il y a eu des avocats généraux qui se sont trouvés peut-être un peu moins virulents, si je puis dire, dans ces affaires-là, avec une plus grande ouverture d'esprit, peut-être", admet-il. Parmi elles : Jacqueline Sauvage condamnée puis graciée par François Hollande ou encore Valérie Bacot, condamnée à une peine clémente en 2021.

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