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L'Ordre des médecins épargne le professeur Aubier avant son procès pour "parjure"

INFO RTL - Le médecin va comparaître devant la justice pour avoir caché ses liens avec le groupe Total devant le Sénat.

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L'Ordre des médecins épargne le professeur Aubier avant son procès pour "parjure" Crédit Image : AFP / Joe Raedle | Crédit Média : RTLNET | Date :
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Rémi Sulmont
Rémi Sulmont et Loïc Farge

C'est une première dans l'histoire du Parlement en France. Nos sénateurs et nos députés auditionnent des experts, des patrons d'entreprises et d'administration, des acteurs de la société civile. Toute l’année et depuis des décennie. Et pourtant, jamais jusqu'alors l'Assemblée ou le Sénat n'avaient saisi la justice pour "parjure" à la suite d'un "faux témoignage sous serment". Mais dans le cas de Michel Aubier, c'était trop flagrant.

Vendredi 16 avril 2015. Les sénateurs enquêtent sur l'impact financier de la pollution de l'air pour la collectivité. Ils veulent savoir ce qu'en dit l'AP-HP (les hôpitaux de Paris). Le président Martin Hirsch n'est pas disponible. Il envoie le pneumologue Michel Aubier, alors chef de service à Bichat. Devant les sénateurs, le professeur de médecine lève la main droite pour la prestation de serment. À la question des sénateurs "Avez-vous des liens d'intérêts avec les acteurs économiques ?", le professeur Aubier répond "aucun".

Mensonge

C'est pour ce mensonge que le médecin sera jugé dans une semaine. Le lièvre a été soulevé par Libération et le Canard Enchaîné. Le professeur Aubier travaillaitpour le groupe Total depuis 1997, moyennant 5.000 à 6.000 euros par mois, et pour des laboratoires, dont Servier - il siégeait alors au conseil scientifique de l'Institut Servier.

Le professeur, a-t-il donc, depuis vingt ans, fait la propagande du pétrolier Total, vendeur de diesel ? Il s'en défend. Mais il faut réécouter ses innombrables interviews dans les médias. "Dans les années 50-60, la pollution était mesurée en milligramme par mètre cube ; actuellement, c'est en microgrammes. Évidemment il faut faire quelque chose, mais il ne faut pas non plus dramatiser. On ne passe que 5% de notre temps à l'extérieur. Le résultat : on est dans des locaux, souvent plus pollués qu'à l'extérieur", disait-il.

Simple avetissement

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À contre-courant des études scientifiques et en contradiction avec ses confrères, le professeur Aubier a méthodiquement minimisé les effets de la pollution : dans les médias et devant la commission d'enquête du Sénat, présidé par le Républicain Jean-François Husson, qui ne décolère pas à quelques jours du procès. "On s'essuierait sur la représentation nationale qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Il y a une forme de trahison (...). Ce doit être un exemple de ce qu'il ne faut pas faire en termes de mensonge ou de tricherie. Il ne faut pas jouer avec le feu, derrière il y a des vies humaines", tonne-t-il. Le Sénat - c'est également une première - s'est porté partie civile au procès. Le Parlement pourra ainsi demander réparation devant la justice.

L'AP-HP a fait savoir à RTL que Michel Aubier avait été mis à la retraite en septembre dernier. Ou plus exactement qu'il avait été mis fin à sa prolongation d'activité et son cumul emploi-retraite. Il n'y a pas eu de sanction. Mais, nous dit-on à l'AP-HP, "on s'est assuré qu'il y avait une procédure engagée par l'Ordre des médecins". C'est effectivement le cas. La justice interne des médecins a statué en catimini, sans en faire état publiquement. Peut–être parce qu'après un scandale aussi retentissant, on pouvait s'attendre à une sanction de la part de ses pairs.

Or, comme RTL vous le révèle, la chambre disciplinaire de l'Ordre des médecins d'Île-de-France a prononcé le 25 avril dernier un simple "avertissement" contre Michel Aubier pour avoir "manqué à la probité et contribuer à déconsidérer la profession". L'avertissement, c'est le premier niveau. C'est moins grave qu'un blâme qui, lui-même, est moins grave qu'une radiation temporaire ou définitive. S'il juge la peine insuffisante, le Conseil national de l'Ordre des médecins peut faire appel. Ce qu'il, sauf surprise, ne devrait pas faire.

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